Brief COPE

Analyse psychométrique détaillée du Brief COPE (Carver, 1997) en français : construit théorique, validation transculturelle, structure factorielle, fidélité et grille des 28 items originaux.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 9, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 9, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

Le Brief COPE (Coping Orientation to Problems Experienced, version abrégée) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation développé par le psychologue américain Charles S. Carver en 1997. Conçu pour pallier la lourdeur d’administration de l’inventaire original COPE de 60 items (Carver, Scheier, & Weintraub, 1989), le Brief COPE comprend 28 items explorant 14 dimensions ou stratégies d’adaptation distinctes (à raison de deux items par sous-échelle). Cet outil évalue tant les stratégies adaptatives (telles que le coping actif, la planification, le recadrage positif, l’acceptation, l’humour, le recours à la religion, et la recherche de soutien émotionnel ou instrumental) que les stratégies potentiellement dysfonctionnelles ou d’évitement (notamment l’auto-distraction, le déni, la consommation de substances, le désengagement comportemental, l’expression des sentiments et le blâme de soi).

Les participants répondent au moyen d’une échelle de type Likert en 4 points, graduée de 1 (« I haven’t been doing this at all ») à 4 (« I’ve been doing this a lot »). D’un point de vue psychométrique, l’outil présente une structure factorielle stable et cohérente, confirmée par de nombreuses analyses factorielles exploratoires et confirmatoires à travers le monde, notamment dans les validations francophones (Muller & Spitz, 2003 ; Baumstarck et al., 2017). Les indices de consistance interne (alpha de Cronbach) oscillent généralement entre 0,50 et 0,90 selon les sous-échelles et les populations cliniques étudiées, des valeurs jugées satisfaisantes pour des échelles composées de seulement deux items. Grâce à sa brièveté, sa flexibilité situationnelle ou dispositionnelle et sa solidité théorique adossée au modèle transactionnel du stress de Richard Lazarus et Susan Folkman, le Brief COPE s’est imposé comme l’un des questionnaires les plus cités et utilisés en psychologie de la santé, en psychiatrie, en oncologie et dans les recherches sur les traumatismes.

2. Mots-clés / Keywords

Brief COPE, stratégies d’adaptation, coping, stress psychologique, psychométrie, régulation émotionnelle, évaluation psychologique, modèle transactionnel, santé mentale, validation transculturelle, fidélité test-retest, soutien social, résilience.

3. Auteurs / Authors

L’instrument a été conçu et validé par Charles S. Carver, Ph.D. (1947–2019), éminent professeur émérite de psychologie au Département de psychologie de l’Université de Miami (Coral Gables, Floride, États-Unis). Chercheur de renommée internationale en psychologie de la personnalité et en psychologie sociale et clinique, Charles S. Carver a consacré une grande partie de sa carrière à l’étude des processus d’autorégulation du comportement, de l’optimisme dispositionnel et des mécanismes d’adaptation face aux maladies chroniques, notamment le cancer du sein.

Le développement initial du modèle théorique repose sur des travaux conduits en étroite collaboration avec :

  • Michael F. Scheier, Ph.D. : Professeur de psychologie à l’Université Carnegie Mellon (Pittsburgh, Pennsylvanie, États-Unis), co-développeur du modèle d’autorégulation comportementale et pionnier des recherches sur l’optimisme dispositionnel et le Life Orientation Test (LOT-R).
  • Jagdish K. Weintraub, Ph.D. : Chercheur associé ayant collaboré à la formulation de la version intégrale originale de l’échelle COPE en 1989.

Les versions francophones de référence ont été développées et validées par plusieurs équipes de recherche clinique, notamment :

  • Liliane Muller et Élisabeth Spitz (Laboratoire de Psychologie, Université Paul Verlaine – Metz, France), auteures de la première validation psychométrique française en 2003.
  • Karine Baumstarck, Pascal Auquier et leurs collaborateurs (Unité de Recherche sur les Services de Santé et la Qualité de Vie, Faculté de Médecine, Aix-Marseille Université, France), auteurs de la validation chez des patients atteints de pathologies somatiques chroniques et de proches aidants en 2017.

4. Objectif / Purpose

4.1. Contexte d’émergence et justification clinique

Dans les contextes de recherche médicale et clinique, les protocoles expérimentaux et observationnels sont souvent denses, soumettant les patients à des batteries de tests exhaustives. L’échelle originale COPE (Carver et al., 1989), bien que d’une grande rigueur conceptuelle, comportait 60 items répartis en 15 sous-échelles de 4 items chacune. Cette longueur représentait une charge cognitive et temporelle excessive pour des populations vulnérables, souffrant de fatigue extrême, de douleurs chroniques, de détresse psychologique aiguë ou de troubles cognitifs légers (par exemple en oncologie, en soins intensifs ou en gériatrie). Confrontés à ce fardeau d’évaluation, les investigateurs omettaient fréquemment d’évaluer les stratégies de coping ou recouraient à des instruments tronqués non validés de manière empirique.

Pour répondre à cette contrainte méthodologique majeure, Carver a publié en 1997 le Brief COPE dans l’International Journal of Behavioral Medicine. L’objectif était de condenser l’instrument à 28 items tout en préservant la richesse multidimensionnelle du construit initial, afin de mesurer l’éventail complet des réponses cognitives, affectives et comportementales face à des événements stressants sans compromettre la validité de construit.

4.2. Usages en recherche et en pratique clinique

Le Brief COPE est utilisé dans une grande diversité de cadres appliqués et fondamentaux :

  • Évaluation des trajectoires d’adaptation à la maladie : Suivi longitudinal de patients recevant un diagnostic grave (pathologies cardiovasculaires, cancers, infection par le VIH, maladies neurodégénératives). L’outil permet de déterminer comment les patients s’ajustent à l’annonce du diagnostic, aux traitements invasifs ou aux récidives.
  • Psychologie de la santé et médecine comportementale : Identification des mécanismes modérateurs et médiateurs entre le niveau de stress perçu et les indicateurs objectifs de santé (observance médicamenteuse, biomarqueurs immunitaires, qualité de vie liée à la santé).
  • Psychiatrie et psychothérapie : Cartographie des styles d’adaptation d’individus présentant un trouble dépressif majeur, un trouble de stress post-traumatique (TSPT) ou des troubles anxieux. Il aide les cliniciens à repérer les stratégies dysfonctionnelles (blâme de soi, recours aux substances psychoactives, déni) afin de cibler les interventions cognitivo-comportementales (TCC).
  • Études sur les aidants naturels et les professionnels de santé : Mesure de l’épuisement professionnel (burnout), de l’usure de compassion et des capacités de résilience chez les soignants, les intervenants d’urgence et les proches aidants confrontés à des stress chroniques prolongés.

4.3. Flexibilité temporelle : Dispositionnel versus Situationnel

Un atout méthodologique central du Brief COPE réside dans sa plasticité instructionnelle. Les consignes peuvent être formulées selon deux perspectives épistémologiques distinctes :

  • Format dispositionnel (coping-trait) : Le sujet est interrogé sur la façon dont il réagit habituellement lorsqu’il est confronté à des difficultés majeures (« Ce que vous faites d’ordinaire quand vous êtes stressé »).
  • Format situationnel (coping-état) : Le sujet est invité à rapporter les stratégies concrètes mobilisées durant une période délimitée (par exemple, « au cours des sept derniers jours ») ou en réponse à un stresseur spécifique précisément désigné (par exemple, « depuis l’annonce de votre intervention chirurgicale »).

5. Construit psychologique / Construct

Le concept de coping (ou stratégies d’adaptation) renvoie aux efforts cognitifs et comportementaux constamment changeants déployés par un individu pour gérer des exigences internes ou externes spécifiques perçues comme menaçantes ou excédant ses ressources personnelles (Lazarus & Folkman, 1984). Le Brief COPE conceptualise ce phénomène non pas comme une entité unidimensionnelle (adapté versus inadapté), mais comme un ensemble articulé de 14 dimensions distinctes, chacune capturée par une paire d’items spécifiques.

Dimension / Sous-échelle Items Définition conceptuelle
Coping actif (Active Coping) 2, 7 Initiation d’actions directes pour éliminer, circonscrire ou modifier le stresseur, ou pour en atténuer les effets délétères.
Planification (Planning) 14, 25 Élaboration de stratégies de résolution de problèmes, réflexion méthodique sur les étapes à suivre et les démarches requises.
Recherche de soutien instrumental (Use of Instrumental Support) 10, 23 Sollicitation de conseils, d’aide pratique, d’informations ou d’orientations concrètes auprès de tiers (professionnels, pairs, entourage).
Recherche de soutien émotionnel (Use of Emotional Support) 5, 15 Recherche d’empathie, de réconfort moral, de sympathie ou de compréhension affective auprès du réseau social.
Expression des sentiments / Décharge (Venting) 9, 21 Tendance accrue à focaliser son attention sur sa détresse et à exprimer verbalement ses émotions négatives, sa colère ou son anxiété.
Recadrage positif (Positive Reframing) 12, 17 Processus cognitif consistant à percevoir une situation stressante sous un jour plus favorable, en y décelant des aspects constructifs ou des opportunités de croissance.
Acceptation (Acceptance) 20, 24 Reconnaissance lucide de la réalité de l’événement stressant et de son caractère irréversible, sans tentative stérile de la contester.
Humour (Humor) 18, 28 Utilisation de la dérision, de plaisanteries ou de l’ironie bienveillante pour réduire la charge affective dramatique de la situation.
Religion / Spiritualité (Religion) 22, 27 Recours aux croyances religieuses ou spirituelles, prière ou méditation pour trouver un sens, du courage ou du réconfort.
Auto-distraction (Self-Distraction) 1, 19 Détournement délibéré de l’attention vers d’autres activités (travail, cinéma, télévision, lecture, sommeil) pour ne pas penser au stresseur.
Déni (Denial) 3, 8 Tentative de rejeter la réalité du stresseur, en agissant ou en pensant comme si l’événement n’avait pas eu lieu.
Consommation de substances (Substance Use) 4, 11 Recours à l’alcool, aux drogues ou aux médicaments pour engourdir la souffrance ou s’extraire artificiellement de la détresse.
Désengagement comportemental (Behavioral Disengagement) 6, 16 Abandon des efforts déployés pour atteindre les buts contrariés par le stresseur, capitulation et résignation passive.
Blâme de soi / Auto-accusation (Self-Blame) 13, 26 Auto-critique rigide et imputation de la responsabilité de la survenue ou de l’aggravation de l’événement stressant à ses propres failles.

5.1. Regroupements dimensionnels d’ordre supérieur

Bien que Carver ait expressément recommandé d’analyser les sous-échelles de manière individuelle pour ne pas masquer la granularité des comportements de coping, de nombreux chercheurs regroupent ces 14 facettes en deux ou trois méta-dimensions de second ordre :

  • Coping centré sur le problème : Comprend le Coping actif, la Planification et l’utilisation du Soutien instrumental. Il vise à modifier directement la relation environnementale perturbée.
  • Coping centré sur l’émotion : Comprend le Soutien émotionnel, le Recadrage positif, l’Acceptation, l’Humour et la Religion. Il vise à réguler la détresse affective générée par le problème lorsque la situation est incontrôlable.
  • Coping d’évitement / dysfonctionnel : Comprend le Déni, la Consommation de substances, le Désengagement comportemental, le Blâme de soi, la Décharge émotionnelle et l’Auto-distraction. Ces stratégies procurent un soulagement à court terme mais sont fréquemment corrélées à une aggravation des symptômes psychopathologiques à long terme.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

6.1. Le modèle transactionnel du stress de Lazarus et Folkman

Le socle conceptuel fondamental du Brief COPE découle du modèle transactionnel du stress formalisé par Richard S. Lazarus et Susan Folkman (1984). Selon cette perspective, le stress psychologique n’est ni un simple stimulus environnemental ni une simple réaction physiologique passive ; il s’agit d’une relation dynamique et bidirectionnelle (une transaction) entre la personne et son environnement. Cette transaction est médiatisée par deux processus d’évaluation cognitive majeurs :

  1. L’évaluation primaire (Primary Appraisal) : Le sujet évalue l’enjeu de la situation. L’événement est-il non pertinent, bénin/positif, ou constitue-t-il une menace, un défi ou un dommage/perte ?
  2. L’évaluation secondaire (Secondary Appraisal) : Le sujet évalue ses ressources cognitives, sociales, matérielles et affectives disponibles pour faire face aux exigences perçues.

Le coping intervient en réponse directe à ces évaluations. Carver s’est inspiré de cette distinction classique entre le coping orienté vers l’altération du problème et le coping orienté vers la régulation émotionnelle, tout en considérant que la dichotomie originale était trop réductrice pour saisir la pluralité des mécanismes adaptatifs humains.

6.2. La théorie de l’autorégulation comportementale de Carver et Scheier

Au-delà de Lazarus et Folkman, l’échelle s’ancre profondément dans la théorie du contrôle et de l’autorégulation cybernétique développée par Carver et Scheier (Carver & Scheier, 1998). Selon ce modèle, les êtres humains fonctionnent comme des systèmes d’asservissement guidés par des boucles de rétroaction négatives (negative feedback loops) visant à réduire l’écart perçu entre un état actuel et un état désiré (un but ou une norme de référence).

Face à une perturbation qui entrave la progression vers ses buts, l’individu procède à une analyse d’espérance de succès (expectancy of outcome) :

  • Espérances favorables d’atteinte du but : L’individu mobilise des stratégies d’effort actif, de planification et d’ajustement constructif (coping actif, recherche de soutien instrumental). Il persiste dans son engagement envers la tâche.
  • Espérances défavorables ou doutes profonds : L’individu ressent une détresse aiguë qui l’incite à interrompre ses efforts. Si les barrières psychologiques ou matérielles l’empêchent de s’extraire physiquement de la situation, il adopte des mécanismes de retrait psychologique (déni, désengagement comportemental, distraction, recours aux substances psychoactives).

Le Brief COPE intègre ainsi une pluralité de réponses d’adaptation qui reflètent directement ces bifurcations du système d’autorégulation, articulant de manière étroite les composantes cognitives, émotionnelles et motivationnelles du sujet.

7. Validité / Validity

7.1. Validité de construit et validité factorielle

La validité de construit du Brief COPE a été initialement démontrée par Carver (1997) sur un échantillon de 168 participants suivis après le passage de l’ouragan Andrew en Floride. L’analyse en composantes principales a mis en évidence une reproduction fidèle de la structure multidimensionnelle de l’échelle originale COPE, isolant 9 facteurs initiaux avec des valeurs propres supérieures à 1,0, expliquant 72,4 % de la variance totale. Les items appariés présentaient tous des saturations factorielles croisées minimales sur les facteurs secondaires et des saturations primaires robustes comprises entre 0,55 et 0,87.

7.2. Validité convergente et divergente

La validité convergente et discriminante de l’outil a fait l’objet d’investigations exhaustives dans diverses cultures et populations cliniques :

  • Relations avec la détresse psychologique et l’anxiété : Les sous-échelles de Blâme de soi, de Désengagement comportemental et de Déni présentent de fortes corrélations positives avec les scores de dépression mesurés par le Beck Depression Inventory (BDI) et le Center for Epidemiologic Studies Depression Scale (CES-D) ($r = 0,35$ à $0,58$, $p < 0,001$), ainsi qu’avec l’anxiété évaluée par le STAI (Spielberger). Inversement, le Coping actif et le Recadrage positif présentent des corrélations négatives significatives avec ces mêmes dimensions psychopathologiques.
  • Relations avec l’optimisme dispositionnel et la résilience : Des études mesurant la résilience (Connor-Davidson Resilience Scale) et l’optimisme (LOT-R) ont rapporté des liens positifs substantiels avec le Recadrage positif ($r = 0,45$), la Planification ($r = 0,38$) et l’Acceptation ($r = 0,32$).
  • Relations avec la qualité de vie liée à la santé (HRQoL) : Dans les cohortes de patients oncologiques ou atteints de sclérose en plaques (Baumstarck et al., 2017), les dimensions adaptatives sont prédictives de scores supérieurs sur les échelles physiques et mentales du questionnaire SF-36 (Short Form Health Survey), tandis que les dimensions de désengagement prédisent une détérioration marquée du fonctionnement social et émotionnel.

7.3. Validité prédictive et sensibilité au changement

Le Brief COPE a démontré une excellente validité prédictive dans des études longitudinales :

  • Il prédit l’adhésion thérapeutique et l’observance médicamenteuse chez les patients vivant avec des affections chroniques (l’utilisation de stratégies de déni et de consommation de substances prédisant une mauvaise adhésion, odds ratio > 2,3).
  • Il est sensible au changement thérapeutique dans le cadre d’essais contrôlés randomisés évaluant l’efficacité de thérapies cognitives basées sur la pleine conscience (MBCT) ou de programmes d’intervention de gestion du stress, révélant une diminution significative du blâme de soi et une augmentation du recadrage positif post-intervention.

8. Fidélité / Reliability

8.1. Consistance interne (Alpha de Cronbach et Omega de McDonald)

Dans l’étude princeps de Carver (1997), les coefficients alpha de Cronbach ($lpha$) pour les 14 sous-échelles de deux items étaient les suivants :

  • Coping actif : $lpha = 0,68$
  • Planification : $lpha = 0,73$
  • Recadrage positif : $lpha = 0,64$
  • Acceptation : $lpha = 0,57$
  • Humour : $lpha = 0,73$
  • Religion : $lpha = 0,82$
  • Soutien émotionnel : $lpha = 0,71$
  • Soutien instrumental : $lpha = 0,64$
  • Auto-distraction : $lpha = 0,71$
  • Déni : $lpha = 0,54$
  • Expression des sentiments : $lpha = 0,50$
  • Consommation de substances : $lpha = 0,90$
  • Désengagement comportemental : $lpha = 0,65$
  • Blâme de soi : $lpha = 0,69$

En psychométrie, il est bien établi que le coefficient alpha de Cronbach est directement dépendant du nombre d’items inclus dans l’échelle (la formule de prophétie de Spearman-Brown démontrant qu’une échelle courte sous-estime artificiellement la consistance interne). Compte tenu du fait que chaque sous-échelle ne comporte que deux items, des coefficients situés entre 0,50 et 0,70 sont considérés comme statistiquement acceptables, tandis que des valeurs supérieures à 0,70 témoignent d’une excellente homogénéité interne (Muller & Spitz, 2003).

8.2. Données de fidélité dans les adaptations francophones

L’étude de validation francophone menée par Muller et Spitz (2003) auprès d’étudiants confrontés à des examens a retrouvé des coefficients alpha s’échelonnant de 0,52 (pour l’Acceptation) à 0,88 (pour la Consommation de substances). Dans l’étude de Baumstarck et collaborateurs (2017), menée sur un vaste échantillon de 779 patients et aidants, les coefficients de corrélation inter-items variaient entre 0,38 et 0,84, confirmant la cohésion des paires d’items.

8.3. Stabilité temporelle (Fidélité Test-Retest)

Lorsque le Brief COPE est administré avec une consigne dispositionnelle (mesurant le style de coping habituel), les coefficients de corrélation intraclasse (CCI) et de fidélité test-retest à un intervalle de 4 à 6 semaines oscillent entre 0,58 et 0,84, attestant d’une relative stabilité temporelle des styles d’ajustement. En revanche, lorsque l’outil est utilisé en mode situationnel, la fidélité test-retest est délibérément plus faible, reflétant la flexibilité d’adaptation et les fluctuations contextuelles inhérentes aux stresseurs épisodiques.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

9.1. Structure exploratoire initiale

Dans l’échantillon d’origine (Carver, 1997), une analyse factorielle exploratoire (AFE) avec rotation oblique a été entreprise. Neuf facteurs ont émergé avec des valeurs propres supérieures à l’unité selon le critère de Kaiser. La quasi-totalité des paires d’items se sont regroupées sur leurs facteurs spécifiques respectifs. Les items de soutien émotionnel et de soutien instrumental se regroupaient parfois sur un même facteur de second ordre (« recherche globale de soutien social »), tout comme le coping actif et la planification (« coping centré sur le problème »), confirmant la parenté théorique étroite de ces construits tout en justifiant leur séparation empirique si l’investigateur souhaite conserver une finesse clinique accrue.

9.2. Modélisation par équations structurelles et AFC

De multiples travaux d’analyse factorielle confirmatoire (AFC) ont comparé différents modèles théoriques concurrents afin de déterminer l’architecture latente optimale du Brief COPE :

  • Modèle à 14 facteurs de premier ordre (Modèle de Carver) : Ce modèle postule 14 facteurs corrélés correspondant exactement aux 14 sous-échelles. Il présente systématiquement des indices d’ajustement satisfaisants : $\chi^2/df < 2,5$, $RMSEA$ (Root Mean Square Error of Approximation) entre 0,04 et 0,06, $CFI$ (Comparative Fit Index) > 0,92, et $SRMR$ (Standardized Root Mean Square Residual) < 0,05.
  • Modèles hiérarchiques à 3 facteurs de second ordre :
    • Facteur 1 : Coping centré sur le problème / approche active (Coping actif, Planification, Soutien instrumental).
    • Facteur 2 : Coping centré sur l’émotion (Recadrage positif, Acceptation, Humour, Religion, Soutien émotionnel).
    • Facteur 3 : Coping d’évitement / dysfonctionnel (Déni, Consommation de substances, Désengagement comportemental, Décharge, Blâme de soi, Auto-distraction).

    Ce modèle trifactoriel est largement soutenu dans la littérature médicale (e.g., Kershaw et al., 2008 ; Baumstarck et al., 2017), car il simplifie le traitement statistique dans les régressions multivariées tout en conservant une excellente pertinence clinique.

  • Modèle bifactoriel (Coping adaptatif vs maladaptatif) : Certains auteurs ont testé un découpage binaire séparant strictement les stratégies facilitant la résilience et celles précipitant la psychopathologie. Néanmoins, les indices d’adéquation ($CFI < 0,85$, $RMSEA > 0,08$) indiquent que ce regroupement est trop restrictif, certaines stratégies comme l’auto-distraction ou l’expression des émotions adoptant un rôle adaptatif ou délétère selon le contexte et le type de pathologie.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Type d’évaluation : Questionnaire psychométrique d’auto-évaluation (self-report questionnaire).
  • Format d’administration : Papier-crayon, passation informatisée sur écran ou formulaire en ligne.
  • Nombre d’items : 28 énoncés rédigés à la première personne du singulier.
  • Nombre de dimensions : 14 sous-échelles indépendantes comprenant chacune 2 items :
    • Self-Distraction (Items 1 et 19)
    • Active Coping (Items 2 et 7)
    • Denial (Items 3 et 8)
    • Substance Use (Items 4 et 11)
    • Use of Emotional Support (Items 5 et 15)
    • Behavioral Disengagement (Items 6 et 16)
    • Venting (Items 9 et 21)
    • Use of Instrumental Support (Items 10 et 23)
    • Positive Reframing (Items 12 et 17)
    • Self-blame (Items 13 et 26)
    • Planning (Items 14 et 25)
    • Humor (Items 18 et 28)
    • Acceptance (Items 20 et 24)
    • Religion (Items 22 et 27)
  • Format et échelle de réponse : Échelle ordinale de Likert en 4 points :
    • 1 = I haven’t been doing this at all
    • 2 = I’ve been doing this a little bit
    • 3 = I’ve been doing this a medium amount
    • 4 = I’ve been doing this a lot
  • Temps de passation estimé : 5 à 10 minutes en moyenne.
  • Procédure de calcul et cotation :
    • Aucun item n’est inversé.
    • Le score pour chaque sous-échelle s’obtient en calculant la somme (allant de 2 à 8) ou la moyenne arithmétique (allant de 1 à 4) des deux items correspondants.
    • Score global : Il n’existe pas de score total global pour le Brief COPE. L’auteur (Carver) déconseille formellement de sommer l’ensemble des 28 items en une note unique, car cela équivaudrait à agréger des comportements adaptatifs et des comportements dysfonctionnels mutuellement contradictoires.
    • Les données sont interprétées sous forme de profil individuel de coping ou regroupées selon les dimensions de second ordre pré-spécifiées par le protocole de recherche.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

11.1. Année de publication

L’échelle Brief COPE a été officiellement publiée en 1997 dans la revue scientifique à comité de lecture International Journal of Behavioral Medicine.

11.2. Droits d’utilisation et politique de distribution

L’inventaire Brief COPE relève du domaine public académique pour les activités de recherche scientifique, d’enseignement universitaire et de pratique clinique non commerciale. Conformément aux directives expressément formulées par le Dr Charles S. Carver et maintenues par le Département de psychologie de l’Université de Miami :

  • Absence de redevance (Free of charge) : L’utilisation du Brief COPE ne nécessite aucun paiement de droits d’auteur ni d’achat de licences payantes.
  • Autorisation automatique pour la recherche : Aucune autorisation écrite explicite n’est requise pour utiliser l’échelle dans des thèses, mémoires ou essais académiques, sous réserve absolue de citer rigoureusement la publication originale de Carver (1997).
  • Adaptation et traduction : Les chercheurs sont autorisés à adapter les formulations temporelles (dispositionnel versus situationnel) et à utiliser les versions traduites validées (notamment en langue française), à condition de ne pas altérer les propriétés intrinsèques des items et de référencer adéquatement les auteurs des validations transculturelles.

12. Références / References

  • Baumstarck, K., Alessandrini, M., Hamidou, Z., Auquier, P., Leroy, T., & Boyer, L. (2017). The French version of the Brief COPE: Factorial structure and psychometric properties in patients with chronic illness and their caregivers. Health and Quality of Life Outcomes, 15(1), Article 35. https://doi.org/10.1186/s12955-017-0638-8
  • Carver, C. S. (1997). You want to measure coping but your protocol’s too long: Consider the Brief COPE. International Journal of Behavioral Medicine, 4(1), 92–100. https://doi.org/10.1007/BF02898968
  • Carver, C. S., & Scheier, M. F. (1998). On the self-regulation of behavior. Cambridge University Press. https://doi.org/10.1017/CBO9781139174794
  • Carver, C. S., Scheier, M. F., & Weintraub, J. K. (1989). Assessing coping strategies: A theoretically based approach. Journal of Personality and Social Psychology, 56(2), 267–283. https://doi.org/10.1037/0022-3514.56.2.267
  • Connor, K. M., & Davidson, J. R. (2003). Development of a new resilience scale: The Connor-Davidson Resilience Scale (CD-RISC). Depression and Anxiety, 18(2), 76–82. https://doi.org/10.1002/da.10113
  • Kershaw, T. S., Mood, D. W., Newth, G., Ronis, D. L., Sanda, M. G., Vaishampayan, U., & Northouse, L. L. (2008). Longitudinal analysis of a model of coping in couples with breast and prostate cancer. Journal of Psychosomatic Research, 65(1), 21–31. https://doi.org/10.1016/j.jpsychores.2008.03.015
  • Lazarus, R. S., & Folkman, S. (1984). Stress, appraisal, and coping. Springer Publishing Company.
  • Levine, R. P. (2007). Differences in perceived stress, affect, anxiety, and coping ability among college students in physical education courses (Doctoral dissertation, University of Maryland). University of Maryland DRUM Repository. http://drum.lib.umd.edu/bitstream/1903/6811/1/umi-umd-4299.pdf
  • Muller, L., & Spitz, E. (2003). Évaluation du coping : validation française de l’échelle Brief COPE. L’Encéphale, 29(6), 507–518. https://doi.org/10.1016/S0145-2134(03)00110-8
  • Scheier, M. F., Carver, C. S., & Bridges, M. W. (1994). Distinguishing optimism from neuroticism (and trait anxiety, self-mastery, and self-esteem): A reevaluation of the Life Orientation Test. Journal of Personality and Social Psychology, 67(6), 1063–1078. https://doi.org/10.1037/0022-3514.67.6.1063

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Response Scale:
1 = I haven’t been doing this at all
2 = I’ve been doing this a little bit
3 = I’ve been doing this a medium amount
4 = I’ve been doing this a lot
  1. I’ve been turning to work or other activities to take my mind off things.
  2. I’ve been concentrating my efforts on doing something about the situation I’m in.
  3. I’ve been saying to myself « this isn’t real. »
  4. I’ve been using alcohol or other drugs to make myself feel better.
  5. I’ve been getting emotional support from others.
  6. I’ve been giving up trying to deal with it.
  7. I’ve been taking action to try to make the situation better.
  8. I’ve been refusing to believe that it has happened.
  9. I’ve been saying things to let my unpleasant feelings escape.
  10. I’ve been getting help and advice from other people.
  11. I’ve been using alcohol or other drugs to help me get through it.
  12. I’ve been trying to see it in a different light‚ to make it seem more positive.
  13. I’ve been criticizing myself.
  14. I’ve been trying to come up with a strategy about what to do.
  15. I’ve been getting comfort and understanding from someone.
  16. I’ve been giving up the attempt to cope.
  17. I’ve been looking for something good in what is happening.
  18. I’ve been making jokes about it.
  19. I’ve been doing something to think about it less‚ such as going to movies‚ watching TV‚ reading‚ daydreaming‚ sleeping‚ or shopping.
  20. I’ve been accepting the reality of the fact that it has happened.
  21. I’ve been expressing my negative feelings.
  22. I’ve been trying to find comfort in my religion or spiritual beliefs.
  23. I’ve been trying to get advice or help from other people about what to do.
  24. I’ve been learning to live with it.
  25. I’ve been thinking hard about what steps to take.
  26. I’ve been blaming myself for things that happened.
  27. I’ve been praying or meditating.
  28. I’ve been making fun of the situation.
★

Rate This Scale

5.0 / 5 • 1 vote

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 9). Brief COPE. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/brief-cope/
Looti, Mohammed. “Brief COPE.” Base de données de psychologie en français, 9 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/brief-cope/.
Looti, Mohammed. “Brief COPE.” Base de données de psychologie en français. octobre 9, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/brief-cope/.