1. Résumé / Abstract
Le Test du spectre de l’autisme chez l’enfant (Childhood Autism Spectrum Test, initialement désigné sous l’appellation Childhood Asperger Syndrome Test ou CAST) est un instrument psychométrique de dépistage de première ligne développé au sein de l’Autism Research Centre (ARC) de l’Université de Cambridge par Fiona J. Scott, Simon Baron-Cohen, Patrick F. Bolton et Carol Brayne (2002). Conçu pour être complété par les parents ou les tuteurs légaux d’enfants scolarisés en milieu ordinaire âgés de 4 à 11 ans, le CAST vise à repérer les manifestations infracliniques et cliniques associées aux troubles du spectre de l’autisme (TSA), avec une sensibilité historique particulière pour les profils sans déficience intellectuelle ni retard sévère du langage (syndrome d’Asperger, autisme de haut niveau).
L’instrument est composé de 39 items fermés. Le cœur de l’échelle d’évaluation comprend 37 énoncés binaires (réponse par « Oui » ou « Non »), parmi lesquels 31 items spécifiques sont cotés (0 ou 1 point) pour quantifier les traits autistiques dans les registres de la communication pragmatique, des interactions réciproques, du jeu imaginatif et des comportements stéréotypés ou intérêts restreints. Six items agissent comme des éléments de contrôle neutres évaluant le développement moteur, adaptatif ou cognitif général (items 3, 4, 12, 22, 26 et 33) et ne sont pas comptabilisés dans le score total. Deux questions finales ouvertes et catégorielles (items 38 et 39, section « Besoins particuliers ») explorent l’anamnèse développementale, les alertes formulées par les professionnels de santé ou de l’éducation et les diagnostics différentiels ou comorbides déjà posés.
Sur le plan métrologique, le score global s’échelonne de 0 à 31 points. Un seuil critique de 15 points (score ≥ 15) est validé par des études épidémiologiques de grande envergure (Scott et al., 2002 ; Williams et al., 2004, 2006, 2008), conférant à l’instrument une sensibilité clinique comprise entre 88 % et 100 % ainsi qu’une spécificité supérieure à 97 % en population générale. La fidélité test-retest présente une corrélation intra-classe (CCI) de 0,83, et la consistance interne affiche des coefficients alpha de Cronbach oscillant entre 0,74 et 0,86 selon les cohortes. Le CAST représente un étalon international pour le dépistage épidémiologique et le triage diagnostique pédiatrique en santé mentale.
2. Mots-clés / Keywords
Autisme, Troubles du spectre de l’autisme, CAST, Syndrome d’Asperger, Dépistage pédiatrique, Psychométrie, Communication sociale, Intérêts restreints, Cognition sociale, Épidémiologie psychiatrique, Validité diagnostique, Évaluation parentale.
3. Auteurs / Authors
Le CAST a été élaboré et standardisé par une équipe pluridisciplinaire de psychiatres, psychologues et épidémiologistes rattachés à l’Université de Cambridge et aux services de santé publique du Royaume-Uni :
- Fiona J. Scott, Ph.D. — Autism Research Centre (ARC), Département de Psychiatrie, Université de Cambridge ; spécialiste de la psychopathologie développementale et du repérage précoce des atypies sociocommunicatives.
- Sir Simon Baron-Cohen, Ph.D., FBA, FMedSci — Professeur de psychopathologie développementale à l’Université de Cambridge, Directeur de l’Autism Research Centre, membre du Trinity College de Cambridge. Concepteur pionnier des théories de la cécité mentale (mindblindness) et de l’empathisation-systématisation. (Contact institutionnel : [email protected]).
- Patrick F. Bolton, Ph.D., FRCPsych — Professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, Institut de Psychiatrie, Psychologie et Neurosciences (IoPPN), King’s College de Londres ; expert des bases neurobiologiques et génétiques des troubles neurodéveloppementaux.
- Carol Brayne, MD, CBE, FMedSci — Professeure d’épidémiologie de la santé publique, Département de Santé Publique et de Soins Primaires, Cambridge Institute of Public Health, Université de Cambridge.
- Janine Williams, Ph.D. & Carrie Allison, Ph.D. — Chercheuses en épidémiologie psychiatrique et directrice de recherche à l’Autism Research Centre, ayant conduit les extensions normatives, l’analyse des propriétés diagnostiques et l’exploration des biais de genre (Williams et al., 2004, 2006, 2008).
4. Objectif / Purpose
Le CAST a été conçu pour combler une lacune diagnostique majeure mise en évidence au tournant des années 2000. Si des instruments standardisés tels que le M-CHAT (Modified Checklist for Autism in Toddlers) ciblaient efficacement la détection précoce de l’autisme classique chez les tout-petits (18-30 mois), les enfants scolarisés en école primaire présentant une intelligence moyenne ou supérieure et un langage formel préservé échappaient quasi systématiquement au repérage précoce. Ce retard diagnostique moyen, culminant fréquemment entre 8 et 11 ans voire à l’adolescence, entraînait des ruptures scolaires, des décompensations anxio-dépressives secondaires et une incompréhension délétère de la part du corps enseignant et de la cellule familiale.
L’objectif opérationnel du CAST est donc de fournir un dispositif de dépistage universel, rapide (rempli en moins de 10 à 15 minutes par les parents), non invasif et peu coûteux, capable d’identifier les enfants à risque élevé de TSA au sein des effectifs scolaires ordinaires. Il ne s’agit pas d’un outil de diagnostic nosographique autonome, mais d’un instrument d’alerte et de stratification du risque épidémiologique et clinique. En pratique clinique, un score positif au CAST oriente l’enfant vers une évaluation multidisciplinaire approfondie, comprenant typiquement l’ADOS-2 (Autism Diagnostic Observation Schedule), l’ADI-R (Autism Diagnostic Interview-Revised) et des bilans neuropsychologiques et cognitifs (échelles de Wechsler).
Dans le domaine de la recherche, le CAST est intensivement utilisé dans des études de prévalence en population générale (Scott et al., 2002 ; Williams et al., 2008), dans des études génétiques de liaison et d’association pour quantifier l’endophénotype comportemental élargi de l’autisme (Broad Autism Phenotype, BAP) chez les fratries, ainsi que dans des cohortes épidémiologiques longitudinales destinées à évaluer les trajectoires académiques et le pronostic psychosocial des enfants neuroatypiques.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique opérationnalisé par le CAST repose sur la triade sémiologique classique définie par la psychiatre Lorna Wing (1981) et reprise par les classifications diagnostiques internationales (DSM-IV-TR et CIM-10), tout en anticipant la dyade dimensionnelle du DSM-5. Les 31 items ciblés se distribuent à travers trois axes symptomatiques cardinaux :
5.1. Altération de la communication sociale et du langage pragmatique
Cette dimension évalue l’utilisation du langage dans son contexte relationnel, écologique et fonctionnel. Chez les enfants autistes sans déficience intellectuelle, le lexique et la grammaire formelle peuvent être excellents, mais la dimension pragmatique est profondément altérée :
- Interprétation au premier degré et littéralisme : Incapacité ou difficulté à décoder les métaphores, l’ironie, les sarcasmes ou le second degré (Item 7 : « Does s/he tend to take things literally? »).
- Régulation discursive et prise de tour : Rupture de la réciprocité conversationnelle, monologue égocentré sans tenir compte des signaux d’ennui de l’interlocuteur (Item 11 : « Can s/he keep a two-way conversation going? » ; Item 23 : « Is s/he good at turn-taking in conversation? » ; Item 32 : « Does s/he sometimes lose the listener…? »).
- Prosodie et pragmatique vocale : Ton de voix monocorde, débit mécanique ou intonation atypique rappelant un adulte miniature (Item 20 : « Is his/her voice unusual (e.g., overly adult, flat, or very monotonous)? »).
- Inversions pronominales ou formulations idiosyncrasiques : Usage atypique des pronoms ou syntagmes originaux (Item 30 : « Does s/he sometimes say « you » or « s/he » when s/he means « I »? » ; Item 37 : « Does s/he have odd or unusual phrases? »).
5.2. Anomalies de l’interaction sociale réciproque
Ce volet explore le désir, la compréhension et la modalité des relations interpersonnelles avec les pairs et les adultes référents :
- Motivation sociale et intégration aux pairs : Participation spontanée aux jeux collectifs et sentiment d’appartenance au groupe (Item 1 : « Does s/he join in playing games with other children easily? » ; Item 5 : « Is it important to him/her to fit in with the peer group? » ; Item 10 : « Does s/he find it easy to interact with other children? »).
- Qualité des relations d’amitié : Capacité à nouer des amitiés authentiques fondées sur l’intimité émotionnelle plutôt que de simples connaissances fonctionnelles (Item 15 : « Does s/he have friends, rather than just acquaintances? »).
- Attention conjointe et partage d’affects : Initiative de montrer des objets d’intérêt dans un but purement relationnel (Item 16 : « Does s/he often bring you things s/he is interested in to show you? » ; Item 21 : « Are people important to him/her? »).
- Comportement non-verbal et convenances sociales : Contact visuel modulé (Item 27 : « Does s/he make normal eye-contact? »), assimilation intuitive des règles de politesse (Item 18 : « Does s/he have difficulty understanding the rules for polite behavior? ») et présence de gaffes sociales ou de remarques blessantes non intentionnelles (Item 25 : « Does s/he often do or say things that are tactless or socially inappropriate? »).
5.3. Rigidité comportementale, intérêts restreints et jeu imaginatif
Cette dimension mesure le caractère circonscrit des centres d’intérêt, l’inflexibilité cognitive et l’absence ou la pauvreté des scénarios ludiques symboliques partagés :
- Intérêts envahissants et répétitifs : Domaines de fascination exclusifs occupant une part disproportionnée du temps éveillé (Item 14 : « Does s/he have an interest which takes up so much time that s/he does little else? ») et tendance à polariser systématiquement la conversation sur son sujet de prédilection (Item 36).
- Routines rigides et besoin d’immuabilité : Attachement inflexible à des rituels immuables générant une détresse importante en cas de perturbation imprévue (Item 9 : « Does s/he like to do things over and over again…? » ; Item 34 : « Does s/he try to impose routines on him/herself, or on others…? »).
- Déficit de jeu symbolique partagé : Pauvreté des jeux de faire-semblant partagés et préférence pour le traitement factuel, systématique ou chiffré au détriment des récits narratifs (Item 8, Item 24 et Item 31 : « Does s/he prefer imaginative activities… rather than numbers or lists of facts? »).
- Maniérismes moteurs et attention aux détails : Mouvements répétitifs ou stéréotypies motrices (Item 28) et focalisation perceptive exacerbée sur des détails infimes de l’environnement (Item 6 et Item 19).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le CAST est profondément enraciné dans les modèles contemporains de la neuropsychologie cognitive et du développement social, principalement forgés par Simon Baron-Cohen et ses collaborateurs au cours des quatre dernières décennies :
6.1. La théorie de la cécité mentale (Mindblindness) et le déficit de la Théorie de l’Esprit
Formulée initialement par Baron-Cohen, Leslie et Frith (1985), la théorie de l’esprit postule la capacité à attribuer des états mentaux indépendants (croyances, désirs, intentions, connaissances, émotions) à autrui et à soi-même pour anticiper et interpréter les conduites humaines. Chez l’enfant autiste, l’incapacité à mentaliser spontanément explique pourquoi les interactions sociales sont vécues comme déconcertantes, chaotiques et imprévisibles.
Le CAST opérationnalise ce déficit cognitif à travers des items sondant l’absence d’anticipation des réactions d’autrui (ex. : faire des remarques sans tact sans en percevoir l’impact blessant, Item 25 ; perdre l’auditeur en omettant de poser le contexte nécessaire à la compréhension, Item 32 ; imposer ses propres règles sans flexibilité relationnelle, Item 29). L’absence de jeu de faire-semblant (Items 8 et 24) découle directement de la difficulté à découpler les représentations primaires de la réalité de représentations secondaires fictives (Leslie, 1987).
6.2. La théorie de l’Empathisation-Systématisation (E-S)
Élaborée par Simon Baron-Cohen (2002, 2009), la théorie E-S conceptualise le spectre autistique comme l’expression d’un profil cognitif hyper-développé en « systématisation » (la pulsion d’analyser, de construire et de prédire les systèmes gouvernés par des règles logiques) couplé à un déficit marqué en « empathisation » (la capacité d’identifier spontanément les affects d’autrui et d’y répondre par une résonance émotionnelle appropriée).
Cette armature théorique se reflète directement dans la sélection des items du CAST. Les enfants avec TSA manifestent une attraction puissante pour les systèmes fermés, reproductibles et prévisibles (les faits bruts, les listes, les chiffres, les régularités géométriques ; Item 31, Item 19) tout en éprouvant d’intenses difficultés à naviguer dans le domaine fluide, non linéaire et imprévisible des relations affectives et sociales (Item 13, Item 15, Item 21).
6.3. La théorie de la Cohérence Centrale Faible
Proposée par Uta Frith (1989) et développée par Francesca Happé (1996), la théorie de la faible cohérence centrale soutient que le traitement de l’information dans l’autisme est biaisé en faveur des détails locaux et périphériques, au détriment de l’intégration globale du contexte et de la « vue d’ensemble » (gestalt). Cette particularité neuro-cognitive explique les items du CAST relatifs à l’attention exceptionnelle portée aux détails insolites que les autres ne remarquent pas (Item 6), à la mémoire phénoménale pour des faits microscopiques isolés (Item 19) et à la difficulté à saisir le sens global d’une situation sociale ou d’une interaction communicative (Item 7, Item 18).
7. Validité / Validity
Les propriétés métrologiques et la validité diagnostique du CAST ont fait l’objet d’évaluations rigoureuses publiées dans des revues internationales de premier rang :
7.1. Validité de critère et précision diagnostique
L’étude épidémiologique princeps menée par Scott et al. (2002) dans le comté de Cambridgeshire (Royaume-Uni) auprès d’une cohorte de 11 535 enfants scolarisés en primaire (âgés de 5 à 11 ans) a validé les capacités de discrimination de l’instrument :
- Seuil d’alerte (Cut-off) : Un score égal ou supérieur à 15 (score ≥ 15) sur 31 items cotables a été établi par courbe ROC (Receiver Operating Characteristic) comme le point d’inflexion optimal maximisant la sensibilité sans dégrader la spécificité.
- Sensibilité et spécificité : Dans les études de validation de suivi clinique (Williams et al., 2004, 2005), le CAST a démontré une sensibilité clinique atteignant 88 % à 100 % pour identifier les enfants répondant aux critères diagnostiques stricts du DSM-IV pour le syndrome d’Asperger ou le TSA. La spécificité clinique en population générale culmine à 97,6 % (IC 95 % : 96,8 – 98,3 %).
- Valeur prédictive positive (VPP) : Dans les cohortes de dépistage universel en milieu scolaire ordinaire, la VPP a été estimée entre 50 % et 64 % selon les strates d’évaluation approfondie, un chiffre exceptionnellement élevé pour une pathologie dont la prévalence de base est d’environ 1 % de la population générale.
7.2. Validité convergente et discriminante
Le CAST présente une forte corrélation positive (r = 0,72 à 0,81, p < 0,001) avec des instruments standardisés d’évaluation dimensionnelle des traits autistiques, tels que l’Autism Spectrum Quotient – version enfant (AQ-Child) et la Social Responsiveness Scale (SRS). Inversement, la validité discriminante est établie par de faibles corrélations avec les échelles d’anxiété générale, d’agressivité comportementale pure ou de trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), bien que les comorbidités TSA-TDAH soient fréquentes (Williams et al., 2008).
7.3. Sensibilité transculturelle et invariance de genre
Le CAST a été traduit et validé dans de multiples langues et contextes culturels, incluant des versions standardisées en espagnol, italien, chinois mandarin et japonais. Les études de Williams et al. (2008) portant sur le dimorphisme sexuel ont démontré que, bien que les garçons obtiennent en moyenne des scores légèrement plus élevés que les filles en population générale, le seuil de 15 conserve une excellente robustesse pour repérer les filles autistes, bien que des ajustements qualitatifs soient recommandés pour dépister le camouflage social féminin.
8. Fidélité / Reliability
La consistance métrologique du CAST a été confirmée par l’analyse de sa fidélité temporelle et de sa cohérence interne :
8.1. Fidélité test-retest
Dans l’étude longitudinale conduite par Williams, Allison, Scott, Stott, Bolton, Baron-Cohen et Brayne (2006), la fidélité test-retest a été mesurée auprès d’un sous-échantillon d’enfants réévalués par leurs parents après un intervalle temporel de plusieurs mois :
- Le coefficient de corrélation intra-classe (CCI) pour le score total continu du CAST s’élève à 0,83 (IC 95 % : 0,76 – 0,89), dénotant une excellente stabilité temporelle de la mesure.
- Le coefficient Kappa de Cohen pondéré pour la classification binaire (seuil ≥ 15 vs < 15) atteint 0,70, confirmant que les enfants identifiés comme « à risque élevé » conservent leur statut d’alerte clinique dans le temps.
8.2. Consistance interne
Sur les 31 items cotés en format dichotomique, le coefficient alpha de Cronbach mesuré en population générale et clinique oscille entre 0,74 et 0,86. Compte tenu du caractère binaire (Oui/Non) des items et de l’hétérogénéité intrinsèque des manifestations du spectre autistique (englobant à la fois le langage pragmatique, les stéréotypies et les aptitudes socio-émotionnelles), ces valeurs témoignent d’une consistance interne très satisfaisante sans redondance d’items.
8.3. Accord inter-juges (Parents vs Enseignants)
Des travaux d’investigation comparant le CAST complété par les parents et une adaptation pour enseignants ont mis en évidence des corrélations modérées à fortes (r = 0,55 à 0,68), reflétant les disparités écologiques entre le cadre familial intime et l’environnement scolaire hautement structuré et socialement stimulant (Scott et al., 2002).
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure dimensionnelle sous-jacente au CAST a été investiguée au moyen d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) adaptées aux variables binaires (matrices de corrélations tétrachoriques et estimateur WLSMV) :
9.1. Structure unifactorielle vs multidimensionnelle
Bien que l’instrument ait été originellement conçu pour délivrer un score composite unidimensionnel de risque autistique, les études de modélisation structurale mettent en lumière une organisation hiérarchique bi-factorielle ou trifactorielle :
- Facteur 1 : Réciprocité et Compétences Socio-Communicatives. Ce facteur capture la variance majeure des items liés à l’aisance interactive avec les pairs, l’empathie, le maintien d’une conversation à double sens, l’amitié sincère et le contact oculaire (saturations factorielles comprises entre 0,52 et 0,78 pour les items 1, 2, 10, 11, 15, 21, 23, 27).
- Facteur 2 : Pragmatique du Langage et Cognition Sociale / Théorie de l’Esprit. Ce facteur regroupe les énoncés évaluant l’interprétation littérale, la maladresse sociale involontaire, le débit ou le ton vocal atypique et la focalisation discursive égocentrée (saturations entre 0,45 et 0,69 pour les items 7, 18, 20, 25, 32, 36).
- Facteur 3 : Rigidité Cognitive, Systématisation et Répétitions. Ce facteur isole les comportements d’immuabilité, les intérêts hyper-focalisés, les routines contraignantes, les mouvements répétitifs et l’attention inhabituelle aux détails (saturations entre 0,48 et 0,74 pour les items 6, 9, 14, 19, 28, 34).
9.2. Indices d’ajustement structurel (AFC)
Les modèles confirmatoires trifactoriels présentent des indices d’adéquation robustes aux données observées : Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) ≤ 0,045 ; Comparative Fit Index (CFI) ≥ 0,93 ; Tucker-Lewis Index (TLI) ≥ 0,92. Ces résultats soutiennent empiriquement la pertinence du modèle dyadique du DSM-5 tout en attestant de la capacité du CAST à appréhender de façon exhaustive l’architecture factorielle des troubles du spectre de l’autisme.
10. Instrument de mesure / Instrument
Les spécifications techniques et les modalités d’administration du CAST s’organisent selon les paramètres suivants :
- Type d’évaluation : Questionnaire de dépistage hétéro-rapporté par les parents, tuteurs légaux ou soignants familiers de l’enfant.
- Population cible : Enfants scolarisés en milieu ordinaire âgés de 4 à 11 ans (de la moyenne section de maternelle à la fin de l’école primaire / début de collège).
- Nombre total d’items : 39 items, répartis en :
- 31 items cotés pour le calcul du score de traits autistiques.
- 6 items de contrôle neutres évaluant le développement global (items 3, 4, 12, 22, 26, 33), non pris en compte dans le score total afin de réduire le biais d’acquiescement parental et de vérifier le niveau d’autonomie basale.
- 2 questions ouvertes qualitatives (« Section Besoins Particuliers », items 38 et 39) portant sur l’historique de développement, les inquiétudes exprimées par l’école ou les professionnels de santé, et les diagnostics formels existants.
- Format de réponse : Échelle binaire stricte : Oui / Non (Yes, No).
- Algorithme de cotation et clé de scoring : Chaque item coté attribue 1 point s’il indique une caractéristique autistique, et 0 point dans le cas contraire. L’attribution des points dépend de la valence de l’énoncé :
- Items cotés 1 point pour une réponse « OUI » : Items 6, 7, 9, 14, 18, 19, 20, 25, 28, 29, 30, 32, 34, 36, 37.
- Items cotés 1 point pour une réponse « NON » : Items 1, 2, 5, 8, 10, 11, 13, 15, 16, 17, 21, 23, 24, 27, 31, 35.
- Items non cotés (items de contrôle) : Items 3, 4, 12, 22, 26, 33 (leur score est neutre : 0 point).
- Interprétation des scores totaux (étendue de 0 à 31) :
- Score de 0 à 11 : Profil dans la norme typique ; risque autistique très faible.
- Score de 12 à 14 : Zone limite / intermédiaire. Surveillance recommandée ; réévaluation à moyen terme en cas de difficultés d’adaptation scolaire ou émotionnelle.
- Score de 15 à 31 : Seuil d’alerte clinique positif (Cut-off ≥ 15). Probabilité substantielle de présence d’un TSA ou d’un profil neurodéveloppemental atypique justifiant une orientation prioritaire vers un centre diagnostique spécialisé.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de conception et publication : Première version publiée en 2002 sous le nom de Childhood Asperger Syndrome Test (Scott et al., 2002). Révisé et standardisé à grande échelle en 2004 (Williams et al., 2004), puis rebaptisé ultérieurement Childhood Autism Spectrum Test pour s’aligner sur l’évolution nosologique du spectre autistique.
- Statut des droits et conditions d’accès : Le CAST relève du domaine de la recherche ouverte (Open Access). Il est mis gratuitement à disposition de la communauté scientifique, des professionnels de santé et des éducateurs par l’Autism Research Centre (Université de Cambridge).
- Tarification : L’utilisation clinique et de recherche non commerciale est strictement gratuite (aucun coût de licence ni d’achat de fascicules n’est requis).
- Licence et téléchargement : Le formulaire officiel et ses documents de scoring peuvent être téléchargés librement sur le site académique officiel de l’équipe : www.autismresearchcentre.com. Toute reproduction ou intégration dans des systèmes commerciaux requiert une autorisation écrite préalable de l’Université de Cambridge et des auteurs dépositaires des droits moraux.
12. Références / References
- Baron-Cohen, S. (2002). The extreme male brain theory of autism. Trends in Cognitive Sciences, 6(6), 248–254. https://doi.org/10.1016/S1364-6613(02)01904-6
- Baron-Cohen, S., Leslie, A. M., & Frith, U. (1985). Does the autistic child have a “theory of mind”? Cognition, 21(1), 37–46. https://doi.org/10.1016/0010-0277(85)90022-8
- Frith, U. (1989). Autism: Explaining the enigma. Basil Blackwell.
- Happé, F. G. (1996). Studying weak central coherence at low levels: Children with autism do not succumb to visual illusions. A research note. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 37(7), 873–877. https://doi.org/10.1111/j.1469-7610.1996.tb01483.x
- Scott, F. J., Baron-Cohen, S., Bolton, P., & Brayne, C. (2002). The CAST (Childhood Asperger Syndrome Test): Preliminary development of a UK screen for mainstream primary-school children. Autism, 6(1), 9–31. https://doi.org/10.1177/1362361302006001003
- Williams, J., Allison, C., Scott, F. J., Bolton, P. F., Baron-Cohen, S., Matthews, F. E., & Brayne, C. (2008). The Childhood Autism Spectrum Test (CAST): Sex differences. Journal of Autism and Developmental Disorders, 38(9), 1731–1739. https://doi.org/10.1007/s10803-008-0558-8
- Williams, J., Allison, C., Scott, F. J., Stott, C., Bolton, P. F., Baron-Cohen, S., & Brayne, C. (2006). The Childhood Asperger Syndrome Test (CAST): Test-retest reliability. Autism, 10(4), 415–427. https://doi.org/10.1177/1362361306066602
- Williams, J., Scott, F., Stott, C., Allison, C., Bolton, P., Baron-Cohen, S., & Brayne, C. (2005). The CAST (Childhood Asperger Syndrome Test): Test accuracy. Autism, 9(1), 45–68. https://doi.org/10.1177/1362361305049030
- Wing, L. (1981). Asperger’s syndrome: A clinical account. Psychological Medicine, 11(1), 115–129. https://doi.org/10.1017/S0033291700053332