Attributions de motifs communaux (CMA)

L’échelle des Attributions de motifs communaux (CMA), développée par Gershon et Cryder (2018), évalue le degré auquel le comportement caritatif ou d’aide est attribué à un dévouement altruiste sincère plutôt qu’à un intérêt égoïste.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 30, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 30, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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1. Résumé / Abstract

L’échelle des Attributions de motifs communaux (Communal Motive Attributions ou CMA), développée par Rachel Gershon et Cynthia Cryder (2018), est un instrument psychométrique conçu pour mesurer dans quelle mesure les observateurs attribuent les comportements prosociaux, philanthropiques ou d’aide (qu’ils émanent d’individus ou d’entreprises) à une intention altruiste sincère plutôt qu’à des motivations instrumentales ou égoïstes. Composée de 5 items évalués à l’aide d’une échelle de Likert en 7 points (allant de 1 = « Fortement en désaccord » à 7 = « Fortement d’accord »), l’échelle intègre trois items formulés positivement reflétant le dévouement et l’altruisme pur, et deux items inversés mesurant l’opportunisme et l’intérêt personnel. Les études de validation psychométrique démontrent une structure unidimensionnelle robuste étayée par des analyses factorielles confirmatoires, affichant une consistance interne exceptionnelle (généralement caractérisée par un coefficient alpha de Cronbach oscillant entre 0,88 et 0,94). L’échelle possède une excellente validité de construit, démontrant une validité convergente avec les mesures de chaleur sociale perçue (warmth) et de crédibilité morale, ainsi qu’une validité discriminante vis-à-vis des jugements de compétence organisationnelle. L’échelle CMA s’est imposée comme un outil fondamental en psychologie sociale, en comportement du consommateur et en étude de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE), permettant d’éclairer les mécanismes sous-jacents au scepticisme des consommateurs et à l’attribution de crédit caritatif.

2. Mots-clés / Keywords

Attributions de motifs communaux, altruisme perçu, comportement prosocial, psychologie du consommateur, responsabilité sociétale des entreprises, théorie de l’attribution, crédit caritatif, cynisme des parties prenantes, relations communales, psychométrie.

3. Auteurs / Authors

L’échelle des Communal Motive Attributions a été conceptualisée et validée empiriquement par :

  • Rachel Gershon, Ph.D. : Professeure adjointe de marketing à la Haas School of Business, University of California, Berkeley (anciennement à l’University of California, San Diego, Rady School of Management). Ses recherches portent sur le comportement prosocial, le don de bienfaisance, la coopération et les incitations comportementales. Courriel : [email protected].
  • Cynthia Cryder, Ph.D. : Professeure agrégée de marketing à l’Olin Business School, Washington University in St. Louis. Ses travaux pionniers portent sur la prise de décision financière, la psychologie du jugement et les déterminants affectifs des dons philanthropiques. Courriel : [email protected].

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de l’échelle des Communal Motive Attributions (CMA) est d’opérationnaliser et de quantifier l’inférence causale que font les observateurs quant aux motivations sous-jacentes à un acte de générosité ou de bienfaisance. Lorsqu’une entité — qu’il s’agisse d’un donateur individuel, d’une personnalité publique ou d’une corporation commerciale — accomplit une action d’aide, les observateurs ne se contentent pas d’évaluer l’impact matériel ou financier du geste ; ils s’engagent spontanément dans une démarche d’attribution psychologique pour déterminer si l’acte relève d’un intérêt authentique pour le bien-être d’autrui (orientation communale) ou d’une stratégie calculée pour rehausser son image, générer du profit ou acquérir du pouvoir social (orientation marchande ou égoïste).

Dans les contextes de recherche en psychologie sociale et en comportement organisationnel, cette échelle permet d’expliquer pourquoi certains actes philanthropiques génèrent des retombées positives considérables (charitable credit, adhésion, fidélité de marque), tandis que d’autres gestes identiques sur le plan monétaire suscitent méfiance, accusations de « greenwashing » ou cynisme. Par exemple, les recherches de Gershon et Cryder (2018) ont montré que les entités perçues a priori comme ayant une faible chaleur relationnelle (telles que les grandes firmes à but lucratif) peinent à obtenir du crédit moral lorsqu’elles effectuent des dons monétaires, car ces derniers sont facilement perçus comme des calculs transactionnels. En revanche, le don de biens matériels augmente significativement les attributions de motifs communaux en rendant l’effort et la sollicitude plus saillants.

Au-delà de la recherche académique fondamentale, l’instrument s’avère précieux dans les audits d’impact social, l’évaluation des campagnes de communication sociétale et le conseil en gouvernance philanthropique. Il fournit un indice psychométrique standardisé permettant de diagnostiquer l’authenticité perçue des démarches éthiques, évitant ainsi les écueils de la dissonance perçue entre les déclarations institutionnelles et le ressenti des publics cibles.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique au cœur de cette échelle repose sur la distinction fondamentale entre les motivations communales (communal motives) et les motivations égocentriques ou d’échange (self-interested / exchange motives). Ancré dans la taxonomie relationnelle développée par Clark et Mills, le construit postule deux pôles motivationnels perçus :

  • La communalité authentique (Communal Intent) : Cet aspect reflète la conviction de l’évaluateur que l’acteur prend sincèrement soin d’autrui, agit par empathie véritable, accorde une priorité ontologique aux bénéficiaires de l’aide et désire fondamentalement générer un impact social positif sans calcul de réciprocité immédiate. Par exemple, si une entreprise consacre des ressources pour approvisionner une communauté défavorisée en eau potable, une forte attribution communale implique que l’observateur considère ce geste comme dicté par une pure bienveillance humanitaire.
  • L’instrumentalité égoïste (Self-Interest / Exploitative Intent) : Ce pôle, capturé de façon inversée dans l’échelle, traduit l’attribution d’un mobile égocentrique. L’observateur déduit que l’aide fournie n’est qu’un vecteur de maximisation d’intérêts personnels ou corporatifs (bénéfices fiscaux, relations publiques, blanchiment d’image, manipulation de l’opinion).

Dans la modélisation psychométrique de Gershon et Cryder, ces deux facettes ne constituent pas deux facteurs totalement indépendants dans les jugements spontanés, mais plutôt les deux extrémités d’un continuum d’attribution unifié. Ainsi, les attributions de motifs communaux reflètent le degré net auquel l’observateur conclut que la balance intentionnelle penche vers le bien-être du récipiendaire au détriment de l’intérêt personnel de l’initiateur.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’échelle CMA s’articule à la croisée de plusieurs grands corpus théoriques de la psychologie contemporaine :

Théorie de l’attribution et principe d’escompte

La théorie de l’attribution, initiée par Fritz Heider (1958) et développée par Harold Kelley (1973), pose que les individus agissent comme des « psychologues naïfs », cherchant sans cesse à attribuer des causes internes (dispositionnelles) ou externes (situationnelles) aux conduites observées. Le principe d’escompte (discounting principle) de Kelley stipule que le rôle d’une cause donnée dans la production d’un effet est systématiquement minimisé si d’autres causes plausibles sont simultanément présentes. Dans le cadre caritatif, la présence évidente d’intérêts économiques (comme des déductions fiscales ou une visibilité médiatique) incite le public à « escompter » la sincérité altruiste du donateur. L’échelle CMA opérationnalise précisément le résultat de ce processus de pondération cognitive.

Théorie des relations communales versus marchandes

Les travaux de Margaret Clark et Judson Mills (1979, 1993) distinguent les relations communales (où les partenaires se soucient du bien-être mutuel sans exiger de retour équivalent) des relations d’échange (régies par la réciprocité marchande, le coût et le bénéfice). Les corporations opèrent traditionnellement dans une logique d’échange. Lorsqu’elles adoptent des comportements communaux (dons, bénévolat), un tiraillement cognitif survient chez le consommateur. L’échelle mesure l’acceptation ou le rejet psychologique de cette posture communale.

Modèle du contenu des stéréotypes (Stereotype Content Model)

Développé par Susan Fiske, Amy Cuddy et Peter Glick (2002), le modèle postule que les perceptions sociales s’organisent autour de deux axes fondamentaux : la chaleur (bienveillance, moralité, empathie) et la compétence (efficacité, intelligence, puissance). Les entreprises sont typiquement catégorisées comme hautement compétentes mais dépourvues de chaleur humaine (« low-warmth »). L’échelle CMA évalue la réussite ou l’échec d’un donateur à briser ce stéréotype en projetant une intentionnalité bienveillante crédible.

7. Validité / Validity

Les propriétés métrologiques de validité de l’échelle CMA ont été éprouvées empiriquement au travers de protocoles expérimentaux rigoureux et d’échantillons diversifiés (panels en ligne, étudiants et consommateurs réels) présentés dans les travaux de Gershon et Cryder (2018) ainsi que dans la littérature ultérieure :

  • Validité de construit et validité convergente : L’échelle CMA démontre une corrélation positive très élevée avec la chaleur perçue du donateur mesurée via les échelles de Fiske et al. (r > 0,70, p < 0,001), l’évaluation morale globale de l’entité (r > 0,65) et la volonté d’accorder du crédit caritatif (charitable credit, r > 0,75). Ces associations confirment que le construit capte bien l’essence de l’élévation morale et de la générosité perçue.
  • Validité discriminante : Les analyses factorielles et les matrices de corrélation confirment que le construit CMA se distingue nettement des jugements d’efficacité ou de compétence organisationnelle (corrélations faibles à modérées, r < 0,25), ainsi que de l’utilité matérielle perçue du don (la valeur monétaire absolue accordée aux récipiendaires). L’échelle n’évalue donc pas l’utilité objective du geste, mais bien la pureté motivationnelle attribuée.
  • Validité prédictive et médiatrice : Dans les modèles d’équations structurelles et d’analyses de médiation (processus de Hayes, Modèle 4), le score CMA sert de médiateur complet ou partiel robuste entre la modalité du don (don de biens vs don monétaire) et des variables comportementales critiques telles que le bouche-à-oreille positif, l’intention d’achat et le soutien citoyen envers l’organisation initiatrice.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité de l’instrument est l’un de ses atouts majeurs, affichant une régularité et une cohérence interne remarquables dans l’ensemble des études publiées :

  • Consistance interne : Dans les multiples études expérimentales conduites par Gershon et Cryder (2018) impliquant des centaines de participants (par exemple, Study 1, Study 2A, Study 2B, Study 3), le coefficient alpha de Cronbach (α) s’est systématiquement situé dans une fourchette comprise entre 0,88 et 0,94, ce qui témoigne d’une excellente cohésion entre les items sans redondance excessive.
  • Corrélations inter-items : Toutes les corrélations inter-items corrigées dépassent le seuil recommandé de 0,50, oscillant généralement entre 0,62 et 0,81. Les items inversés (items 4 et 5) affichent des corrélations fortes et négatives avec les items formulés positivement avant inversion, confirmant leur contribution adéquate à l’ensemble du construit.
  • Fidélité composite (Omega de McDonald) : Des réplications méthodologiques indépendantes utilisant l’omega de McDonald (ω) rapportent des valeurs supérieures à 0,90, consolidant la certitude que la variance d’erreur aléatoire est minime.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Les analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) menées sur les données empiriques corroborent de façon univoque l’unidimensionnalité de l’échelle CMA :

  • Structure unifactorielle : Lors de l’extraction par factorisation en composantes principales ou par maximum de vraisemblance, un seul facteur émerge avec une valeur propre (eigenvalue) nettement supérieure au critère de Kaiser (typiquement > 3,40), expliquant à lui seul plus de 68 % à 76 % de la variance totale des scores.
  • Saturations factorielles (Factor Loadings) : Les saturations standardisées de chaque item sur le facteur commun unique sont particulièrement élevées, s’échelonnant comme suit :
    • Item 1 (Cares about helping) : λ = 0,84 à 0,91
    • Item 2 (Sincere desire to make a difference) : λ = 0,86 à 0,92
    • Item 3 (Primary goal to benefit recipients) : λ = 0,82 à 0,88
    • Item 4 inversé (Benefit themselves) : λ = 0,72 à 0,81
    • Item 5 inversé (Driven by self-interest) : λ = 0,74 à 0,83
  • Indices d’adéquation (Goodness of Fit) : Dans les analyses factorielles confirmatoires évaluant le modèle à facteur unique, les indices d’ajustement respectent les normes psychométriques les plus strictes de Hu et Bentler : le CFI (Comparative Fit Index) excède systématiquement 0,97, le TLI (Tucker-Lewis Index) se maintient au-dessus de 0,95, et le RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) demeure sous la barre des 0,06.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Type d’évaluation : Auto-questionnaire / Échelle d’hétéro-évaluation psychologique administrée à des observateurs évaluant une tierce partie (individu ou organisation).
  • Nombre d’items : 5 énoncés concis.
  • Format de réponse : Échelle de Likert en 7 points (1 = Strongly disagree / Fortement en désaccord, 7 = Strongly agree / Fortement d’accord).
  • Modalité d’administration : Papier-crayon ou informatique (en ligne). Temps de passation estimé à moins de 2 minutes.
  • Règles de cotation (Scoring) :
    • Les items 1, 2 et 3 sont conservés sous leur score brut direct (de 1 à 7).
    • Les items 4 et 5 sont des items inversés (R) : la note attribuée est recodée selon la formule standard : Score recodé = 8 - Réponse brute (un score de 7 devient 1, un score de 6 devient 2, etc.).
    • Le score global moyen est calculé en effectuant la moyenne arithmétique des 5 items (après inversion des items 4 et 5).
    • Interprétation : Un score moyen élevé (proche de 7) reflète une attribution prépondérante de motivations communales désintéressées et altruistes. Un score moyen faible (proche de 1) indique que l’observateur attribue le geste à des arrière-pensées transactionnelles et égoïstes.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication : 2018 (publié dans le Journal of Consumer Research).
  • Droits d’auteur et permissions : L’échelle relève du domaine de la recherche académique fondamentale. Selon les conventions usuelles du « fair use » en psychologie scientifique, l’instrument peut être utilisé librement sans frais par les chercheurs, enseignants et étudiants pour des fins d’investigation non commerciale, sous réserve de citer convenablement l’article princeps de Gershon et Cryder (2018).
  • Utilisation commerciale : Toute intégration de l’instrument dans des plateformes logicielles propriétaires ou des audits de réputation commerciale payants doit faire l’objet d’une consultation préalable auprès des auteurs ou des titulaires de droits de l’Oxford University Press / Journal of Consumer Research.

12. Références / References

Les sources et fondements théoriques mentionnés dans cette monographie sont consultables ci-dessous :

  • Clark, M. S., & Mills, J. (1979). Interpersonal attraction in exchange and communal relationships. Journal of Personality and Social Psychology, 37(1), 12–24. https://doi.org/10.1037/0022-3514.37.1.12
  • Clark, M. S., & Mills, J. (1993). The difference between communal and exchange relationships: What it is and is not. Personality and Social Psychology Bulletin, 19(6), 684–691. https://doi.org/10.1177/0146167293196003
  • Cuddy, A. J., Fiske, S. T., & Glick, P. (2007). The BIAS map: Behaviors from intergroup affect and stereotypes. Journal of Personality and Social Psychology, 92(4), 631–648. https://doi.org/10.1037/0022-3514.92.4.631
  • Fiske, S. T., Cuddy, A. J., Glick, P., & Xu, J. (2002). A model of (often mixed) stereotype content: Competence and warmth respectively follow from perceived status and competition. Journal of Personality and Social Psychology, 82(6), 878–902. https://doi.org/10.1037/0022-3514.82.6.878
  • Gershon, R., & Cryder, C. (2018). Goods donations increase charitable credit for low-warmth donors. Journal of Consumer Research, 45(2), 451–469. https://doi.org/10.1093/jcr/ucy008
  • Heider, F. (1958). The Psychology of Interpersonal Relations. John Wiley & Sons. https://doi.org/10.1037/10628-000
  • Kelley, H. H. (1973). The processes of causal attribution. American Psychologist, 28(2), 107–128. https://doi.org/10.1037/h0034225

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Response Scale:

7-point Likert scale (1 = Strongly disagree, 7 = Strongly agree)

Scale Items:

  1. The donor genuinely cares about helping those in need.
  2. The donor was motivated by a sincere desire to make a difference.
  3. The donor’s primary goal was to benefit the recipients.
  4. The donor made this donation primarily to benefit themselves. (R)
  5. The donor’s actions were driven by self-interest. (R)

Note: (R) indicates reverse-scored items. Higher average scores indicate stronger attributions of genuine communal/altruistic motives.

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Citer cet article

Looti, M. (2026, septembre 30). Attributions de motifs communaux (CMA). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/attributions-de-motifs-communaux-cma/
Looti, Mohammed. “Attributions de motifs communaux (CMA).” Base de données de psychologie en français, 30 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/attributions-de-motifs-communaux-cma/.
Looti, Mohammed. “Attributions de motifs communaux (CMA).” Base de données de psychologie en français. septembre 30, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/attributions-de-motifs-communaux-cma/.