1. Résumé / Abstract
L’échelle d’attitude envers la marque (dénommée communément Attitude Toward the Brand ou Ab), développée et validée par Nancy Spears et Surendra N. Singh en 2004, représente l’un des instruments de mesure psychométrique les plus rigoureux, parcimonieux et largement adoptés dans les sciences de gestion, le marketing et la psychologie du consommateur. Conçue pour pallier le manque d’uniformité et les faiblesses méthodologiques caractérisant les échelles antérieures, cette mesure unidimensionnelle est composée de cinq paires d’adjectifs bipolaires présentées sous la forme d’un différentiel sémantique en 7 points. Elle saisit l’évaluation globale, affective et cognitive, relativement stable et durable, qu’un individu porte sur une marque commerciale spécifique.
Le processus de développement de l’échelle s’est articulé autour d’une recension exhaustive de la littérature spécialisée, réduisant un ensemble initial de 52 items d’attitude à un ensemble hautement épuré de 5 items grâce à une série d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) déployées sur deux études empiriques indépendantes. L’instrument s’intègre harmonieusement dans les cadres théoriques dominants de persuasion publicitaire, notamment le modèle de transfert d’affect et l’hypothèse de double médiation (Dual Mediation Hypothesis), reliant l’attitude envers l’annonce (Aad), l’attitude envers la marque (Ab) et l’intention d’achat (PI).
Les qualités psychométriques de l’échelle de Spears et Singh sont exceptionnelles : les études originales ont démontré une consistance interne remarquable, avec des coefficients alpha de Cronbach de 0,97 (Étude 1) et 0,95 (Étude 2), ainsi qu’une fiabilité composite (Composite Reliability) respective de 0,97 et 0,94. La validité convergente est étayée par une variance moyenne extraite (AVE) largement supérieure au seuil critique de 0,50 (0,86 et 0,77). De surcroît, la validité discriminante par rapport aux intentions d’achat a été rigoureusement confirmée par le critère de Fornell-Larcker et des tests de différence de khi-deux. En raison de sa parcimonie et de sa robustesse, cette échelle constitue aujourd’hui un standard méthodologique incontournable pour les chercheurs et les praticiens de l’évaluation des marques.
2. Mots-clés / Keywords
Attitude envers la marque, psychométrie, différentiel sémantique, comportement du consommateur, persuasion publicitaire, évaluation de marque, intentions d’achat, modélisation par équations structurelles, fidélité composite, validité discriminante, Spears et Singh, psychologie cognitive.
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été conçue et validée par deux figures de proue de la recherche quantitative en communication persuasive et en marketing :
- Dr. Nancy D. Spears : Professeure de marketing au Department of Marketing, Logistics, and Operations Management du G. Brint Ryan College of Business, University of North Texas (Denton, Texas, États-Unis). Ses axes de recherche portent sur la psychologie cognitive appliquée à la consommation, le traitement de l’information publicitaire, la nostalgie de marque, l’influence des signaux symboliques et la modélisation des attitudes. (Courriel institutionnel : [email protected]).
- Dr. Surendra N. Singh : Professeur émérite de marketing (Southwestern Bell Professor Emeritus) au School of Business, University of Kansas (Lawrence, Kansas, États-Unis). Reconnu internationalement pour ses travaux fondateurs sur l’attention publicitaire, la reconnaissance et le rappel des messages commerciaux, la mémorisation subliminale, la perception visuelle des stimuli promotionnels et la validation psychométrique des instruments de mesure en marketing. (Courriel institutionnel : [email protected]).
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental poursuivi par Nancy Spears et Surendra N. Singh lors de la conception de cette échelle en 2004 était d’apporter une solution définitive à l’hétérogénéité chaotique et au manque de standardisation psychométrique qui gangrenaient la mesure de l’attitude envers la marque (Attitude toward the brand, notée $A_b$) et des intentions d’achat (Purchase intentions, notées $PI$) depuis le début des années 1980. Bien que ces construits soient au cœur de la quasi-totalité des théories d’efficacité publicitaire, une analyse critique de la littérature menée par les auteurs avait révélé qu’une multitude de chercheurs utilisaient des échelles ad hoc, souvent composées d’un nombre arbitraire d’items, sans fournir de preuves empiriques suffisantes de leur unidimensionnalité, de leur fidélité ou de leur validité discriminante.
Dans le domaine académique, l’échelle vise à quantifier précisément l’évaluation globale et synthétique d’une marque qui résulte du traitement cognitif et affectif d’un stimulus (tel qu’une campagne publicitaire, une communication institutionnelle, un bouche-à-oreille ou une expérience directe de consommation). En psychologie du consommateur, la mesure standardisée de l’attitude envers la marque permet de modéliser les chaînes causales prédictives du comportement d’achat. L’attitude envers la marque opère comme une variable pivot dans le réseau nomologique, servant d’intermédiaire indispensable entre les réactions affectives immédiates suscitées par un message publicitaire et les dispositions conatives ultérieures (les décisions d’achat effectives ou les intentions déclarées).
Sur le plan des applications pratiques et professionnelles, l’instrument répond à plusieurs impératifs majeurs :
- Le pré-test et post-test publicitaire : Les praticiens du marketing et les agences de communication utilisent cet outil pour mesurer l’impact net d’une campagne sur la perception de la marque, en comparant les scores avant et après l’exposition publicitaire ou en administrant l’échelle à des groupes tests et témoins.
- Le suivi continu du capital de marque (Brand Equity Tracking) : Grâce à son format ultra-court (5 items seulement), l’échelle minimise la fatigue cognitive des répondants lors d’études longitudinales ou de panels de consommateurs, permettant un suivi fin des fluctuations de l’image de marque face aux crises réputationnelles ou aux offensives de concurrents.
- La recherche expérimentale : La structure compacte de l’instrument en fait un outil idéal pour les protocoles expérimentaux en ligne ou en laboratoire de psychologie, où l’attitude envers la marque est manipulée ou mesurée en conjonction avec de multiples autres variables psychologiques (par exemple, la charge cognitive, l’implication envers la catégorie de produits, l’humeur induite).
La justification théorique sous-tendant cette échelle repose sur le constat empirique qu’une évaluation positive de la marque ne se confond ni avec les sentiments transitoires générés par l’annonce, ni avec l’intention comportementale d’acheter. L’échelle de Spears et Singh a précisément été construite pour offrir une pureté de mesure optimale, isolant l’évaluation globale de la marque de tout artefact méthodologique lié aux formulations conatives ou aux biais de désirabilité sociale.
5. Construit psychologique / Construct
L’attitude envers la marque ($A_b$) est formellement conceptualisée par Spears et Singh (2004), dans la lignée des travaux séminales de Mitchell et Olson (1981) ainsi que d’Eagly et Chaiken (1993), comme une évaluation synthétique, unidimensionnelle et relativement durable d’une marque, qui polarise et dynamise les conduites individuelles à son égard. Il ne s’agit pas d’un état émotionnel éphémère ou d’une simple humeur passagère, mais d’une disposition évaluative interne apprise, structurée en mémoire à long terme sous forme de réseau associatif.
Bien que certains auteurs en psychologie sociale aient débattu du caractère unidimensionnel ou bidimensionnel (composantes cognitive et affective) de l’attitude, Spears et Singh démontrent avec rigueur que, sur le plan de la mesure psychométrique, l’attitude globale envers la marque fonctionne comme un construit unidimensionnel d’ordre supérieur. Les cinq paires d’adjectifs bipolaires retenues capturent harmonieusement les facettes évaluatives fondamentales de ce jugement synthétique :
Facette de valence et de jugement général : Bad / Good
Cette paire d’adjectifs constitue le noyau évaluatif primaire de l’attitude au sens de Fishbein et Ajzen (1975). L’axe Mauvais/Bon évalue la valence téléologique et fonctionnelle fondamentale attribuée à l’objet. L’individu juge si la marque est intrinsèquement positive, bénéfique et méritoire ou si elle est néfaste et déficiente. C’est l’indicateur le plus universel de la directionnalité de l’attitude.
Facette d’attractivité perceptuelle et motivationnelle : Unappealing / Appealing
L’axe Non attrayant/Attrayant examine la force d’attraction exercée par la marque sur l’individu. Ce jugement renvoie à la capacité de la marque à susciter l’intérêt, à capter l’attention positive et à éveiller un désir d’approche (par opposition à une tendance à l’évitement). Cette dimension intègre la résonance esthétique et motivationnelle du stimulus de marque.
Facette hédonique et émotionnelle : Unpleasant / Pleasant
L’axe Désagréable/Agréable reflète la composante affective et sensorielle associée à l’évocation de la marque. Il traduit l’anticipation d’une expérience subjective plaisante ou gratifiante lors de l’interaction avec les produits ou services de cette marque. Ce marqueur est directement lié au conditionnement affectif et au transfert des émotions positives générées lors de l’exposition à l’univers de marque.
Facette d’alignement dispositionnel et normatif : Unfavorable / Favorable
L’axe Défavorable/Favorable traduit la posture intellectuelle et le parti pris cognitif du consommateur envers l’entité de marque. Un jugement favorable implique un préjugé positif, une approbation des valeurs, de la proposition de valeur ou de l’identité véhiculée par la marque. Cette composante capture le positionnement rationnel et la bienveillance du répondant.
Facette de sympathie relationnelle : Unlikable / Likable
L’axe Antipathique/Sympathique (ou Peu aimable/Aimable) sonde la dimension interpersonnelle et anthropomorphique de la relation marque-consommateur. Dans le paradigme de la personnalité de la marque et des relations aux marques, cet item mesure l’affinité affective, la chaleur perçue et le capital de sympathie immédiat accordé à la marque par l’observateur.
L’intégration de ces cinq dimensions au sein d’une structure factorielle unique garantit une représentativité complète du domaine conceptuel de l’attitude sans introduire de redondance inutile. L’échelle isole l’attitude en tant que jugement évaluatif global, se distinguant nettement des croyances descriptives spécifiques (ex. : « Cette marque est rapide ») et des intentions d’action comportementale (ex. : « J’ai l’intention d’acheter cette marque la semaine prochaine »).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’ancrage théorique de l’échelle d’attitude envers la marque de Spears et Singh s’inscrit au carrefour de la théorie de l’action raisonnée (Fishbein & Ajzen, 1975), du modèle de probabilité d’élaboration (Elaboration Likelihood Model, Petty & Cacioppo, 1986) et, plus spécifiquement, des modèles de persuasion publicitaire développés au cours des décennies 1980 et 1990.
La révolution de Mitchell et Olson (1981) et le rôle médiateur de l’attitude
Avant l’article fondateur de Mitchell et Olson (1981), la doctrine dominante en marketing postulait que l’effet de la publicité sur l’attitude envers la marque transitait exclusivement par la modification des croyances cognitives relatives aux attributs fonctionnels du produit (modèles multi-attributs de Fishbein). Mitchell et Olson ont démontré pour la première fois que l’attitude envers l’annonce publicitaire elle-même ($A_{ad}$) agissait comme un médiateur déterminant de l’attitude envers la marque ($A_b$), indépendamment des croyances concrètes relatives aux attributs. L’attitude envers la marque est ainsi apparue comme un construit psychologique autonome, résultant à la fois de traitements cognitifs analytiques et de transferts affectifs directs.
L’hypothèse de double médiation (Dual Mediation Hypothesis – DMH)
Spears et Singh (2004) inscrivent explicitement leur effort de validation dans le cadre structurel de l’hypothèse de double médiation formalisée par Lutz, MacKenzie et Belch (1983) et validée empiriquement par MacKenzie, Lutz et Belch (1986). Selon ce paradigme théorique, les réactions affectives immédiates déclenchées par une annonce publicitaire (les sentiments positifs ou négatifs) influencent l’attitude envers l’annonce ($A_{ad}$). À son tour, $A_{ad}$ exerce une double influence sur l’attitude envers la marque ($A_b$) :
- Une voie directe de transfert affectif : Les affects positifs engendrés par l’exécution publicitaire se déversent directement sur l’évaluation globale de la marque via un conditionnement classique ou une heuristique d’affect.
- Une voie indirecte cognitive : L’appréciation de l’annonce favorise une réceptivité accrue et des pensées cognitives bienveillantes à l’égard de la marque, renforçant la solidité de $A_b$.
Enfin, l’attitude envers la marque ($A_b$) constitue le prédicteur proximal le plus direct des intentions d’achat ($PI$). Le schéma nomologique théorisé et vérifié par Spears et Singh s’établit selon la séquence :
Sentiments Positifs $\rightarrow$ Attitude envers l’Annonce ($A_{ad}$) $\rightarrow$ Attitude envers la Marque ($A_b$) $\rightarrow$ Intentions d’Achat ($PI$)
La distinction conceptuelle entre attitude et intention
Un apport théorique majeur du travail de Spears et Singh réside dans la clarification de la frontière conceptuelle entre attitude et intention conative. S’appuyant sur les travaux de Bagozzi (1981) et d’Ajzen (1991), les auteurs rappellent que si l’attitude ($A_b$) est une disposition évaluative globale sans plan d’action immédiat, l’intention d’achat ($PI$) représente un plan conatif conscient conscientisé par l’individu visant à acquérir un produit ou une marque dans un futur délimité. La modélisation conjointe mais dissociée de ces deux construits au sein d’un même cadre théorique était indispensable pour éviter les erreurs d’inférence statistique fréquentes dans les recherches antérieures.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de l’échelle d’attitude envers la marque de Spears et Singh a été démontrée à travers une démarche méthodologique rigoureuse et séquentielle, s’appuyant sur deux collectes de données empiriques indépendantes auprès d’échantillons universitaires représentatifs (Étude 1 : $N = 205$ ; Étude 2 : $N = 286$) utilisant des stimuli publicitaires réels et fictifs.
Validité de contenu (Content Validity)
Les auteurs ont d’abord procédé à une recension exhaustive des 20 années de recherche publicitaire antérieures (1981-2001), extrayant l’ensemble des items utilisés pour mesurer $A_b$. Un vivier initial de 52 items d’attitude a été constitué. Par un processus d’analyse sémantique, d’élimination des redondances et d’évaluation par des panels d’experts, ce pool a été systématiquement réduit pour ne retenir que les adjectifs bipolaires les plus représentatifs du domaine sémantique de l’évaluation globale, éliminant les qualificatifs trop spécifiques (ex. : « moderne », « efficace ») qui capturaient des attributs fonctionnels plutôt qu’une attitude pure.
Validité convergente (Convergent Validity)
La validité convergente a été démontrée au moyen d’analyses factorielles confirmatoires (AFC). Tous les items présentent des saturations factorielles standardisées hautement significatives ($p < 0,001$) et extrêmement élevées sur le facteur latent d’attitude :
- Dans l’Étude 1, les saturations factorielles standardisées variaient entre 0,91 et 0,95. La variance moyenne extraite (AVE, Average Variance Extracted) a atteint la valeur impressionnante de 0,86.
- Dans l’Étude 2 (visant la réplication et la validation croisée), les saturations factorielles se sont échelonnées entre 0,85 et 0,90, avec une AVE de 0,77.
Dans les deux études, les valeurs d’AVE dépassent très largement le seuil standard de 0,50 recommandé par Fornell et Larcker (1981), confirmant qu’une part écrasante de la variance observée est directement imputable au construit théorique d’attitude envers la marque plutôt qu’à l’erreur de mesure.
Validité discriminante (Discriminant Validity)
L’un des défis majeurs relevés par Spears et Singh consistait à prouver que l’attitude envers la marque ($A_b$) ne se confondait pas empiriquement avec l’intention d’achat ($PI$), les deux variables partageant souvent une forte corrélation dans les études publiées. La validité discriminante a été testée et confirmée via trois approches statistiques rigoureuses :
- Test de différence de khi-deux ($\Delta\chi^2$) : Pour chaque paire de construits, les auteurs ont comparé un modèle où la corrélation entre $A_b$ et $PI$ était librement estimée à un modèle où cette corrélation était contrainte à l’unité (1,0). Dans les deux études, la libération de la corrélation a entraîné une amélioration statistiquement hautement significative du khi-deux ($\Delta\chi^2 > 100$, $p < 0,001$), rejetant l’hypothèse d’une identité empirique des deux construits.
- Critère de Fornell-Larcker : La racine carrée de l’AVE pour l’attitude envers la marque ($\sqrt{0,86} = 0,927$ dans l’Étude 1 ; $\sqrt{0,77} = 0,877$ dans l’Étude 2) s’est avérée substantiellement supérieure à la corrélation bivariée inter-construits reliant $A_b$ et $PI$ ($r = 0,69$ et $r = 0,64$).
- Intervalles de confiance de la corrélation : L’intervalle de confiance à 95 % autour de l’estimation de la corrélation phi ($phi$) entre $A_b$ et $PI$ n’incluait en aucun cas la valeur 1,0.
Validité prédictive et nomologique (Nomological Validity)
La validité nomologique a été établie par la modélisation en équations structurelles du réseau théorique de persuasion publicitaire : Sentiments positifs $
ightarrow$ $A_{ad}$ $
ightarrow$ $A_b$ $
ightarrow$ $PI$. Les coefficients de chemin structurels se sont tous révélés positifs et statistiquement significatifs ($p < 0,001$). L’attitude envers la marque s’est affirmée comme un prédicteur robuste et direct des intentions d’achat ($eta = 0,69$ dans l’Étude 1 et $eta = 0,64$ dans l’Étude 2), attestant que l’échelle mesure avec exactitude le phénomène psychologique attendu au sein de son réseau nomologique naturel.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité d’un instrument psychométrique évalue la précision de la mesure et l’absence d’erreur aléatoire. Dans les travaux de Spears et Singh (2004), la fidélité de l’échelle d’attitude envers la marque a été mesurée par l’ensemble des indicateurs de la théorie classique des tests et de la modélisation structurelle moderne.
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Le coefficient alpha de Cronbach ($lpha$), indicateur canonique de la cohérence interne des items, a atteint des niveaux d’excellence rarement observés dans les sciences sociales :
- Étude 1 : $lpha = 0,97$
- Étude 2 : $lpha = 0,95$
Ces scores dépassent largement les critères conventionnels de Nunnally et Bernstein (0,70 pour la recherche exploratoire et 0,90 pour les décisions appliquées à enjeux élevés). De plus, l’examen des corrélations item-total corrigées a montré que chaque item individuel présentait une corrélation supérieure à 0,85 avec le score global, et la suppression d’aucun item ne permettait d’accroître le coefficient alpha global, attestant de l’homogénéité parfaite du faisceau d’indicateurs.
Fiabilité composite (Rhô de Jöreskog / Composite Reliability)
Parce que l’alpha de Cronbach repose sur l’hypothèse souvent irréaliste de tau-équivalence (saturations factorielles égales pour tous les items) et tend à sous-estimer la fidélité réelle lorsque cette condition est violée, Spears et Singh ont calculé la fiabilité composite ($CR$) issue des modèles d’analyse factorielle confirmatoire :
- Étude 1 : $CR = 0,97$
- Étude 2 : $CR = 0,94$
Ces coefficients, largement supérieurs au seuil critique recommandé de 0,70 ou 0,80 (Bagozzi & Yi, 1988), confirment que la variance partagée par les cinq indicateurs est presque intégralement imputable au construit latent d’attitude.
Stabilité de la mesure et erreur de mesure
L’erreur standard de mesure (Standard Error of Measurement, SEM) associée à l’échelle est particulièrement faible en raison de la très forte consistance interne et des saturations factorielles massives. Les études ultérieures ayant mobilisé l’échelle de Spears et Singh dans des designs expérimentaux test-retest ont confirmé la stabilité temporelle de la mesure en l’absence de nouvelle exposition promotionnelle ou d’incident informationnel (coefficients de fidélité test-retest typiquement supérieurs à 0,85 sur des intervalles de deux à quatre semaines).
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Le protocole analytique déployé par Spears et Singh (2004) pour épurer et valider l’instrumentation de $A_b$ constitue un modèle de rigueur méthodologique combinant analyse factorielle exploratoire (AFE) et analyse factorielle confirmatoire (AFC).
Phase exploratoire (AFE)
À partir du vivier initial de 52 items issus de la littérature académique, une première analyse factorielle exploratoire en composantes principales avec rotation oblique (Promax) a été conduite. Le test de sédimentation de Cattell (Scree test) et le critère de Kaiser (valeurs propres supérieures à 1) ont sans ambiguïté mis en évidence une structure unifactorielle dominante pour l’attitude envers la marque. Cette composante unique expliquait à elle seule plus de 80 % de la variance totale des scores dans les solutions préliminaires.
Les items présentant des saturations croisées sur les dimensions conatives d’intention d’achat, des communautés faibles (< 0,50) ou des ambiguïtés d’interprétation sémantique ont été systématiquement éliminés. Ce processus itératif a conduit à l’isolement des 5 items optimaux qui composent la version finale de l’instrument.
Phase confirmatoire (AFC)
Les cinq items finaux ont ensuite été soumis à une modélisation d’analyse factorielle confirmatoire sous estimation du maximum de vraisemblance (ML) au sein d’un modèle de mesure complet intégrant simultanément l’attitude envers la marque ($A_b$) et l’intention d’achat ($PI$).
Les indices d’ajustement global du modèle de mesure se sont révélés exemplaires dans les deux échantillons indépendants :
- Étude 1 : $\chi^2 / dl < 2,0$ ; Goodness of Fit Index (GFI) = 0,96 ; Comparative Fit Index (CFI) = 0,99 ; Tucker-Lewis Index (TLI) = 0,99 ; Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) = 0,042.
- Étude 2 : $\chi^2 / dl < 2,5$ ; GFI = 0,95 ; CFI = 0,98 ; TLI = 0,98 ; RMSEA = 0,049.
Structure des saturations factorielles
Le tableau factoriel standardisé démontre des poids factoriels ($lambda$) exceptionnellement élevés pour l’ensemble des items, sans qu’aucun indice de modification (Modification Index) significatif ne suggère de corrélations résiduelles entre termes d’erreur, ce qui atteste d’une pureté dimensionnelle parfaite :
| Item (Paire bipolaire) | Saturation factorielle standardisée ($lambda$) – Étude 1 | Saturation factorielle standardisée ($lambda$) – Étude 2 |
|---|---|---|
| 1. Unappealing / Appealing | 0,93 | 0,88 |
| 2. Bad / Good | 0,95 | 0,89 |
| 3. Unpleasant / Pleasant | 0,91 | 0,85 |
| 4. Unfavorable / Favorable | 0,94 | 0,90 |
| 5. Unlikable / Likable | 0,92 | 0,87 |
Ces données confirment sans ambiguïté que l’instrument opérationnalise un construit parfaitement unidimensionnel, capturant de manière homogène le continuum évaluatif global de la marque.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom de l’instrument : Échelle d’attitude envers la marque (Attitude Toward the Brand Scale, Ab).
- Auteurs : Nancy Spears et Surendra N. Singh (2004).
- Type d’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation psychométrique (Self-report measure).
- Format des items : Paires d’adjectifs bipolaires ancrées aux extrémités d’un continuum sémantique.
- Nombre d’items : 5 items unidimensionnels.
- Échelle de réponse : 7-point semantic differential scale (1 to 7). Les échelons sont numérotés de 1 (pôle négatif) à 7 (pôle positif), avec une position neutre centrale au niveau 4.
- Temps de passation estimé : Inférieur à 60 secondes (généralement entre 30 et 45 secondes), ce qui confère à l’instrument une très faible charge cognitive.
- Public cible : Consommateurs adultes, adolescents, panélistes d’études de marché, participants à des expériences académiques.
- Modalités de cotation (Scoring) :
- Chaque item est noté de 1 (évaluation la plus négative, ex. : Bad) à 7 (évaluation la plus positive, ex. : Good).
- Aucun item inversé n’est présent dans la version standard publiée par Spears et Singh (tous les pôles négatifs sont ancrés à gauche à la valeur 1 et tous les pôles positifs sont ancrés à droite à la valeur 7). Toutefois, si le chercheur décide de randomiser l’ordre des pôles pour contrôler les biais d’acquiescement, les items inversés doivent impérativement être recodés ($8 – \text{score bruts}$) avant calcul.
- Le score global d’attitude envers la marque est calculé par la moyenne arithmétique des 5 items (score composite allant de 1,00 à 7,00) ou par leur somme arithmétique (score cumulé variant de 5 à 35). Un score élevé traduit une attitude hautement favorable et positive envers la marque.
- Adaptabilité contextuelle : Bien que standardisée pour l’évaluation d’une « marque », l’échelle s’adapte couramment dans la littérature en substituant l’objet de référence (ex. : une enseigne commerciale, une entreprise institutionnelle, un produit spécifique ou un porte-parole de célébrité) tout en conservant scrupuleusement les cinq paires d’adjectifs.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication princeps : 2004.
- Statut des droits d’auteur (Copyright) : Les droits de publication sont détenus par l’éditeur académique Taylor & Francis (revue Journal of Current Issues & Research in Advertising).
- Utilisation académique et non commerciale : L’échelle est librement accessible et utilisable sans frais par les enseignants-chercheurs, doctorants et étudiants pour des travaux de recherche universitaire, des thèses ou des communications scientifiques, sous réserve de citer explicitement et rigoureusement l’article original de Spears et Singh (2004).
- Utilisation commerciale : Les agences de sondage, cabinets d’études marketing ou entreprises commerciales souhaitant intégrer l’échelle dans des logiciels propriétaires payants ou des outils de tracking commercial sont tenus de vérifier les conditions d’exploitation auprès de l’éditeur ou des auteurs selon les règles usuelles du droit de la propriété intellectuelle.
12. Références / References
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- MacKenzie, S. B., Lutz, R. J., & Belch, G. E. (1986). The role of attitude toward the ad as a mediator of advertising effectiveness: A test of competing explanations. Journal of Marketing Research, 23(2), 130–143. https://doi.org/10.1177/002224378602300205
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- Spears, N., & Singh, S. N. (2004). Measuring attitude toward the brand and purchase intentions. Journal of Current Issues & Research in Advertising, 26(2), 53–66. https://doi.org/10.1080/10641734.2004.10505164