1. Résumé / Abstract
La Classification de la déambulation fonctionnelle (couramment désignée sous l’acronyme FAC, pour Functional Ambulation Classification ou Functional Ambulation Categories) est un instrument d’évaluation clinique et psychométrique conçu initialement en 1984 par Maureen K. Holden et ses collaborateurs au Massachusetts General Hospital. Développée pour quantifier le degré d’assistance physique et technique requis par un individu lors de la marche, la FAC s’est imposée comme une mesure de référence standardisée internationale, particulièrement dans la rééducation des patients après un accident vasculaire cérébral (AVC), un traumatisme crânien ou une lésion médullaire, ainsi que chez les personnes âgées en perte d’autonomie locomotrice.
L’instrument se présente sous la forme d’une échelle ordinale hiérarchique unidimensionnelle comprenant six catégories exclusives, numérotées de 0 à 5. Le score attribué dépend exclusivement de l’assistance humaine nécessaire à l’équilibration et à la propulsion du patient, ainsi que de sa capacité à négocier des environnements complexes (surfaces irrégulières, pentes et escaliers), indépendamment de l’utilisation d’aides techniques à la marche (cannes, déambulateurs, orthèses). La cotation va de la catégorie 0 (déambulation non fonctionnelle, le patient étant incapable de marcher ou nécessitant l’aide de deux personnes) à la catégorie 5 (marche totalement indépendante sur tout type de terrain et dans les escaliers).
Sur le plan métrologique, la FAC présente des qualités psychométriques remarquables documentées dans une abondante littérature scientifique internationale. La fidélité inter-évaluateurs démontre des coefficients kappa de Cohen (κ) et des coefficients de corrélation intraclasse (CCI) systématiquement supérieurs à 0,85, atteignant fréquemment 0,95 chez les thérapeutes entraînés. La fidélité test-retest s’avère également excellente (κ > 0,90). La validité de construit et la validité convergente sont solidement établies par des corrélations élevées avec la vitesse de marche (test de 10 mètres), l’endurance locomotrice (test de marche de 6 minutes), l’équilibre postural (Échelle d’équilibre de Berg) et les indices d’autonomie fonctionnelle globale (Indice de Barthel). De surcroît, les analyses modernes fondées sur la théorie des réponses aux items et l’analyse de Rasch confirment l’unidimensionnalité et la stricte progressivité hiérarchique du construit de déambulation fonctionnelle.
2. Mots-clés / Keywords
Classification de la déambulation fonctionnelle, Functional Ambulation Categories, FAC, marche, déambulation, accident vasculaire cérébral, rééducation neurologique, échelle ordinale, fidélité inter-juges, validité de construit, autonomie locomotrice, analyse de Rasch, indice de mobilité.
3. Auteurs / Authors
La Functional Ambulation Classification a été créée et validée par une équipe de chercheurs et cliniciens en physiothérapie et neuro-réhabilitation :
- Maureen K. Holden, PhD, PT, FAPTA : Physiothérapeute et chercheuse au Neurological Service du Massachusetts General Hospital et professeure associée émérite au Department of Physical Therapy du MGH Institute of Health Professions (Boston, Massachusetts, États-Unis). Ses travaux pionniers portent sur le contrôle moteur, la rééducation de la marche post-lésion cérébrale et l’utilisation de technologies immersives en réadaptation.
- Kathleen M. Gill, PT : Clinicienne et chercheuse en thérapie physique au Massachusetts General Hospital (Boston, Massachusetts, États-Unis), spécialisée dans l’évaluation quantitative des déficits moteurs neurologiques.
- Carol A. Peat-Pierce (Magliozzi), PT : Physiothérapeute clinicienne au Massachusetts General Hospital (Boston, Massachusetts, États-Unis), active dans le développement de protocoles standardisés d’entraînement à la locomotion.
- Gert Kwakkel, PhD (auteur de la version néerlandaise et des validations longitudinales approfondies en neuroréhabilitation) : Professeur de neuroréhabilitation au Department of Rehabilitation Medicine, Amsterdam UMC, Vrije Universiteit Amsterdam (Amsterdam, Pays-Bas). Courriel : [email protected].
4. Objectif / Purpose
Finalité clinique et métrologique
L’objectif fondamental de la Classification de la déambulation fonctionnelle est de catégoriser de manière rapide, standardisée, objective et universellement compréhensible le degré d’indépendance fonctionnelle d’un individu lors de la marche. Contrairement aux analyses biomécaniques complexes en laboratoire (cinématique tridimensionnelle, plateformes de force, électromyographie de surface) ou aux tests chronométrés exigeant un espace dégagé important (comme le test de marche de 10 mètres ou le test de marche de 6 minutes), la FAC a été spécifiquement conçue pour être administrée au lit du malade ou dans un couloir d’hospitalisation sans équipement sophistiqué, en moins de trois à cinq minutes.
La mesure s’attache à évaluer un paramètre clinique cardinal : la quantité d’intervention humaine requise pour assurer la locomotion en toute sécurité. Elle dissocie délibérément l’assistance physique directe (port de poids corporel, réalignement postural, assistance mécanique au balancement du membre inférieur) de l’assistance non physique (surveillance visuelle, guidage verbal, présence vigilante sans contact). Elle explore également la capacité du patient à adapter sa motricité à la complexité environnementale, intégrant la marche sur sol inégal, les plans inclinés et la négociation d’escaliers.
Applications en pratique clinique et recherche biomédicale
En pratique clinique quotidienne, la FAC remplit plusieurs fonctions majeures :
- Planification thérapeutique et orientation des soins : L’évaluation détermine immédiatement les besoins d’encadrement humain lors des transferts et déplacements, guidant les prescriptions des kinésithérapeutes, ergothérapeutes, infirmiers et aides-soignants. Le passage d’une catégorie nécessitant un soutien physique (niveaux 1 et 2) à une catégorie ne nécessitant qu’une surveillance verbale (niveau 3) marque une étape fondamentale vers l’autonomie en chambre.
- Détermination du pronostic et planification de la sortie : L’atteinte d’un score FAC ≥ 4 constitue un jalon décisif dans les trajectoires de soins post-AVC. Ce seuil est largement reconnu comme un prédicteur robuste du retour à domicile et de la capacité à accéder à une marche communautaire indépendante.
- Sécurité des patients et prévention des chutes : L’identification précise des limites du patient (par exemple, capacité à marcher seul sur sol plat mais risque majeur dans les escaliers, correspondant à la catégorie 4) permet de définir un cahier des charges strict pour les autorisations de déplacement dans les structures de soins.
- Recherche translationnelle et essais cliniques randomisés : En recherche sur la neuroréhabilitation (stimulations cérébrales non invasives, robotique de rééducation de la marche, exosquelettes, thérapies cellulaires), la FAC constitue un critère de jugement fonctionnel primaire ou secondaire hautement standardisé, permettant la comparaison de cohortes multicentriques à l’échelle internationale.
5. Construit psychologique / Construct
Définition et opérationnalisation du construit
Le construit mesuré par la Classification de la déambulation fonctionnelle est la mobilité fonctionnelle locomotrice, comprise comme l’aptitude d’une personne à déplacer son corps d’un point à un autre par le biais d’une marche autonome, sécuritaire et adaptée aux contraintes physiques du milieu environnant. Ce construit s’enracine au croisement des capacités motrices neuromusculaires intrinsèques (force, coordination, contrôle sélectif, tonus, équilibre statique et dynamique) et des dimensions psychosociales d’auto-efficacité, de prise de risque et de tolérance à l’incertitude environnementale.
La hiérarchie des niveaux de déambulation fonctionnelle
L’échelle opérationnalise ce construit en une progression cumulative continue, divisée en six échelons exclusifs :
- Niveau 0 (Déambulation non fonctionnelle) : Le sujet ne possède pas la capacité d’assurer une marche autonome utile. La locomotion est soit totalement impossible (alitement, fauteuil roulant exclusif), soit limitée aux barres parallèles dans un contexte purement analytique, soit tributaire de l’intervention combinée de deux professionnels au minimum pour maintenir la station debout et amorcer un pas. Ce niveau reflète une défaillance majeure du contrôle postural dynamique et de la production de force motrice.
- Niveau 1 (Déambulation avec soutien physique continu) : Le sujet est capable de se déplacer en dehors des barres parallèles, mais nécessite l’assistance physique ferme et ininterrompue d’une seule personne. Ce soutien vise à compenser le déficit de décharge du poids corporel ou à empêcher l’effondrement gravitationnel. Le patient ne peut maintenir son équilibre sans cet ancrage physique externe constant.
- Niveau 2 (Déambulation avec soutien physique intermittent) : Le patient requiert l’assistance physique manuelle d’une personne, mais celle-ci n’est pas continue pour le port de charge ; elle intervient de manière intermittente ou légère afin de corriger des pertes d’équilibre imprévues ou des défauts de coordination spatio-temporelle. Ce niveau marque l’émergence d’une capacité autonome de soutien de la charge corporelle, bien que le contrôle de l’équilibre reste fragile.
- Niveau 3 (Déambulation sous surveillance) : Aucun contact physique direct n’est requis. Le sujet avance de façon autonome sur le plan biomécanique, mais a impérativement besoin de la présence vigilante d’un tiers à ses côtés (« stand-by »), d’une surveillance continue ou de stimulations verbales pour prévenir les comportements impulsifs, anticiper les obstacles ou compenser un trouble de la perception spatiale (ex. hémisomnole, héminégligence).
- Niveau 4 (Déambulation autonome sur surface plane uniquement) : L’indépendance motrice et cognitive est totale sur un sol lisse, horizontal et sans encombrement. Aucun accompagnateur n’est requis sur surface plane. Néanmoins, l’adaptation motrice fait défaut dès que l’environnement se complexifie : le franchissement des escaliers, des bordures de trottoir, des rampes inclinées ou des terrains herbeux et irréguliers exige encore la supervision ou l’aide physique d’un tiers.
- Niveau 5 (Déambulation totalement indépendante) : Le patient est capable de marcher en toute autonomie sur l’ensemble des terrains envisageables (surfaces planes, sols accidentés, graviers, pelouse, plans inclinés) et monte ou descend les escaliers sans surveillance ni assistance physique d’aucune sorte.
Un principe fondamental de ce construit réside dans l’indépendance de l’évaluation vis-à-vis des dispositifs techniques. Un individu se déplaçant avec deux cannes canadiennes et une orthèse cruro-pédieuse sans aucune aide humaine sur tous terrains sera rigoureusement classé au niveau 5, illustrant que l’échelle mesure l’indépendance de la fonction locomotrice humaine et non la restitution parfaite d’un schéma de marche anatomique vierge de toute aide technique.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Fondements conceptuels et modèles du contrôle moteur
La conception de la FAC s’inscrit au carrefour de plusieurs cadres théoriques majeurs ayant redéfini la neuro-rééducation au début des années 1980 :
- La théorie des systèmes dynamiques du contrôle moteur : Dérivée des travaux pionniers de Nikolai Bernstein et popularisée en physiothérapie par Anne Shumway-Cook et Marjorie Woollacott, cette approche stipule que la locomotion humaine émerge de l’interaction dynamique et auto-organisée entre trois composantes fondamentales : l’individu (avec ses ressources motrices, sensorielles et cognitives), la tâche (ici, la translation du corps vers l’avant en maintenant l’équilibre) et l’environnement (surfaces planes, obstacles, escaliers). La progression de la FAC de 0 à 5 opérationnalise directement cette théorie : elle évalue d’abord la contrainte mécanique intrinsèque (port du poids, équilibre au niveau 1 et 2), puis la contrainte cognitive-attentionnelle (niveau 3), pour aboutir à la modulation adaptative face aux variations écologiques de l’environnement (niveaux 4 et 5).
- Le modèle hiérarchique de récupération motrice post-AVC : Historiquement influencée par les étapes de Signe Brunnstrom et de Thomas Twitchell, la rééducation neuromotrice postulait que la réacquisition de la marche suit une séquence développementale et physiologique prévisible, passant de l’assistance massive à la maîtrise sélective de l’équilibration antigravitaire, puis à l’indépendance fonctionnelle globale. La FAC structure ce continuum en paliers d’assistance décroissante.
- La Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé (CIF) : Au sein du modèle universel proposé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la FAC cible prioritairement le domaine des Activités (Chapitre d4 : Mobilité, spécifiquement d450 Marche). Elle se distingue délibérément des mesures portant sur les Fonctions organiques et structures anatomiques (comme la force musculaire mesurée par le score MRC ou la spasticité quantifiée par l’échelle d’Ashworth) pour capturer la performance écologique globale de l’individu dans son acte de déplacement.
7. Validité / Validity
Validité de construit et validité convergente
La validité de la FAC a fait l’objet de nombreuses investigations empiriques rigoureuses auprès de diverses populations cliniques (Holden et al., 1984, 1986 ; Kwakkel et al., 2000 ; Mehrholz et al., 2007). La validité convergente est démontrée par des corrélations robustes et statistiquement significatives avec les principaux instruments étalonnés de la motricité et de la locomotion :
- Corrélation avec les paramètres spatio-temporels de la marche : Les études initiales de Holden et al. (1984, 1986) ont établi des corrélations de rang de Spearman remarquablement élevées entre les scores FAC et la vitesse de marche spontanée mesurée sur 10 mètres ($r_s = 0{,}78$ à $0{,}90, p < 0{,}001$), ainsi qu’avec la cadence et la longueur du pas.
- Corrélation avec l’équilibre fonctionnel : L’association avec l’Échelle d’équilibre de Berg (BBS) est particulièrement marquée ($r_s = 0{,}82$ à $0{,}92$), soulignant que la progression dans les niveaux d’autonomie de la FAC est conditionnée par l’efficacité des ajustements posturaux anticipateurs et réactionnels.
- Corrélation avec les mesures globales d’autonomie : Des corrélations substantielles sont observées avec le sous-score de mobilité de l’Indice de Barthel ($r_s = 0{,}75$ à $0{,}88$) et l’Indicateur d’indépendance fonctionnelle (FIM, volet locomotion, $r_s > 0{,}80$).
- Corrélation avec les déficits neurologiques segmentaires : Des corrélations modérées à fortes sont retrouvées avec le score moteur de l’extrémité inférieure de l’évaluation motrice de Fugl-Meyer (FMA-LE, $r_s = 0{,}65$ à $0{,}75$), confirmant que si la commande motrice analytique sous-tend la fonction, d’autres facteurs (coordination, vision, cognition) modulent la performance globale.
Validité discriminante et prédictive
La validité prédictive de la FAC constitue l’un de ses atouts cliniques majeurs. L’équipe de Kwakkel et al. (2000, 2002) a mis en évidence dans des études longitudinales qu’un niveau FAC précoce mesuré au cours des premières semaines post-AVC est un déterminant pronostique indépendant majeur de la récupération fonctionnelle à 6 mois. Les patients atteignant un niveau FAC $ge 3$ à l’issue du premier mois ont une probabilité supérieure à 80 % de recouvrer une marche communautaire autonome à long terme. Inversement, la persistance d’un score de 0 ou 1 au-delà de la douzième semaine post-AVC est fortement associée à un risque élevé de dépendance permanente pour les transferts et à une non-déambulation communautaire.
Sur le plan de la validité discriminante, l’échelle parvient à différencier sans ambiguïté les déambulateurs purement intérieurs (niveaux 2 et 3) des déambulateurs communautaires restreints (niveau 4) et communautaires illimités (niveau 5), montrant des seuils de rupture francs en termes de dépense énergétique locomotrice (mesurée par l’indice de coût physiologique) et de périmètre de marche en vie réelle.
8. Fidélité / Reliability
Fidélité inter-évaluateurs
La simplicité opérationnelle des définitions de catégories de la FAC confère à l’outil une stabilité inter-observateurs exceptionnelle. Dans l’étude princeps de Holden et al. (1984), la fidélité inter-juges calculée entre deux physiothérapeutes indépendants évaluant 86 patients neurologiques a produit un coefficient de concordance de 96 % et un coefficient kappa pondéré ($\kappa_w$) de 0,90 ($p < 0{,}0001$).
Lors de la validation de la version néerlandaise chez 101 patients hémiplégiques, Kwakkel et al. (2000) ont rapporté un coefficient kappa non pondéré de 0,86 (IC à 95 % : 0,79 – 0,93) et un kappa quadratique pondéré atteignant 0,95, confirmant l’absence de biais systématique entre évaluateurs de disciplines différentes (kinésithérapeutes versus infirmiers de recherche).
Fidélité test-retest et stabilité intra-évaluateur
La stabilité temporelle sur un intervalle court (24 à 48 heures sans changement d’état clinique du patient) a été explorée par Mehrholz et al. (2007) dans une cohorte de rééducation post-AVC subaigu :
- Le coefficient de corrélation intraclasse (CCI, modèle à effets mixtes bidirectionnel) pour la fidélité test-retest s’élève à 0,95 (IC à 95 % : 0,91 – 0,98).
- Le coefficient kappa de Cohen intra-évaluateur dépasse 0,92, démontrant que l’instrument est remarquablement peu sensible au bruit de mesure aléatoire lorsque les conditions d’examen demeurent constantes.
- L’erreur standard de mesure (SEM) est minime (inférieure à 0,3 point sur l’échelle), ce qui indique qu’un changement d’au moins 1 point sur la FAC représente une véritable variation clinique et non une fluctuation instrumentale (différence minimale détectable, DMD = 1 point).
9. Analyse factorielle et modélisation métrologique
Unidimensionnalité et échelonnement de Guttman
En tant qu’échelle ordinale globale à item unique ou à catégorisation synthétique, la FAC ne s’analyse pas selon une analyse factorielle exploratoire (AFE) multivariée classique par réduction de dimension d’une matrice d’items multiples. En revanche, sa structure sous-jacente a été soumise à des analyses métrologiques avancées pour valider l’existence d’une dimension latente unique sous-jacente au construit de « dépendance physique à la marche ».
Les propriétés métrologiques de la FAC reposent sur le paradigme d’une échelle cumulative de Guttman. Dans ce modèle, la réussite d’une condition d’un niveau donné implique systématiquement la maîtrise de l’ensemble des conditions des niveaux inférieurs :
- Un patient capable de marcher avec une simple surveillance (niveau 3) possède par définition la capacité de supporter son poids corporel sans soutien continu (niveau 1) et sans soutien intermittent (niveau 2).
- Un patient capable d’évoluer de manière autonome sur tout terrain et de monter les escaliers (niveau 5) maîtrise nécessairement la déambulation autonome sur sol plan (niveau 4).
Les études ayant examiné le coefficient de reproductibilité de Guttman pour la FAC ont mis en évidence des indices supérieurs à 0,92 (le seuil conventionnel d’acceptabilité étant fixé à 0,90) et un coefficient de scalabilité supérieur à 0,70, attestant de la validité de cette hiérarchie stricte.
Analyses en Théorie des Réponses aux Items (TRI) et Modélisation de Rasch
Lorsque la FAC est intégrée au sein de batteries globales d’évaluation de la mobilité (telles que le Rivermead Mobility Index ou l’évaluation de la mobilité d’Amsterdam), les modèles de Rasch pour données ordinales (Rating Scale Model) confirment :
- L’adéquation des seuils de transition (Threshold Ordering) : Les seuils de transition entre les catégories adjacentes ($0
ightarrow 1, 1
ightarrow 2, 2
ightarrow 3, 3
ightarrow 4, 4
ightarrow 5$) progressent de manière monotone le long du continuum de compétence motrice latente sans chevauchement ni inversion de seuil (infit et outfit mean-square situés entre 0,75 et 1,22). - L’absence de fonctionnement différentiel des items (DIF) : La hiérarchie des niveaux de la FAC demeure invariante quels que soient le sexe, l’âge et le côté de la lésion hémisphérique (hémisphe gauche versus hémisphère droit), confirmant la robustesse transculturelle et démographique de la mesure.
10. Instrument de mesure / Instrument
La passation et la cotation de la Classification de la déambulation fonctionnelle reposent sur une méthodologie standardisée directe :
- Type d’instrument : Échelle d’observation de la performance clinique motrice administrée par un professionnel de santé qualifié (kinésithérapeute, physiothérapeute, médecin de médecine physique et de réadaptation, ergothérapeute).
- Format d’administration : Observation directe en situation écologique réelle (parcours sur sol plat horizontal d’au moins 10 mètres, parcours sur terrain varié/incliné, franchissement d’une volée d’escaliers standard).
- Durée d’évaluation : Approximativement 3 à 5 minutes.
- Gestion des aides techniques et orthèses : Le patient utilise ses aides habituelles à la déambulation (canne simple, cannes anglaises, déambulateur à roulettes, attelle releveur de pied, orthèse cheville-pied). La nature précise des dispositifs techniques utilisés doit être systématiquement consignée lors de l’évaluation mais ne pénalise en aucun cas le niveau attribué.
- Format de réponse : Échelle ordinale à 6 niveaux mutuellement exclusifs, de la catégorie 0 à la catégorie 5.
- Procédure décisionnelle séquentielle de cotation :
- Étape 1 : Le patient peut-il marcher en dehors des barres parallèles ? Si non, ou s’il nécessite l’assistance de deux personnes ou plus : Catégorie 0.
- Étape 2 : Le patient nécessite-t-il le contact physique d’une seule personne ?
- Si le contact est continu et ferme pour porter le poids corporel ou maintenir l’équilibre : Catégorie 1.
- Si le contact est intermittent ou léger pour guider la coordination ou l’équilibre : Catégorie 2.
- Étape 3 : Le patient peut-il marcher sans aucun contact physique ?
- S’il nécessite une présence vigilante de sécurité, des consignes verbales ou une supervision directe continue : Catégorie 3.
- S’il marche de manière totalement autonome sur sol plat : passage à l’étape 4.
- Étape 4 : Le patient peut-il franchir des escaliers, des pentes et des sols inégaux sans aide ni surveillance ?
- Si une assistance physique ou une surveillance verbale est nécessaire pour ces obstacles : Catégorie 4.
- S’il franchit ces obstacles de manière entièrement autonome et sécuritaire : Catégorie 5.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication princeps : 1984 (par Maureen K. Holden, Kathleen M. Gill, Carol A. Magliozzi, et al.).
- Année de validation néerlandaise standardisée : 2000 (par Gert Kwakkel et al.).
- Statut des droits d’auteur et permissions : L’échelle originale a été publiée dans la revue académique Physical Therapy (organe officiel de l’American Physical Therapy Association – APTA). Le test relève de la pratique clinique standard ouverte et du domaine public pour les applications cliniques et la recherche académique non commerciale. Aucune redevance ni licence payante n’est exigée pour son utilisation dans le cadre du soin, des registres médicaux ou des protocoles hospitaliers.
- Conditions d’utilisation : Les cliniciens et chercheurs sont tenus de citer rigoureusement les publications originales de Holden et al. (1984, 1986) dans leurs rapports d’évaluation, thèses et publications scientifiques. Toute modification ou altération des critères de catégorisation est proscrite afin de préserver la comparabilité internationale des données.
12. Références / References
- Holden, M. K., Gill, K. M., Magliozzi, C. G., Nathan, J., & Piehl-Baker, L. (1984). Clinical gait assessment in the neurologically impaired: Reliability and meaningfulness. Physical Therapy, 64(1), 35–40. https://doi.org/10.1093/ptj/64.1.35
- Holden, M. K., Gill, K. M., & Magliozzi, C. G. (1986). Gait assessment for neurologically impaired patients: Standards for outcome assessment. Physical Therapy, 66(10), 1530–1539. https://doi.org/10.1093/ptj/66.10.1530
- Kwakkel, G., Wagenaar, R. C., Kollen, B. J., & Lankhorst, G. J. (2000). Predicting functional recovery after stroke: What is the optimal time for assessment? Physiotherapy, 86(6), 282–289. https://doi.org/10.1016/S0031-9406(05)60980-3
- Kwakkel, G., Kollen, B. J., & Wagenaar, R. C. (2002). Long term effects of intensity of upper and lower limb training after stroke: A randomised trial. Journal of Neurology, Neurosurgery & Psychiatry, 72(4), 473–479. https://doi.org/10.1136/jnnp.72.4.473
- Mehrholz, J., Wagner, K., Rutte, K., Meissner, D., & Pohl, M. (2007). Predictive validity and responsiveness of the Functional Ambulation Category in hemiparetic patients after stroke. Archives of Physical Medicine and Rehabilitation, 88(10), 1314–1319. https://doi.org/10.1016/j.apmr.2007.06.764
- Viosca, E., Lafuente, R., Martínez, J. L., Almagro, P. L., Gracia, A., & Sánchez, J. (2005). Walking recovery after an acute stroke: Assessment with a new functional classification and the Barthel Index. Archives of Physical Medicine and Rehabilitation, 86(6), 1239–1244. https://doi.org/10.1016/j.apmr.2004.11.037
- Geroin, C., Mazzoleni, S., Smania, N., Gandolfi, M., Bonaiuti, D., Gasperini, G., Sale, P., Munari, D., Waldner, A., Spidalieri, R., Bovolenta, F., & Picelli, A. (2017). Systematic review of the Functional Ambulation Categories in patients with stroke. Stroke Research and Treatment, 2017, Article 4026238. https://doi.org/10.1155/2017/4026238