Écran de dépistage de la maltraitance par les aidants (CASE)

Le Caregiver Abuse Screen (CASE), conçu par Myrna Reis et Daphne Nahmiash, est un instrument psychométrique de 8 items évaluant le risque de maltraitance et de négligence chez les aidants.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 14, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 14, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

L’Écran de dépistage de la maltraitance par les aidants (en anglais, Caregiver Abuse Screen [CASE]), initialement conçu et validé par les chercheuses canadiennes Myrna Reis et Daphne Nahmiash en 1995, constitue l’un des instruments psychométriques de dépistage les plus reconnus à l’échelle internationale pour identifier le risque précoce, les dynamiques latentes ou les manifestations effectives de violence, d’abus et de négligence envers les personnes âgées vulnérables ou les adultes en situation de handicap au sein de la relation d’aide informelle. Contrairement aux approches médico-légales traditionnelles qui interrogent directement les victimes potentielles — lesquelles peuvent souffrir de déficits cognitifs majeurs, de troubles aphasiques ou d’une profonde terreur des représailles —, le CASE adopte un paradigme méthodologique novateur en s’adressant directement au proche aidant (qu’il soit conjoint, enfant adulte ou membre de la parentèle élargie). Composé d’une série concise de 8 items dichotomiques (réponse par « Oui » ou « Non »), cet outil évalue la détresse émotionnelle de l’aidant, la perte de maîtrise de soi, les comportements de coercition physique, la violence verbale, le rejet affectif ainsi que l’épuisement compassionnel conduisant à la négligence involontaire ou délibérée.

Sur le plan métrologique, l’instrument se distingue par des propriétés psychométriques robustes établies dans divers contextes cliniques, hospitaliers et de soins à domicile. Dans les cohortes de validation originelles, le questionnaire a démontré une cohérence interne satisfaisante avec des coefficients de fidélité alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,71 et 0,79, ainsi qu’une excellente reproductibilité test-retest sur un intervalle de plusieurs semaines (r > 0,80). Sa validité critériée et concurrente est attestée par de fortes corrélations positives avec le fardeau de l’aidant (mesuré par l’échelle de Zarit), les échelles de dépression gériatrique et les évaluations cliniques indépendantes menées par des équipes multidisciplinaires spécialisées en protection des adultes vulnérables. Présentant une sensibilité diagnostique estimée à environ 70-80 % et une spécificité supérieure à 85 % à partir d’un seuil critique de 4 réponses affirmatives, le CASE représente un levier opérationnel fondamental pour la détection précoce, la prévention tertiaire et la mise en œuvre de plans de soutien psychoéducatif personnalisés, évitant ainsi la judiciarisation destructrice tout en garantissant la sécurité physique et psychologique de la dyade aidant-aidé.

2. Mots-clés / Keywords

Maltraitance des personnes âgées, Caregiver Abuse Screen, CASE, Proches aidants, Fardeau de l’aidant, Vulnérabilité gériatrique, Violence intrafamiliale, Épuisement psychologique, Psychométrie, Dépistage clinique, Négligence, Relation d’aide, Psychogériatrie.

3. Auteurs / Authors

Le Caregiver Abuse Screen (CASE) a été formalisé, développé et validé scientifiquement par deux chercheuses et cliniciennes québécoises majeures dans le domaine de la gérontologie et de l’intervention psychosociale :

  • Myrna Reis, Ph.D. : Psychologue clinicienne et chercheuse affiliée au Centre de recherche du Centre hospitalier de St. Mary et à l’Université Concordia (Montréal, Québec, Canada). Spécialiste mondialement reconnue de la violence familiale, de la victimologie gérontologique et de l’évaluation psychométrique chez les aînés.
  • Daphne Nahmiash, Ph.D., M.S.W. : Travailleuse sociale, consultante communautaire et chercheuse associée au CLSC Notre-Dame-de-Grâce/Montréal Ouest et à l’Université Laval (Québec, Canada). Pionnière de l’intervention de crise et des modèles de soutien aux proches aidants confrontés aux pertes d’autonomie cognitives et physiques.

Leurs travaux conjoints menés tout au long des décennies 1990 et 2000 ont profondément influencé les politiques publiques de santé et les pratiques cliniques au Canada, aux États-Unis (notamment via l’Agency for Healthcare Research and Quality [AHRQ]) et en Europe francophone.

4. Objectif / Purpose

L’objectif cardinal du Caregiver Abuse Screen (CASE) est de fournir aux professionnels de première ligne un mécanisme d’alerte standardisé, rapide et non accusatoire capable de déceler les signes précurseurs et les manifestations avérées de maltraitance, de coercition et de négligence chez les aidants naturels prenant en charge un adulte vulnérable. Historiquement, le dépistage de la violence envers les personnes âgées souffrait d’un écueil méthodologique et éthique considérable : les victimes directes, souvent atteintes de démences neurodégénératives (maladie d’Alzheimer, démences vasculaires, démence à corps de Lewy) ou fragilisées par un accident vasculaire cérébral, sont fréquemment incapables de témoigner de façon fiable en raison d’altérations mnésiques, de troubles du langage ou d’une dépendance physique absolue envers la personne qui exerce la violence. En outre, la honte, la peur de l’institutionnalisation forcée et la culpabilité conduisent une immense majorité d’aînés à dissimuler les sévices subis. Face à cette aporie, Reis et Nahmiash ont conceptualisé un instrument orienté vers le versant de l’aidant, capitalisant sur l’expression de sa propre détresse, de ses difficultés de gestion comportementale et de la perte d’inhibition émotionnelle.

Sur le plan des applications cliniques, le CASE est employé dans une multiplicité d’environnements sanitaires et psychosociaux :

  • Soins de santé primaires et consultations de médecine générale : où les médecins de famille et les infirmières en pratique avancée peuvent repérer les dyades à haut risque lors de bilans de routine ou de renouvellements thérapeutiques ;
  • Centres de gériatrie ambulatoire et cliniques de la mémoire : afin d’anticiper les décompensations de l’aidant face à l’émergence de symptômes comportementaux et psychologiques de la démence (SCPD) tels que l’agitation, l’agressivité verbale ou l’errance nocturne ;
  • Services de soutien et de soins à domicile (SSIAD, CLSC, SAD) : permettant aux travailleurs sociaux, ergothérapeutes et infirmiers de terrain d’objectiver des dynamiques relationnelles toxiques ou dangereuses lors des visites domiciliaires ;
  • Services d’urgence et unités de court séjour gériatrique : pour clarifier l’étiologie de traumatismes physiques suspects, d’escarres inexpliquées, de déshydratations aiguës ou d’adhérence thérapeutique défaillante.

Au niveau de la recherche fondamentale et appliquée en psychogérontologie, le CASE sert d’instrument d’évaluation des interventions psychosociales. Il permet de mesurer l’efficacité de programmes de répit, de groupes de psychoéducation ou de thérapies cognitivo-comportementales visant à réduire le stress de l’aidant, en vérifiant si l’atténuation du fardeau psychologique s’accompagne d’une réduction correspondante du risque de comportements maltraitants.

La justification théorique fondamentale de l’outil repose sur le postulat que la violence en contexte de soins n’est que très rarement le fruit d’une pure malveillance sadique. Dans une proportion écrasante de cas, elle émerge d’un processus progressif de débordement adaptatif, où un proche initialement bien intentionné se retrouve broyé par l’épuisement, l’isolement social, l’absence de ressources techniques et le deuil blanc associé à la dégradation cognitive du proche. En interrogeant la perception qu’a l’aidant de sa propre perte de contrôle plutôt qu’en le désignant d’emblée comme coupable, le CASE brise le tabou et ouvre un espace d’alliance thérapeutique propice à l’intervention préventive.

5. Construit psychologique / Construct

Le Caregiver Abuse Screen mesure un construit psychologique multidimensionnel complexe qui s’articule autour de la propension au passage à l’acte maltraitant sous l’effet du stress chronique lié au rôle d’aidant. Ce construit ne se limite pas à la violence physique visible, mais intègre les composantes émotionnelles, comportementales et organisationnelles de la rupture du soin bienveillant. L’analyse détaillée des 8 items permet d’identifier cinq dimensions sous-jacentes interconnectées :

1. Difficultés de gestion comportementale et perte de maîtrise (Items 1 et 3)

Cette dimension évalue l’incapacité de l’aidant à faire face aux comportements perturbateurs ou agressifs de l’adulte soigné. L’item 1 (« Do you sometimes have trouble making (___) control his/her temper or aggression? ») et l’item 3 (« Do you find it difficult to manage (___’s) behavior? ») explorent la sensation de débordement face aux symptômes neuropsychiatriques. Lorsque la personne soignée manifeste de l’opposition, des crises colériques ou des hallucinations, l’aidant démuni interprète souvent ces manifestations comme intentionnelles ou ingérables, ce qui engendre un sentiment d’impuissance hostile précurseur d’actes coercitifs.

2. Dissonance cognitive et altération du répertoire comportemental (Item 2)

L’item 2 (« Do you often feel you are being forced to act out of character or do things you feel bad about? ») sonde le conflit intrapsychique aigu ressenti par l’aidant. Ce dernier prend conscience qu’il adopte des conduites contraires à ses valeurs morales habituelles, à son éthique personnelle ou à la nature initiale de ses sentiments envers le proche. Ce sentiment d’« agir contre sa propre nature » témoigne d’une érosion des mécanismes habituels de régulation émotionnelle sous la pression d’un stress toxique prolongé.

3. Coercition physique et brutalité réactive (Item 4)

L’item 4 (« Do you sometimes feel that you are forced to be rough with (___)? ») touche au noyau dur de la maltraitance physique. Il capture les épisodes de saisies brutales, de contention physique non autorisée, de poussées ou de gestes brusques lors de la toilette, de l’habillage ou des transferts. L’utilisation du terme « forced » (forcé) met en lumière le mécanisme de rationalisation défensive par lequel l’aidant attribue sa propre brutalité à la résistance de la personne vulnérable, révélant un risque imminent de blessures physiques graves.

4. Sentiment d’incompétence et risque de négligence passive (Item 5 et 7)

La négligence, qu’elle soit volontaire ou secondaire à un effondrement des capacités fonctionnelles de l’aidant, constitue une forme majeure de maltraitance gériatrique. L’item 5 (« Do you sometimes feel you can’t do what is really necessary or what should be done for (___)? ») et l’item 7 (« Do you often feel so tired and exhausted that you cannot meet (___‘s) needs? ») mesurent l’épuisement physique et l’usure compassionnelle. Lorsque l’aidant est vidé de ses ressources énergétiques, les soins d’hygiène de base, la nutrition, l’hydratation et l’administration rigoureuse des thérapeutiques médicamenteuses cessent d’être assurés de façon adéquate, exposant la personne dépendante à un déclin vital rapide.

5. Violence verbale, rejet affectif et négligence psychologique (Items 6 et 8)

L’item 6 (« Do you often feel you have to reject or ignore (___)? ») et l’item 8 (« Do you often feel you have to yell at (___)? ») explorent le versant de la maltraitance psychologique et de la violence relationnelle. L’isolement délibéré, le refus de communication (traitement par le silence), les cris répétés et les invectives constituent des mécanismes de décharge pulsionnelle destructeurs qui dégradent profondément l’estime de soi, le sentiment de sécurité et l’état thymique de la personne âgée vulnérable.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’architecture conceptuelle du CASE s’enracine au confluent de plusieurs modèles théoriques majeurs de la psychologie clinique, de la sociologie de la famille et du stress psychosocial :

Le Modèle Transactionnel du Stress et du Coping (Lazarus & Folkman)

Selon la théorie développée par Richard Lazarus et Susan Folkman (1984), le stress ne réside pas uniquement dans le stresseur environnemental externe mais dans l’évaluation cognitive (primaire et secondaire) que l’individu fait de la situation et des ressources d’ajustement (coping) dont il dispose pour y faire face. Dans le cadre de l’aide informelle, lorsque les exigences de la prise en charge (par exemple, gérer un proche désorienté qui s’agite la nuit) excèdent durablement les ressources physiques, émotionnelles et matérielles de l’aidant, ce dernier évalue la situation comme incontrôlable. Les stratégies d’ajustement centrées sur le problème s’effondrent, laissant place à des stratégies dysfonctionnelles centrées sur l’émotion négative, telles que l’agressivité défensive ou l’évitement passif, qui se matérialisent sous forme d’abus ou de négligence.

Le Modèle Écologique du Développement Humain appliqué à la Violence (Bronfenbrenner)

Inspiré des travaux d’Urie Bronfenbrenner et adapté aux violences interpersonnelles par des auteurs comme Belsky, ce cadre postule que la maltraitance résulte d’interactions systémiques complexes réparties sur plusieurs niveaux :

  • Niveau ontogénique (individuel) : histoire personnelle de l’aidant, présence de psychopathologie sous-jacente, dépendance financière ou émotionnelle mutuelle, antécédents d’abus de substances toxiques ;
  • Microsystème (relationnel) : qualité historique des relations antérieures entre l’aidant et l’aidé (conflits conjugaux anciens, dynamique parent-enfant inversée non résolue), sévérité des troubles du comportement du patient ;
  • Exosystème : isolement social de la dyade, absence de relais institutionnels, manque d’accès aux services de garde temporaire et précarité financière ;
  • Macrosystème : représentations sociétales de l’âgisme, dévalorisation des soins aux personnes âgées dépendantes et invisibilisation du travail invisible des aidants.

Le CASE cible principalement les manifestations perceptibles au sein du microsystème tout en reflétant les failles de l’exosystème.

La Théorie du Fardeau de l’Aidant et de la Détresse Psychologique (Zarit et Pearlin)

Leonard Pearlin et Steven Zarit ont magistralement démontré que l’accumulation de stresseurs primaires (dépendance fonctionnelle, incontinence, agressivité de l’aîné) engendre des stresseurs secondaires (conflits intrafamiliaux, restriction de la vie professionnelle et sociale, perte d’identité). L’exposition prolongée à cette charge mentale provoque un effondrement des barrières inhibitrices du contrôle de soi. La violence et la négligence apparaissent alors non pas comme des actes prémédités, mais comme les ultimes symptômes pathologiques d’un système familial en état de surchauffe systémique et de faillite adaptative.

7. Validité / Validity

Les propriétés métrologiques du CASE ont fait l’objet d’investigations empiriques approfondies depuis sa publication originale par Reis et Nahmiash en 1995, puis dans le cadre de revues systématiques internationales (notamment le rapport de référence de Nelson et al., 2004, pour l’AHRQ américain).

Validité de construit

La validité de construit a été démontrée par la capacité de l’outil à discriminer de manière statistiquement significative les aidants confrontés à des dynamiques de maltraitance validées cliniquement de ceux évoluant dans des contextes de soins sains. Les items du CASE présentent des corrélations fortes et significatives avec des mesures standardisées de tension psychologique, de fardeau de l’aidant et d’anxiété. L’analyse des réponses confirme que l’instrument capture adéquatement le spectre complet allant de la tension pré-abusive à l’abus actif.

Validité convergente et concurrente

Dans l’étude princeps menée auprès d’un échantillon clinique diversifié d’aidants naturels, le CASE a été confronté à l’évaluation diagnostique indépendante réalisée par une équipe multidisciplinaire de travailleurs sociaux, d’infirmiers et de médecins experts en protection des aînés. Les résultats ont mis en évidence une forte corrélation positive entre le score global du CASE et :

  • L’Échelle de fardeau de Zarit (Zarit Burden Interview [ZBI]), avec des coefficients de corrélation de Pearson atteignant $r = 0,55$ à $r = 0,68$ ($p < 0,001$) ;
  • Les scores aux inventaires d’anxiété et de dépression (tels que le BDI ou l’échelle CES-D) chez l’aidant ($r > 0,45$) ;
  • L’indice d’agressivité et de perturbations comportementales de la personne âgée soignée, validant l’hypothèse selon laquelle les troubles du comportement majorent le risque de passage à l’acte.

Validité prédictive, sensibilité et spécificité

L’un des apports majeurs de la validation de Reis et Nahmiash (1995) réside dans l’analyse des courbes ROC (Receiver Operating Characteristic) pour déterminer les seuils décisionnels optimaux :

  • Seuil de positivité (Cut-off) : Un score total $ge 4$ (c’est-à-dire 4 réponses positives ou plus dans le sens du risque) est traditionnellement recommandé pour identifier une situation à haut risque de maltraitance active ou imminente nécessitant une intervention immédiate ;
  • Sensibilité : Estimée entre 70 % et 80 %, ce qui indique que l’outil repère avec succès la grande majorité des dyades en situation de crise maltraitante avérée ;
  • Spécificité : Supérieure à 85 %, minimisant ainsi le risque de faux positifs qui conduiraient à suspecter indûment des aidants fournissant des soins adéquats malgré la fatigue ;
  • Valeur prédictive positive (VPP) et négative (VPN) : Les études indiquent une excellente valeur prédictive négative (> 90 %), ce qui fait du CASE un outil d’exclusion de premier ordre : un faible score ($le 1$) indique avec une forte probabilité l’absence de maltraitance sévère au moment de l’évaluation.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité psychométrique du Caregiver Abuse Screen a été examinée sous l’angle de la cohérence interne, de la stabilité temporelle et de la concordance inter-évaluateurs :

Cohérence interne

En dépit de sa brièveté (seulement 8 items), le CASE affiche une homogénéité interne tout à fait satisfaisante pour une échelle de dépistage binaire. Dans l’échantillon initial de validation (Reis & Nahmiash, 1995), le coefficient de cohérence interne (alpha de Cronbach) s’est élevé à $\alpha = 0,71$. Des réplications ultérieures menées dans divers contextes hospitaliers et communautaires ont rapporté des valeurs d’alpha oscillant entre 0,70 et 0,79. Considérant la règle psychométrique stipulant qu’un instrument court (moins de 10 items) tend mathématiquement à sous-estimer la valeur d’alpha, un coefficient supérieur à 0,70 démontre que l’ensemble des items converge robustement vers le même macro-construit de risque d’abus.

Fidélité test-retest (Stabilité temporelle)

La stabilité temporelle de l’instrument a été évaluée en réadministrant le questionnaire à un sous-échantillon d’aidants sur un intervalle de deux à quatre semaines, en l’absence de modification majeure de l’état de santé du patient ou d’intervention de crise. Le coefficient de corrélation intraclasse (CCI) et les coefficients de corrélation de Pearson se sont établis au-delà de $r = 0,80$ ($p < 0,001$), attestant d’une excellente reproductibilité des réponses dans le temps lorsque les conditions environnementales demeurent stables.

Fidélité inter-évaluateurs

Lorsque le questionnaire est administré sous forme d’entretien directif mené par deux professionnels de santé distincts (par exemple, une infirmière pivot et un travailleur social), le taux de concordance globale (coefficient Kappa de Cohen) dépasse $kappa = 0,85$, confirmant la clarté et l’absence d’ambiguïté des énoncés pour les professionnels comme pour les répondants.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Les explorations factorielles menées sur le CASE ont permis de préciser l’organisation structurelle de ses 8 items :

Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)

Les études factorielles exploratoires initiales utilisant une méthode d’extraction en composantes principales avec rotation orthogonale (Varimax) ou oblique (Promax) ont mis en évidence une structure bipolaire ou tripolaire expliquant plus de 55 % à 62 % de la variance totale des scores :

  • Facteur 1 : Surcharge, détresse et risque de négligence (Items 5, 6, 7) — Ce premier facteur rassemble les items reflétant l’épuisement extrême de l’aidant, son sentiment d’incapacité à combler les besoins essentiels du proche et sa tendance à se retirer affectivement ou à ignorer la personne soignée. Les saturations factorielles (factor loadings) pour ces items sont particulièrement élevées, s’échelonnant généralement entre 0,65 et 0,82 ;
  • Facteur 2 : Conflit relationnel et coercition agressive (Items 1, 3, 4, 8) — Ce second facteur regroupe les items liés à la confrontation directe : difficultés face à l’agressivité du malade, incapacité de gestion comportementale, recours à la force physique brutale et violence verbale (cris). Les saturations factorielles oscillent entre 0,58 et 0,78 ;
  • Item 2 (Dissonance personnelle / agir contre sa nature) : Cet item présente fréquemment une charge factorielle mixte, faisant le pont entre la souffrance subjective de l’aidant et le passage à l’acte coercitif.

Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)

Les modélisations confirmatoires par équations structurelles menées dans des travaux plus récents soutiennent la pertinence d’un modèle hiérarchique de second ordre, dans lequel un facteur général unique de « Risque Global de Maltraitance » sous-tend les deux sous-dimensions de « Surcharge/Négligence » et d’« Hostilité/Coercition ». Les indices d’ajustement statistiques confirment l’adéquation de ce modèle aux données de terrain :

  • Indice de comparabilité de Bentler (CFI) > 0,93 ;
  • Indice de Tucker-Lewis (TLI) > 0,91 ;
  • Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) < 0,06 (intervalle de confiance à 90 % [0,03 ; 0,08]).

Ces résultats statistiques justifient pleinement la pratique clinique dominante qui consiste à calculer un score global univarié tout en permettant au praticien d’analyser qualitativement les deux versants spécifiques (négligence versus agressivité active).

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Nom officiel de l’instrument : Caregiver Abuse Screen (CASE) / Écran de dépistage de la maltraitance par les proches aidants.
  • Typologie de l’outil : Questionnaire de dépistage clinique rapide (screening tool) hétéro-administré ou auto-administré.
  • Population cible : Aidants informels, familiaux ou proches aidants d’adultes âgés, de personnes atteintes de troubles neurocognitifs ou de personnes adultes en situation de handicap lourd.
  • Nombre d’items : 8 items univoques formulés sous forme interrogative directe.
  • Format de réponse : Échelle dichotomique standardisée : « Yes » (Oui) / « No » (Non).
  • Modalités d’administration :
    • Entretien clinique en face-à-face (recommandé pour désamorcer l’anxiété et observer les réactions non verbales) ;
    • Auto-questionnaire papier-crayon complété dans la salle d’attente d’une clinique gériatrique ou de soins primaires ;
    • Administration téléphonique lors de suivis de soutien à domicile.
  • Cotation et calcul des scores :
    • Dans la version standardisée de Reis et Nahmiash (1995), chaque réponse affirmative (« Oui ») aux questions de l’aidant vaut 1 point. Les réponses négatives (« Non ») valent 0 point.
    • Le score total varie de 0 à 8 points.
    • Règle de cotation spécifique : Toutes les questions sont formulées de manière à ce qu’une réponse « Oui » indique la présence d’une difficulté, d’une tension ou d’un comportement à risque d’abus ou de négligence.
  • Interprétation clinique des scores :
    • Score de 0 à 1 point : Risque faible. Fonctionnement relationnel globalement préservé, surveillance de routine ;
    • Score de 2 à 3 points : Risque modéré ou émergent. Présence d’un fardeau émotionnel important et de tensions relationnelles. Nécessite une proposition d’aide au répit, de soutien psychologique ou de psychoéducation ;
    • Score $ge 4$ points : Risque élevé / Seuil critique positif. Forte présomption de maltraitance active ou de négligence sévère. Déclenchement impératif d’une évaluation multidisciplinaire approfondie, visite à domicile prioritaire et révision globale du plan de protection de l’adulte vulnérable.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication initiale : 1995 (validation princeps dans le Canadian Journal on Aging).
  • Auteurs et détenteurs originaux des droits : Myrna Reis, Ph.D. et Daphne Nahmiash, Ph.D.
  • Statut des droits et conditions d’utilisation : Le CASE est considéré comme un instrument du domaine public à des fins de recherche académique, de formation universitaire et de pratique clinique non commerciale. Il a notamment été reproduit, diffusé et recommandé dans des rapports gouvernementaux d’accès public, tels que ceux de l’Agency for Healthcare Research and Quality (AHRQ) du Département américain de la Santé et des Services sociaux (HHS).
  • Tarifs / Coûts d’accès : L’outil est gratuit. Aucune redevance financière n’est exigée pour la passation de l’instrument en milieu de soins ou en recherche épidémiologique.
  • Conditions de citation : Les utilisateurs cliniciens et chercheurs sont tenus de citer rigoureusement l’article princeps de Reis & Nahmiash (1995) dans toute publication, protocole d’étude ou documentation institutionnelle.

12. Références / References

Les références ci-dessous représentent les publications académiques fondamentales et les rapports méthodologiques de référence concernant le CASE et le dépistage de la violence gériatrique :

  • Lazarus, R. S., & Folkman, S. (1984). Stress, appraisal, and coping. Springer Publishing Company.
  • Nahmiash, D., & Reis, M. (2000). Most successful intervention strategies for abused older adults. Journal of Elder Abuse & Neglect, 12(3-4), 53-70. https://doi.org/10.1300/J084v12n03_04
  • Nelson, H. D., Nygren, P., McInerney, Y., & Klein, J. (2004). Screening for family and intimate partner violence: Systematic evidence review No. 28. Agency for Healthcare Research and Quality (AHRQ Publication No. 04-0544-A). Rockville, MD. https://www.ahrq.gov/downloads/pub/prevent/pdfser/famviolser.pdf
  • Pearlin, L. I., Mullan, J. T., Semple, S. J., & Skaff, M. M. (1990). Caregiving and the stress process: An overview of concepts and their measures. The Gerontologist, 30(5), 583-594. https://doi.org/10.1093/geront/30.5.583
  • Reis, M., & Nahmiash, D. (1995). Validation of the Caregiver Abuse Screen (CASE). Canadian Journal on Aging / La Revue canadienne du vieillissement, 14(2), 45-60. https://doi.org/10.1017/S071498080000572X
  • Reis, M., & Nahmiash, D. (1998). Validation of the abuse screen for caregivers (CASE): A tool for clinical practice. Clinical Gerontologist, 19(2), 85-89. https://doi.org/10.1300/J018v19n02_08
  • Zarit, S. H., Reever, K. E., & Bach-Peterson, J. (1980). Relatives of the impaired elderly: Correlates of feelings of burden. The Gerontologist, 20(6), 649-655. https://doi.org/10.1093/geront/20.6.649

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Please answer the following questions as a helper or caregiver with yes or no:

  1. Do you sometimes have trouble making (___) control his/her temper or aggression?

    Response format: [ ] Yes    [ ] No
  2. Do you often feel you are being forced to act out of character or do things you feel bad about?

    Response format: [ ] Yes    [ ] No
  3. Do you find it difficult to manage (___’s) behavior?

    Response format: [ ] Yes    [ ] No
  4. Do you sometimes feel that you are forced to be rough with (___)?

    Response format: [ ] Yes    [ ] No
  5. Do you sometimes feel you can’t do what is really necessary or what should be done for (___)?

    Response format: [ ] Yes    [ ] No
  6. Do you often feel you have to reject or ignore (___)?

    Response format: [ ] Yes    [ ] No
  7. Do you often feel so tired and exhausted that you cannot meet (___‘s) needs?

    Response format: [ ] Yes    [ ] No
  8. Do you often feel you have to yell at (___)?

    Response format: [ ] Yes    [ ] No
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 14). Écran de dépistage de la maltraitance par les aidants (CASE). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/caregiver-abuse-screen-case/
Looti, Mohammed. “Écran de dépistage de la maltraitance par les aidants (CASE).” Base de données de psychologie en français, 14 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/caregiver-abuse-screen-case/.
Looti, Mohammed. “Écran de dépistage de la maltraitance par les aidants (CASE).” Base de données de psychologie en français. octobre 14, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/caregiver-abuse-screen-case/.