Congruence de soi avec l’utilisateur de la marque (SBUC)

L’échelle de congruence de soi avec l’utilisateur de la marque (SBUC) est un outil psychométrique validé mesurant la similitude perçue entre le concept de soi d’un consommateur et l’utilisateur type d’une marque au moyen d’un différentiel sémantique en 7 points.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 30, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 30, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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1. Résumé

L’échelle de congruence de soi avec l’utilisateur de la marque (communément désignée sous l’acronyme Self–Brand User Congruence ou SBUC) est un instrument psychométrique bref et robuste conçu pour mesurer la proximité psychologique perçue entre le concept de soi d’un individu et l’image stéréotypée de l’utilisateur typique d’une marque donnée. Composée de trois items présentés sous la forme d’un différentiel sémantique bipolaire en sept points, cette échelle unidimensionnelle permet de quantifier le degré auquel un consommateur s’identifie aux caractéristiques symboliques, démographiques ou comportementales attribuées aux consommateurs réguliers d’un produit ou d’une enseigne.

Initialement inspirée du cadre fondamental de la congruence de l’image de soi théorisé par M. Joseph Sirgy et ses collaborateurs en 1997, puis adaptée dans les travaux de Govers et Schoormans (2005) sur la personnalité des produits, cette échelle a été formalisée et validée de manière transculturelle par Lou, Tse et Lwin (2019) dans le cadre d’études empiriques comparant des cohortes de consommatrices aux États-Unis et à Singapour. Les propriétés psychométriques de la SBUC démontrent une consistance interne exceptionnelle, attestée par des coefficients alpha de Cronbach systématiquement supérieurs à 0,90, ainsi qu’une excellente validité convergente et prédictive vis-à-vis des attitudes envers la marque, de l’évaluation publicitaire et des intentions d’achat.

Sa structure compacte à trois énoncés en fait un outil d’une grande efficacité sur le plan méthodologique, particulièrement adapté aux plans de recherche expérimentaux complexes, aux modèles d’équations structurelles et aux études comparatives internationales où la charge cognitive des répondants doit être minutieusement régulée.

2. Mots-clés

Congruence de l’image de soi, utilisateur typique, psychologie du consommateur, concept de soi, identité de marque, différentiel sémantique, évaluation publicitaire, comparaison sociale, validité transculturelle, comportement du consommateur, échelle psychométrique, identification à la marque.

3. Auteurs

L’échelle sous sa forme opérationnelle spécifique à l’utilisateur de marque a été mobilisée et validée par les chercheurs suivants :

  • Chen Lou : Professeure associée en communication et publicité à la Wee Kim Wee School of Communication and Information, Nanyang Technological University (NTU), Singapour. Spécialiste de la communication persuasive, du marketing d’influence et de la psychologie des médias numériques.
  • Chingching H. Tse : Enseignant-chercheur affilié aux sciences de la communication et au comportement du consommateur.
  • May O. Lwin : Professeure titulaire et directrice de recherche à la Wee Kim Wee School of Communication and Information, Nanyang Technological University, Singapour. Reconnue pour ses travaux sur la santé publique, la communication persuasive et les dynamiques publicitaires interculturelles.

Les racines conceptuelles et la première adaptation instrumentale de ces items découlent des travaux séminaux de :

  • P. C. M. (Pascal) Govers et Jan P. L. Schoormans (2005) : Département de conception industrielle et de marketing des produits, Delft University of Technology, Pays-Bas.
  • M. Joseph Sirgy et al. (1997) : Professeur émérite de marketing à Virginia Polytechnic Institute and State University (Virginia Tech), États-Unis, pionnier de la théorie de la congruence de l’image de soi.

4. Objectif

L’objectif central de l’échelle de congruence de soi avec l’utilisateur de la marque (SBUC) est d’évaluer de manière standardisée et quantitative le degré d’association psychologique et de similitude perçue entre l’identité propre du consommateur (son self-concept) et le profil stéréotypé de l’usager représentatif d’une marque. Dans le paradigme contemporain de la psychologie sociale appliquée au marketing, la consommation de biens et de services ne se limite pas à une simple fonction utilitaire ; elle constitue un acte fondamentalement symbolique permettant d’exprimer, de renforcer ou de modifier l’image de soi face au groupe social.

Sur le plan théorique, l’instrument vise à capturer le mécanisme psychologique par lequel un individu projette ses propres caractéristiques personnelles sur la communauté d’utilisateurs d’une marque. Ce phénomène d’identification joue un rôle de médiateur critique dans la réception des messages persuasifs. En contexte publicitaire, l’échelle permet d’expliquer pourquoi certains choix d’égéries ou de mannequins — par exemple des mannequins de morphologie moyenne (average-sized models) versus des mannequins répondant aux standards traditionnels de minceur — favorisent ou détériorent l’engagement envers la marque selon la culture des récepteurs.

Dans la recherche académique, la SBUC est fréquemment employée pour tester des modèles de médiation modérée, explorer les déterminants de la fidélité à la marque et analyser les effets de résonance identitaire. Sur le plan appliqué et managérial, l’outil permet aux stratèges de marque de vérifier si le positionnement perçu correspond à la cible démographique et psychographique visée, évitant ainsi des décalages identitaires qui se traduisent par l’aliénation des consommateurs ou le rejet de nouveaux produits.

5. Construit psychologique

Le construit psychologique de la congruence de soi avec l’utilisateur de la marque se situe à l’intersection de la théorie de l’identité sociale et des modèles cognitifs du soi. Il s’agit d’un construit unidimensionnel focalisé sur le stéréotype de l’utilisateur (user imagery ou brand user stereotype), qu’il convient de distinguer rigoureusement de la personnalité de la marque (brand personality) ou de la congruence avec l’image globale du produit (product-image congruity).

Différenciation conceptuelle

Alors que la personnalité de marque attribue des traits anthropomorphiques à la marque elle-même (ex. : une marque audacieuse ou sophistiquée), la congruence avec l’utilisateur porte spécifiquement sur le groupe humain perçu comme consommant habituellement cette marque. L’individu construit mentalement une représentation schématique de l’« utilisateur typique » (son âge, son statut social, son apparence, ses valeurs) et la compare à sa propre structure identitaire.

Le construit intègre trois composantes cognitives et perceptuelles directes :

  • La similarité globale perçue : Jugement cognitif direct évaluant le degré de ressemblance entre l’individu et l’utilisateur type (« Cet individu me ressemble globalement »).
  • L’appariement analogique ou typologique : Comparaison des traits de caractère, des styles de vie ou des comportements perçus (« Cet utilisateur est fait du même bois que moi »).
  • Le reflet identitaire symbolique : Évaluation du potentiel de la marque à agir comme un miroir de l’identité profonde du sujet (« L’utilisateur typique reflète qui je suis »).

Lorsque cette congruence est élevée, le consommateur ressent un sentiment d’appartenance et d’harmonie cognitive. À l’inverse, une congruence faible ou négative engendre une dissonance identitaire : l’individu perçoit l’utilisateur type comme un membre d’un hors-groupe (out-group) auquel il refuse d’être assimilé.

6. Cadre théorique

Le fondement théorique sous-jacent à l’échelle SBUC repose principalement sur la théorie de la congruence de l’image de soi (Self-Image Congruence Theory) formulée par M. Joseph Sirgy (1982, 1997). Selon cette théorie, les comportements du consommateur sont largement guidés par le besoin de préserver, de confirmer ou d’améliorer l’estime de soi à travers la consommation symbolique. Sirgy postule quatre facettes distinctes du soi :

  1. Le soi réel (la manière dont l’individu se perçoit effectivement) ;
  2. Le soi idéal (ce que l’individu aimerait être) ;
  3. Le soi social (la façon dont l’individu croit être perçu par les autres) ;
  4. Le soi social idéal (la façon dont l’individu souhaiterait être perçu par autrui).

Dans la mesure opérationnelle synthétique développée par Sirgy et al. (1997) et réutilisée par Govers et Schoormans (2005) puis Lou et al. (2019), la focalisation est placée sur la méthode de mesure globale (direct score approach), qui contourne les écueils statistiques des scores de différence mathématique calculés entre profils de personnalité préalablement séparés.

Cette approche s’articule également avec la théorie de l’auto-catégorisation de John Turner et la théorie de l’identité sociale de Henri Tajfel. En identifiant un utilisateur type de la marque, l’individu active un processus cognitif de catégorisation : si l’utilisateur type correspond à un groupe de référence positif ou à son groupe d’appartenance (in-group), la congruence perçue déclenche une cascade de réponses affectives et attitudinales favorables en vertu du principe de consistance cognitive énoncé par Leon Festinger.

7. Validité

L’échelle SBUC a fait l’objet de multiples validations empiriques, attestant d’une robustesse méthodologique remarquable dans des contextes culturels occidentaux et asiatiques :

Validité de construit et validité convergente

Dans l’étude de Lou, Tse et Lwin (2019), la validité de construit a été rigoureusement confirmée par modélisation en équations structurelles et analyses factorielles confirmatoires. L’ensemble des saturations factorielles standardisées pour les trois items dépasse le seuil critique de 0,85, démontrant que la quasi-totalité de la variance des items est attribuable au construit latent commun. La variance moyenne extraite (AVE) excède largement le critère conventionnel de 0,50 de Fornell et Larcker, s’établissant couramment au-delà de 0,75.

Validité discriminante

L’échelle montre une nette divergence par rapport à d’autres construits connexes tels que l’attachement émotionnel à la marque, la perception du prestige de la marque ou la qualité perçue du produit. L’AVE de la SBUC est significativement supérieure au carré des corrélations entre la SBUC et ces variables adjacentes, confirmant qu’elle ne mesure pas une simple bienveillance générale envers le produit, mais bien une affinité identitaire spécifique avec son utilisateur.

Validité prédictive et nomologique

Les données collectées auprès d’échantillons américains (n = 215) et singapouriens (n = 388) dans les travaux de Lou et al. (2019) indiquent que des scores élevés de SBUC prédisent de manière statistiquement significative :

  • Une attitude plus favorable envers la marque (β oscillant généralement entre 0,35 et 0,55, p < 0,001) ;
  • Une attitude accrue envers les messages publicitaires mettant en scène des consommateurs réels ou des mannequins ;
  • Une intention d’achat renforcée.

De plus, l’échelle s’est avérée particulièrement sensible aux variations transculturelles dans l’effet de médiation de l’image corporelle, prouvant sa capacité à saisir de subtiles nuances sociopsychologiques selon les contextes géographiques.

8. Fidélité

La fidélité de l’échelle de congruence de soi avec l’utilisateur de la marque se distingue par une excellente homogénéité interne à travers les différentes populations étudiées :

Consistance interne

Dans l’étude princeps de Lou, Tse et Lwin (2019), le coefficient alpha de Cronbach (α) rapporté pour les trois items s’élève à :

  • Échantillon américain (n = 215) : α = 0,94
  • Échantillon singapourien (n = 388) : α = 0,92

Ces valeurs, très nettement supérieures au standard de 0,70 (ou même au critère d’exigence clinique de 0,80), soulignent l’extrême cohérence des jugements portés par les participants sur les trois assertions bipolaires. La fiabilité composite (CR – Composite Reliability) dépasse également 0,92 dans les analyses structurelles.

Stabilité temporelle

Bien que les protocoles publicitaires privilégient souvent les designs transversaux ou expérimentaux, les réplications en laboratoire avec mesures répétées démontrent une stabilité test-retest satisfaisante sur de courts intervalles (coefficients r de Pearson supérieurs à 0,80 sur une période de deux à trois semaines), pour autant que l’image publique de la marque cible demeure stable.

9. Analyse factorielle

Les investigations psychométriques menées par analyse factorielle exploratoire (AFE) et analyse factorielle confirmatoire (AFC) confirment systématiquement la structure strictement unidimensionnelle de l’instrument.

Résultats de l’analyse factorielle exploratoire

Lors de l’application de l’extraction par composantes principales ou par maximum de vraisemblance, un seul facteur émerge avec une valeur propre (eigenvalue) très largement supérieure à 1 (souvent > 2,40), expliquant couramment entre 80 % et 88 % de la variance totale des données. Aucun facteur secondaire ne franchit les critères d’extraction de Kaiser-Guttman ou du test du coude de Cattell.

Indices d’ajustement en analyse factorielle confirmatoire

Dans les modèles d’équations structurelles intégrant la SBUC comme variable latente, les indices d’ajustement d’un modèle unidimensionnel à trois indicateurs présentent des qualités d’ajustement optimales :

  • Chi-deux normalisé (χ²/df) : < 2,5
  • CFI (Comparative Fit Index) : > 0,99
  • TLI (Tucker-Lewis Index) : > 0,98
  • RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) : < 0,05 (avec intervalle de confiance à 90 % étroit)
  • SRMR (Standardized Root Mean Square Residual) : < 0,02

Les saturations factorielles standardisées (λ) de chacun des trois items s’échelonnent régulièrement entre 0,86 et 0,96, confirmant l’équivalence quasi-tau des items et l’absence de redondance inutile dans la formulation des énoncés.

10. Instrument de mesure

  • Type d’instrument : Échelle d’auto-évaluation psychologique et attitudinale (questionnaire psychométrique court).
  • Nombre d’items : 3 items.
  • Format de réponse : Différentiel sémantique bipolaire en 7 points (gradué de 1 à 7).
  • Structure dimensionnelle : Unidimensionnelle (un facteur global représentant la congruence identitaire avec l’utilisateur).
  • Modalités de passation : Auto-administré sur support numérique ou papier-crayon ; durée de passation estimée à moins de 60 secondes.
  • Procédure de calcul du score : Les scores attribués aux trois items (cotés de 1 à 7) sont moyennés arithmétiquement pour générer un indice global de congruence soi-utilisateur de la marque.
  • Règle d’inversion des items : Aucun item inversé. Les pôles positifs sont situés à l’extrémité haute de l’échelle (valeur 7). Des scores élevés traduisent une congruence perçue plus forte entre l’individu et l’utilisateur type de la marque.

11. Permissions, Tarifs et Année du test

  • Année de formalisation : 2005 (version originale adaptée par Govers & Schoormans) ; 2019 (version transculturelle validée par Lou, Tse & Lwin).
  • Droits d’utilisation et permissions : Les items de l’échelle sont publiés dans le domaine public académique au sein de revues scientifiques à comité de lecture (Journal of Advertising, Journal of Consumer Marketing). L’utilisation à des fins d’enseignement, de recherche non commerciale et d’études universitaires est libre et autorisée sans redevance, sous réserve de citer correctement les auteurs des publications princeps.
  • Tarifs : Gratuit pour la recherche scientifique et institutionnelle.
  • Licence : L’accès au contenu des articles originaux dépend des accords d’édition de Routledge / Taylor & Francis et Emerald Group Publishing.

12. Références

  • Govers, P. C. M., & Schoormans, J. P. L. (2005). Product personality and its influence on consumer preference. Journal of Consumer Marketing, 22(4), 189–197. https://doi.org/10.1108/07363760510605308
  • Lou, C., Tse, C. H., & Lwin, M. O. (2019). ‘Average-sized’ models do sell, but what about in East Asia? A cross-cultural investigation of U.S. and Singaporean women. Journal of Advertising, 48(5), 512–531. https://doi.org/10.1080/00913367.2019.1677685
  • Sirgy, M. J. (1982). Self-concept in consumer behavior: A critical review. Journal of Consumer Research, 9(3), 287–300. https://doi.org/10.1086/208924
  • Sirgy, M. J., Grewal, D., Mangleburg, T. F., Park, J. O., Chon, K. S., Claiborne, C. B., Johar, J. S., & Berkman, H. (1997). Assessing the predictive validity of two methods of measuring self-image congruence. Journal of the Academy of Marketing Science, 25(3), 229–241. https://doi.org/10.1177/0092070397253004

13. Questions et items du questionnaire

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Response scale: 7-point bipolar semantic differential scale (1 to 7)

  1. The typical user of this brand is: Very dissimilar to me [1   2   3   4   5   6   7] Very similar to me
  2. The typical user of this brand is: Not at all like me [1   2   3   4   5   6   7] Very much like me
  3. The typical user of this brand: Does not reflect who I am [1   2   3   4   5   6   7] Reflects who I am
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Citer cet article

Looti, M. (2026, septembre 30). Congruence de soi avec l’utilisateur de la marque (SBUC). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/congruence-de-soi-avec-l-utilisateur-de-la-marque-sbuc/
Looti, Mohammed. “Congruence de soi avec l’utilisateur de la marque (SBUC).” Base de données de psychologie en français, 30 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/congruence-de-soi-avec-l-utilisateur-de-la-marque-sbuc/.
Looti, Mohammed. “Congruence de soi avec l’utilisateur de la marque (SBUC).” Base de données de psychologie en français. septembre 30, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/congruence-de-soi-avec-l-utilisateur-de-la-marque-sbuc/.