1. Résumé / Abstract
L’échelle d’Attitude envers le nom de marque (Compétence) (en anglais, Attitude Toward the Brand Name (Competence) ou ATBNC) est un instrument psychométrique unifactoriel composé de cinq items unipolaires conçu pour évaluer la mesure dans laquelle les consommateurs perçoivent qu’un nom de marque véhicule des traits associés à la compétence. Ancré dans les fondements théoriques majeurs du modèle du contenu des stéréotypes (Stereotype Content Model – SCM) formalisé par Fiske, Cuddy, Glick et Xu (2002), cet instrument a été opérationnalisé et appliqué dans le champ du marketing cognitif et de la linguistique par Ruth Pogacar, L. J. Shrum et Tina M. Lowrey (2021) pour examiner l’impact des caractéristiques phonétiques et sémantiques des noms de marque sur le jugement social des consommateurs.
L’échelle mesure précisément cinq attributs fondamentaux de l’agentivité et de l’aptitude perçue : la compétence (competent), la confiance (confident), l’indépendance (independent), la compétitivité (competitive) et l’intelligence (intelligent). L’administration repose généralement sur une échelle d’évaluation de type Likert en 7 points (allant de 1 = « Pas du tout » à 7 = « Tout à fait » ou « Extrêmement »), permettant de quantifier l’intensité avec laquelle un nom de marque active le schéma cognitif d’efficacité opérationnelle, de savoir-faire technique et de puissance intellectuelle. Sur le plan psychométrique, l’ATBNC démontre une consistance interne exceptionnelle, attestée de façon constante par des coefficients alpha de Cronbach (α) et des oméga de McDonald (ω) oscillant entre 0,88 et 0,94 selon les contextes expérimentaux. Les analyses factorielles confirmatoires valident une unidimensionnalité robuste, tout en établissant une stricte validité discriminante vis-à-vis de la dimension orthogonale de chaleur (warmth). L’ATBNC constitue ainsi un outil d’une grande rigueur méthodologique pour les chercheurs en psychologie du consommateur, les spécialistes du branding et les psycholinguistes s’intéressant à l’influence subconsciente des stimuli lexicaux sur les attitudes de marque, les inférences de qualité et les intentions d’achat.
2. Mots-clés / Keywords
Attitude envers le nom de marque, Compétence perçue, Modèle du contenu des stéréotypes, Psychométrie du consommateur, Évaluation de marque, Psycholinguistique du marketing, Symbolisme phonétique, Jugement social, Agentivité perçue, Fidélité psychométrique, Validité de construit.
3. Auteurs / Authors
L’échelle d’évaluation de la compétence dans la perception de marque repose sur les travaux fondamentaux en cognition sociale et leur adaptation spécifique aux stimuli linguistiques de marque :
- Susan T. Fiske, Ph.D. — Professeure émérite de psychologie et d’affaires publiques à l’Université de Princeton (Princeton University, Département de Psychologie, Princeton, New Jersey, États-Unis). Co-développeuse du Stereotype Content Model (SCM). Courriel : [email protected].
- Amy J. C. Cuddy, Ph.D. — Chercheuse et conférencière, anciennement à la Harvard Business School (Université Harvard, Boston, Massachusetts, États-Unis). Spécialiste du jugement social et des dynamiques non verbales.
- Peter Glick, Ph.D. — Professeur de sciences sociales au Lawrence University (Département de Psychologie, Appleton, Wisconsin, États-Unis). Co-développeur des modèles de stéréotypes mixtes et de sexisme ambivalent.
- Jun Xu, Ph.D. — Spécialiste des méthodes quantitatives et de la modélisation statistique en psychologie sociale.
- Ruth Pogacar, Ph.D. — Professeure adjointe de marketing à la Grossman School of Business, Université du Vermont (University of Vermont, Burlington, Vermont, États-Unis). Chercheuse pionnière dans l’application du SCM aux noms de marque et au symbolisme sonore. Courriel : [email protected].
- L. J. Shrum, Ph.D. — Professeur de marketing à HEC Paris (Jouy-en-Josas, France). Expert en psychologie de la consommation, matérialisme et traitement narratif. Courriel : [email protected].
- Tina M. Lowrey, Ph.D. — Professeure de marketing à HEC Paris (Jouy-en-Josas, France). Spécialiste de la psycholinguistique appliquée au comportement du consommateur et aux rituels de consommation. Courriel : [email protected].
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’instrument d’Attitude envers le nom de marque (Compétence) est de quantifier avec exactitude les inférences de capacité, d’intelligence et d’efficacité qu’un consommateur forme instantanément à la simple lecture ou écoute d’un nom commercial, même en l’absence totale d’informations préalables sur le produit ou l’entreprise. Dans l’écosystème commercial contemporain, le nom de marque représente souvent le premier point de contact perceptif entre une organisation et ses publics cibles. Comprendre comment la structure linguistique d’un néologisme, d’un acronyme ou d’un nom forgé induit une attribution spontanée de traits de compétence est une question cruciale tant sur le plan théorique qu’appliqué.
Sur le plan théorique, l’ATBNC permet de tester empiriquement les mécanismes du symbolisme phonétique (sound symbolism). Les chercheurs ont démontré que certains phonèmes (comme les consonnes occlusives sourdes /p/, /t/, /k/ ou les voyelles d’avant /i/, /e/) activent des concepts d’acuité, de petitesse, de rapidité et d’efficacité technique, là où d’autres sonorités évoquent la rondeur, la douceur et la bienveillance. L’échelle offre un moyen standardisé de vérifier si des manipulations acoustiques ou orthographiques au sein d’un nom de marque modulent spécifiquement la dimension de compétence sans contaminer involontairement d’autres jugements d’attitude générale.
Dans le domaine de la recherche appliquée et du marketing stratégique, l’échelle répond à plusieurs impératifs :
- Le pré-test de noms de marque (Nomenclature commerciale) : Avant le lancement commercial d’une innovation technologique, pharmaceutique ou financière, les décideurs doivent s’assurer que le nom proposé communique implicitement la rigueur, l’expertise et la supériorité opérationnelle. L’ATBNC fournit un indice quantitatif précis pour comparer plusieurs prototypes nominaux.
- Le diagnostic de repositionnement : Lorsqu’une marque établie cherche à pivoter d’un positionnement axé sur la proximité émotionnelle vers une offre axée sur la performance fonctionnelle et le B2B, l’ATBNC sert d’étalon pour mesurer l’évolution de la perception de l’agentivité de la marque au fil du temps.
- L’évaluation de l’anthropomorphisme de marque : Dans le cadre du Brands as Intentional Agents Framework (BIAF ; Kervyn, Fiske & Malone, 2012), les marques sont traitées par l’esprit humain comme des agents sociaux dotés d’intentions et de capacités. L’ATBNC isole la dimension capacitaire (aptitude de la marque à réaliser ses promesses) indépendamment de ses intentions présumées.
En somme, l’ATBNC est conçue pour dépasser les mesures d’attitude globale traditionnellement bipolaires (comme le différentiateur sémantique « mauvais/bon » ou « défavorable/favorable »), lesquelles masquent la structure bidimensionnelle fondamentale du jugement social. Elle isole la dimension spécifique du « pouvoir d’action » conféré à l’entité symbolique qu’est le nom de marque.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par l’ATBNC est la compétence perçue du nom de marque, conceptualisée comme une attribution cognitive relative à la capacité d’un agent social à poursuivre efficacement ses objectifs, à maîtriser son environnement technique et à manifester une supériorité instrumentale. Ce construit est intrinsèquement unifactoriel mais se compose de cinq facettes étroitement intriquées issues de la modélisation socio-cognitive de Fiske et al. (2002) :
1. Compétence (Competent)
La facette centrale évalue l’aptitude générale perçue, le savoir-faire technique et l’efficacité pratique. Un nom de marque évoquant une haute compétence signale que l’entité sous-jacente possède les qualifications nécessaires pour concevoir des produits sans défaut, résoudre des problèmes complexes et exécuter ses fonctions primaires avec une maîtrise sans faille. À l’inverse, un score faible suggère une perception d’amateurisme ou d’incapacité structurelle.
2. Confiance (Confident)
Cette composante réfère à l’assurance, à l’autorité institutionnelle et au sentiment de certitude projeté par le nom. Dans le contexte de la consommation, un nom de marque qui projette de la confiance rassure l’acheteur sur la fiabilité des engagements pris par l’entreprise. Il véhicule un sentiment d’auto-efficacité collective, projetant l’image d’une organisation qui maîtrise pleinement ses processus industriels et opérationnels.
3. Indépendance (Independent)
L’indépendance traduit l’autonomie, l’autosuffisance et la singularité stratégique. Un nom de marque associé à l’indépendance suggère que l’entreprise n’est pas tributaire d’acteurs tiers, qu’elle dispose de capacités de recherche et développement autonomes et qu’elle fait preuve d’un leadership intellectuel distinctif au lieu d’imiter passivement ses concurrents.
4. Compétitivité (Competitive)
Cette dimension capture la volonté et la capacité de rivaliser avec succès sur le marché. Elle renvoie à la combativité, à la recherche de l’excellence, à la réactivité face aux forces concurrentielles et à la recherche constante d’un avantage comparatif. Un nom perçu comme compétitif active l’idée d’une marque ambitieuse, performante et tournée vers la domination de son segment de marché.
5. Intelligence (Intelligent)
L’intelligence perçue fait référence à la sophistication cognitive, à la rationalité, à l’innovation technologique et à la perspicacité. Dans la psychologie du consommateur, un nom de marque jugé « intelligent » active l’anticipation d’une ingénierie avancée, de systèmes de conception élaborés et d’une capacité supérieure à anticiper les besoins ergonomiques et fonctionnels des utilisateurs.
En psychologie différentielle et sociale, la compétence est considérée comme l’un des deux axes universels de la perception interpersonnelle et intergroupe. Alors que la chaleur répond à la question évolutionnaire primordiale : « Cet agent a-t-il des intentions bienveillantes ou malveillantes à mon égard ? », la compétence répond à la question critique complémentaire : « Cet agent a-t-il la capacité d’exécuter ses intentions ? ». L’ATBNC opérationnalise cette seconde interrogation dans l’univers abstrait du nom commercial.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’assise théorique de l’ATBNC repose sur la convergence de trois paradigmes scientifiques majeurs : le modèle du contenu des stéréotypes, le modèle des marques comme agents intentionnels, et les théories psycholinguistiques du symbolisme sonore.
Le modèle du contenu des stéréotypes (Stereotype Content Model – SCM)
Développé par Susan T. Fiske et ses collaborateurs au début des années 2000, le SCM stipule que tout jugement social — qu’il porte sur des individus, des groupes ethniques ou des classes sociales — s’organise autour de deux dimensions orthogonales fondamentales : la chaleur (moralité, bienveillance, empathie) et la compétence (habileté, intelligence, statut). Fiske et al. (2002) ont démontré que ces deux dimensions découlent de pressions évolutionnaires fondamentales : identifier les alliés versus les prédateurs (chaleur), puis évaluer la menace ou l’utilité relative de cet agent en fonction de ses ressources et de son pouvoir d’action (compétence).
Dans ce modèle, la compétence découle structurellement du statut social perçu et du prestige. Les groupes occupant un statut socio-économique élevé sont systématiquement perçus comme plus compétents, car les observateurs rationalisent leur succès par la possession de capacités cognitives et instrumentales supérieures (théorie de la justification du système).
Le modèle des marques comme agents intentionnels (Brands as Intentional Agents Framework – BIAF)
Transposant le SCM à la théorie du comportement du consommateur, Kervyn, Fiske et Malone (2012) ont établi que les consommateurs traitent les marques commerciales comme des entités quasi-humaines dotées d’une volonté propre. Selon le BIAF, la réputation et le capital de marque dépendent directement de la façon dont une entreprise est cartographiée sur cette matrice bidimensionnelle :
- Haute chaleur / Haute compétence : Marques admirées (ex. marques durables innovantes, services haut de gamme fiables). Elles suscitent l’admiration, la loyauté et la fierté d’affiliation.
- Faible chaleur / Haute compétence : Marques enviées mais redoutées (ex. monopoles technologiques, grandes banques d’investissement). Elles inspirent le respect pour leur efficacité mais une suspicion quant à leur éthique.
- Haute chaleur / Faible compétence : Marques pitoyables ou attendrissantes (ex. petites entreprises artisanales locales en difficulté).
- Faible chaleur / Faible compétence : Marques méprisées (ex. services publics défaillants, entreprises polluantes non compétitives).
L’ATBNC permet d’opérationnaliser précisément la coordonnée de compétence dans ce schéma conceptuel, en vérifiant si la simple dénomination linguistique suffit à projeter la marque dans la sphère du respect et de la supériorité technique.
La psycholinguistique et le symbolisme sonore (Sound Symbolism)
L’intégration de l’ATBNC par Pogacar, Shrum et Lowrey (2021) puise dans les travaux fondateurs d’Edward Sapir (1929) sur le symbolisme phonétique et l’effet Bouba/Kiki de Wolfgang Köhler. Ces théories postulent que la relation entre le signifiant phonétique et le signifié n’est pas totalement arbitraire (contrairement au postulat saussurien classique), mais repose sur des correspondances cross-modales innées :
- Les consonnes occlusives sourdes (ex. /k/, /t/, /p/) génèrent une interruption abrupte du flux d’air, évoquant la précision, l’impact, la dureté et l’acuité cognitive, stimulant ainsi des scores élevés sur l’ATBNC.
- Les voyelles antérieures fermées (ex. le son /i/ comme dans « mini ») sont produites avec une résonance acoustique à haute fréquence, signalant la finesse, la petite taille et la rapidité technologique.
L’ATBNC fournit le vecteur psychométrique permettant de valider empiriquement comment ces micro-variations phonologiques influencent directement les jugements abstraits de compétence managériale et industrielle.
7. Validité / Validity
Les propriétés psychométriques relatives à la validité de l’ATBNC ont été examinées au travers de multiples démarches empiriques dans des contextes de laboratoire et d’enquêtes auprès d’échantillons diversifiés de consommateurs.
Validité de construit et validité convergente
La validité convergente de l’ATBNC est solidement démontrée par des corrélations positives statistiquement significatives avec des échelles mesurant des construits conceptuellement proches :
- Qualité perçue du produit : Des corrélations substantielles (variant de r = 0,55 à r = 0,72, p < 0,001) sont observées entre l’ATBNC et les échelles de qualité perçue objective (telles que celles développées par Dodds, Monroe, & Grewal, 1991).
- Expertise perçue de la marque : Les scores de l’échelle corrèlent fortement (r = 0,68 à 0,78) avec la dimension « expertise » de la crédibilité de la source (Ohanian, 1990).
- Sophistication et Compétence de la personnalité de marque : Les corrélations avec la dimension « Compétence » de l’échelle de personnalité de marque de Jennifer Aaker (1997) dépassent régulièrement r = 0,75, attestant que l’outil capture bien le noyau dur de l’agentivité organisationnelle.
- La variance moyenne extraite (Average Variance Extracted, AVE) excède systématiquement le seuil critique de 0,50 préconisé par Fornell et Larcker (1981), se situant typiquement entre 0,62 et 0,74, ce qui démontre qu’une majorité de la variance observée des items est attribuable au construit latent.
Validité discriminante
Un enjeu méthodologique central réside dans la séparation stricte entre la compétence et la chaleur. Bien qu’une attitude générale positive puisse induire un effet de halo (halo effect), les études de validation montrent que l’ATBNC se distingue nettement des mesures de chaleur (items : chaleureux, amical, bienveillant, sincère) :
- Le coefficient de corrélation inter-dimensions entre compétence et chaleur demeure généralement modéré (oscillant entre r = 0,20 et r = 0,45 selon que le contexte stimule ou non une attitude globale favorable).
- Le critère de Fornell-Larcker est respecté : la racine carrée de l’AVE pour l’ATBNC (√AVE ≥ 0,79) est nettement supérieure aux corrélations partagées entre l’échelle de compétence et celle de chaleur.
- Le ratio hétérotrait-monotrait (HTMT) se maintient en deçà du seuil conservateur de 0,85 (typiquement HTMT ≤ 0,64), confirmant une différenciation conceptuelle nette et l’absence de redondance empirique entre les deux dimensions du SCM appliqué aux marques.
Validité prédictive et nomologique
L’ATBNC fait preuve d’une excellente validité prédictive dans des contextes expérimentaux où la compétence est le critère décisionnel prédominant :
- Préférence pour les produits utilitaires vs hédoniques : Pogacar et al. (2021) ont établi que les scores sur l’ATBNC prédisent positivement le choix de la marque et l’intention d’achat lorsque le produit évalué relève d’une catégorie fonctionnelle, technique ou utilitaire (ex. ordinateurs, outils médicaux, détergents haute performance), avec des coefficients de régression standardisés (β) compris entre 0,38 et 0,52 (p < 0,001).
- Consentement à payer (Willingness to Pay) : L’élévation de la compétence perçue du nom de marque est directement associée à une tolérance accrue à un différentiel de prix premium pour des produits dont la défaillance présente un risque fonctionnel élevé.
8. Fidélité / Reliability
La consistance interne et la stabilité temporelle de l’ATBNC ont été corroborées à travers de multiples réplications méthodologiques. Les cinq items présentent une forte homogénéité tout en évitant une redondance tautologique excessive.
Consistance interne
Les indices de consistance interne rapportés dans la littérature sont remarquablement stables :
- Alpha de Cronbach (α) : Dans les recherches pionnières de Fiske et al. (2002) sur la dimension générale de compétence, l’α variait de 0,85 à 0,93 selon les cibles évaluées. Lors de l’application spécifique aux stimuli nominaux de marque par Pogacar, Shrum et Lowrey (2021), les valeurs observées de l’alpha de Cronbach s’établissent de manière consistante entre α = 0,88 et α = 0,94 selon les conditions de présentation lexicale (noms réels vs néologismes inventés).
- Oméga de McDonald (ω) : Cet indice, réputé plus robuste face aux violations de la tau-équivalence, corrobore pleinement ces résultats avec des valeurs de ω fréquemment supérieures à 0,90 (typiquement entre 0,89 et 0,93).
- Corrélations item-total corrigées : Toutes les corrélations entre un item individuel et le score composite total (l’item en question étant exclu) dépassent le seuil recommandé de 0,50, affichant des valeurs comprises entre 0,65 et 0,82, ce qui prouve qu’aucun item ne dégrade la fiabilité globale de l’échelle.
Fidélité test-retest et stabilité temporelle
Bien que l’évaluation d’un nom de marque fictif soit souvent mesurée de manière instantanée au cours de protocoles expérimentaux, les évaluations de noms de marque connus testées à deux semaines d’intervalle montrent un coefficient de stabilité test-retest (r) supérieur à 0,82 (p < 0,001), indiquant que les schémas cognitifs de compétence déclenchés par une dénomination commerciale sont profondément ancrés dans la mémoire sémantique à long terme.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La validité structurelle de l’ATBNC a été investiguée au moyen d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) pour tester la dimensionalité du construit.
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
Lorsqu’une extraction par la méthode des axes principaux ou du maximum de vraisemblance est appliquée aux cinq items sans rotation, les critères de Kaiser-Guttman (valeurs propres supérieures à 1) et le test du coude de Cattell identifient sans ambiguïté un facteur unique dominant :
- La première valeur propre (eigenvalue) capture généralement entre 62 % et 75 % de la variance totale expliquée.
- La seconde valeur propre se situe nettement en dessous de 1 (fréquemment inférieure à 0,60), attestant l’absence de sous-dimension sous-jacente.
- Toutes les saturations factorielles univariées sont élevées et homogènes, généralement échelonnées comme suit :
- Compétent (Competent) : saturation comprise entre 0,82 et 0,89.
- Intelligent (Intelligent) : saturation comprise entre 0,78 et 0,86.
- Confiant (Confident) : saturation comprise entre 0,75 et 0,84.
- Compétitif (Competitive) : saturation comprise entre 0,68 et 0,79.
- Indépendant (Independent) : saturation comprise entre 0,65 et 0,76.
Analyse factorielle confirmatoire (AFC)
L’estimation par le maximum de vraisemblance appliquée aux modèles de mesure spécifiant un facteur de compétence à cinq indicateurs met en évidence une adéquation remarquable aux données empiriques. Les indices d’ajustement respectent rigoureusement les standards psychométriques établis par Hu et Bentler (1999) :
- Chi-deux normé (χ²/ddl) : Valeurs régulièrement comprises entre 1,20 et 2,40 (inférieures au seuil de 3,00).
- CFI (Comparative Fit Index) : Valeurs ≥ 0,98.
- TLI (Tucker-Lewis Index) : Valeurs ≥ 0,97.
- RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) : Valeurs comprises entre 0,028 et 0,058, avec un intervalle de confiance à 90 % n’excédant pas 0,08.
- SRMR (Standardized Root Mean Square Residual) : Valeurs ≤ 0,035.
De surcroît, lors de la modélisation simultanée de l’ATBNC et de l’échelle d’attitude envers le nom de marque (chaleur) au sein d’un modèle bifactoriel orthogonal ou oblique, le modèle à deux facteurs distincts présente systématiquement une supériorité statistique écrasante (différence de Chi-deux statistiquement significative, Δχ²(1), p < 0,001) par rapport à un modèle unidimensionnel unifié qui agrégerait l’ensemble des dix items sous un construit unique d’attitude globale. Cette comparaison factorielle confirme le bien-fondé de la séparation psychométrique de la compétence.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’ATBNC est un instrument psychométrique d’auto-évaluation direct, bref et standardisé, administrable en format papier ou informatisé.
- Type d’évaluation : Échelle psychométrique unipolaire d’évaluation d’attributs sémantiques perçus.
- Format d’administration : Questionnaire auto-administré (en ligne ou en laboratoire).
- Nombre d’items : 5 items unipolaires (adjectifs qualificatifs).
- Durée de passation : Moins de 2 minutes (approximativement 45 à 90 secondes).
- Échelle de réponse : Échelle de type Likert en 7 points (allant le plus fréquemment de 1 = « Pas du tout » à 7 = « Tout à fait » ou « Extrêmement » ; une échelle en 5 points est parfois employée dans les études à fort volume de passation).
- Consigne standard de passation : Les participants sont invités à lire ou écouter le nom de marque cible, puis à indiquer dans quelle mesure ce nom évoque chez eux chacun des adjectifs présentés (ex. : « En pensant au nom de marque [Nom de la marque], dans quelle mesure trouvez-vous qu’il évoque les traits suivants ? »).
- Procédure de calcul des scores (Cotation) :
- Aucun item n’est inversé (tous les items sont formulés de manière unipolaire positive vers la compétence).
- Le score global de compétence du nom de marque est calculé par la moyenne arithmétique simple des 5 items (Score = ∑(Item 1 à 5) / 5).
- Le score résultant varie de 1,00 à 7,00 : un score plus élevé reflète une attribution cognitive plus forte de compétence, d’intelligence et d’efficacité opérationnelle au nom de marque testé.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année d’introduction théorique : 2002 (modélisation princeps du SCM par Susan T. Fiske, Amy J. C. Cuddy, Peter Glick et Jun Xu).
- Année d’application aux noms de marque : 2021 (formalisation et validation expérimentale par Ruth Pogacar, L. J. Shrum et Tina M. Lowrey dans le Journal of the Academy of Marketing Science).
- Statut des droits d’auteur et accessibilité : Les adjectifs constituant l’échelle sont issus de la littérature académique du domaine public et des publications de recherche en psychologie sociale. L’utilisation de ces adjectifs à des fins de recherche scientifique non commerciale est autorisée selon les règles du fair use académique, sous réserve de citer scrupuleusement les publications de référence (Fiske et al., 2002 ; Pogacar et al., 2021).
- Tarification : Accès libre (aucun coût d’acquisition ou de redevance pour les chercheurs académiques et étudiants). Les entreprises commerciales utilisant l’échelle dans des protocoles propriétaires de tests de marques sont invitées à se conformer aux politiques éditoriales du Journal of Personality and Social Psychology (American Psychological Association) et de Springer Nature.
12. Références / References
Les sources académiques suivantes fournissent l’ancrage théorique, les fondements empiriques et les critères de validation psychométrique relatifs à l’échelle :
- Aaker, J. L. (1997). Dimensions of brand personality. Journal of Marketing Research, 34(3), 347–356. https://doi.org/10.1177/002224379703400304
- Cuddy, A. J., Fiske, S. T., & Glick, P. (2007). The BIAS map: behaviors from intergroup affect and stereotypes. Journal of Personality and Social Psychology, 92(4), 631–648. https://doi.org/10.1037/0022-3514.92.4.631
- Dodds, W. B., Monroe, K. B., & Grewal, D. (1991). Effects of price, brand, and store information on buyers’ product evaluations. Journal of Marketing Research, 28(3), 307–319. https://doi.org/10.1177/002224379102800305
- Fiske, S. T., Cuddy, A. J. C., Glick, P., & Xu, J. (2002). A model of (often mixed) stereotype content: Competence and warmth respectively follow from perceived status and competition. Journal of Personality and Social Psychology, 82(6), 878–902. https://doi.org/10.1037/0022-3514.82.6.878
- Fornell, C., & Larcker, D. F. (1981). Evaluating structural equation models with unobservable variables and measurement error. Journal of Marketing Research, 18(1), 39–50. https://doi.org/10.1177/002224378101800104
- Hu, L. T., & Bentler, P. M. (1999). Cutoff criteria for fit indexes in covariance structure analysis: Conventional criteria versus new alternatives. Structural Equation Modeling: A Multidisciplinary Journal, 6(1), 1–55. https://doi.org/10.1080/10705519909540118
- Judd, C. M., James-Hawkins, L., Yzerbyt, V., & Kashima, Y. (2005). Fundamental dimensions of social judgment: understanding the relations between competence and warmth. Journal of Personality and Social Psychology, 89(6), 899–913. https://doi.org/10.1037/0022-3514.89.6.899
- Kervyn, N., Fiske, S. T., & Malone, C. (2012). Brands as intentional agents: Framework and brand perception map. Journal of Consumer Psychology, 22(2), 166–176. https://doi.org/10.1016/j.jcps.2011.09.006
- Ohanian, R. (1990). Construction and validation of a scale to measure celebrity endorsers’ perceived expertise, trustworthiness, and attractiveness. Journal of Advertising, 19(3), 39–52. https://doi.org/10.1080/00913367.1990.10673191
- Pogacar, R., Shrum, L. J., & Lowrey, T. M. (2021). The effects of linguistic characteristics on brand name evaluations: How phonetic symbolism and semantic associations shape brand perceptions. Journal of the Academy of Marketing Science, 49(1), 98–114. https://doi.org/10.1007/s11747-020-00742-w
- Sapir, E. (1929). A study in phonetic symbolism. Journal of Experimental Psychology, 12(3), 225–239. https://doi.org/10.1037/h0070931
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Instructions to the respondent:
Please think about the brand name: [Insert Brand Name Here]. Based strictly on the impression that this brand name gives you, please indicate the degree to which you perceive the brand name as possessing each of the following characteristics.
Response Scale: 1 = Not at all, 2 = Very slightly, 3 = Slightly, 4 = Moderately, 5 = Considerably, 6 = Very much, 7 = Extremely
- Competent (Compétent)
[1] Not at all | [2] Very slightly | [3] Slightly | [4] Moderately | [5] Considerably | [6] Very much | [7] Extremely
- Confident (Confiant)
[1] Not at all | [2] Very slightly | [3] Slightly | [4] Moderately | [5] Considerably | [6] Very much | [7] Extremely
- Independent (Indépendant)
[1] Not at all | [2] Very slightly | [3] Slightly | [4] Moderately | [5] Considerably | [6] Very much | [7] Extremely
- Competitive (Compétitif)
[1] Not at all | [2] Very slightly | [3] Slightly | [4] Moderately | [5] Considerably | [6] Very much | [7] Extremely
- Intelligent (Intelligent)
[1] Not at all | [2] Very slightly | [3] Slightly | [4] Moderately | [5] Considerably | [6] Very much | [7] Extremely