Attachement parent-enfant — Rochester Youth Development Study

L’échelle d’attachement parent-enfant de la Rochester Youth Development Study (RYDS) évalue l’attachement dyadique et la qualité affective réciproque entre parents et adolescents.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 7, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 7, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

L’échelle d’attachement parent-enfant issue de la Rochester Youth Development Study (RYDS) constitue un instrument psychométrique d’évaluation dyadique conçu pour mesurer la qualité affective, la proximité émotionnelle et la solidité du lien relationnel unissant un adolescent à sa figure parentale de référence. Élaboré dans le cadre d’un vaste programme longitudinal de recherche sur la délinquance juvénile et le développement psychosocial dirigé par Terence P. Thornberry et ses collaborateurs au début des années 1990, cet outil s’inspire directement des travaux pionniers de Walter W. Hudson relatifs aux échelles cliniques d’évaluation des relations familiales (notamment l’Index of Parental Attitudes et le Child’s Attitude Toward Mother/Father). L’instrument se décline en deux versions parallèles et complémentaires de 11 items chacune : la version destinée au parent (Parent Items) et la version destinée à l’adolescent (Youth Items). Chaque énoncé évalue la fréquence de manifestations affectives positives (par exemple, la confiance, l’admiration, la fierté et le plaisir partagé) ainsi que de sentiments d’animosité ou d’irritation (tels que la colère, l’incompréhension, la perception d’exigences excessives ou les pulsions violentes). Les participants répondent au moyen d’une échelle de fréquence en quatre points, allant de 1 (« Never » / Jamais) à 4 (« Often » / Souvent). Après inversion des items libellés négativement, un score moyen d’attachement compris entre 1,0 et 4,0 est calculé pour chaque informateur, les valeurs élevées reflétant un attachement sécurisant, chaleureux et protecteur. Sur le plan psychométrique, l’instrument présente une cohérence interne satisfaisante, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,78 et 0,88 selon les vagues d’administration et les groupes de répondants. Des analyses factorielles exploratoires et confirmatoires soutiennent une dimensionnalité sous-tendue principalement par un facteur d’attachement affectif global (chaleur relationnelle vs détresse/conflit). L’échelle a démontré une remarquable validité prédictive et convergente dans l’étude des trajectoires de délinquance, de l’échec scolaire, de la consommation de substances psychoactives et de la transmission intergénérationnelle des conduites antisociales au sein de multiples contextes de recherche en criminologie, en sociologie et en psychologie clinique du développement.

2. Mots-clés / Keywords

Attachement parent-enfant, Rochester Youth Development Study, Terence P. Thornberry, criminologie développementale, théorie interactionnelle, relation dyadique, soutien parental, délinquance juvénile, évaluation psychométrique, Walter W. Hudson, psychopathologie développementale, adolescence.

3. Auteurs / Authors

L’instrument d’évaluation de l’attachement parent-enfant au sein de la Rochester Youth Development Study a été formalisé, opérationnalisé et validé par l’équipe de recherche principale de l’étude RYDS à la School of Criminal Justice de l’Université d’Albany (State University of New York – SUNY), en adaptant les échelles cliniques développées par le professeur Walter W. Hudson (1982) :

  • Terence P. Thornberry, Ph.D. — Distinguished Professor Emeritus à l’Université du Maryland (Department of Criminology and Criminal Justice) et ancien directeur de recherche à l’Université d’Albany (SUNY). Directeur scientifique et investigateur principal de la RYDS. Courriel institutionnel : [email protected].
  • Alan J. Lizotte, Ph.D. — Distinguished Professor à la School of Criminal Justice, University at Albany, State University of New York. Co-investigateur de la RYDS, spécialiste des méthodologies quantitatives et des trajectoires de violence juvénile.
  • Marvin D. Krohn, Ph.D. — Professor au Department of Sociology and Criminology & Law, University of Florida, et ancien professeur à l’Université d’Albany. Co-investigateur de la RYDS, expert des théories du contrôle social et de l’association différentielle.
  • Margaret Farnworth, Ph.D. — Ancienne professeure associée et chercheuse à l’Université d’Albany et à Sam Houston State University, contributrice aux protocoles d’évaluation psychosociale de la RYDS.
  • Sung Joon Jang, Ph.D. — Research Professor of Criminology et co-directeur du Center for Religious Inquiry and Human Well-Being à la Baylor University. Ancien chercheur associé sur les premières vagues d’analyse de la RYDS.
  • Walter W. Hudson, Ph.D. (1934–1999) — Professeur émérite en travail social et psychométrie à la Florida State University, créateur initial du Clinical Measurement Package (Dorsey Press, 1982), dont les items de l’échelle d’attitude réciproque parent-enfant ont fourni l’ossature empirique des versions adaptées par la RYDS.

4. Objectif / Purpose

La conception de l’échelle d’attachement parent-enfant de la Rochester Youth Development Study répondait à une exigence théorique et empirique majeure : mesurer de façon rigoureuse, standardisée et longitudinale la dynamique affective du lien unissant les adolescents à leurs figures parentales afin d’élucider son rôle protecteur dans l’apparition ou la désistance des conduites délinquantes. Historiquement, les recherches sociologiques et criminologiques évaluaient le lien familial à travers des indicateurs indirects, ponctuels ou unilatéraux (par exemple, le temps passé en famille ou la seule perception de l’adolescent). L’objectif des concepteurs de la RYDS était de disposer d’une métrique directe, dyadique et sensible aux variations temporelles, permettant d’appréhender le degré d’engagement émotionnel positif, de réceptivité affective et, inversement, de ressentiment ou d’hostilité au sein de la dyade parent-jeune.

Sur le plan de la justification théorique, cet instrument vise à opérationnaliser les concepts clés de la théorie du contrôle social de Travis Hirschi (1969) et, plus spécifiquement, de la théorie interactionnelle formalisée par Terence P. Thornberry (1987, 1991). Dans ces modèles, l’attachement aux parents ne constitue pas un trait figé, mais un processus réciproque et dynamique : un faible attachement parental fragilise le lien conventionnel de l’adolescent à la société, ce qui accroît la probabilité d’affiliation à des pairs déviants et l’engagement dans des actes délictueux ; réciproquement, l’implication dans la délinquance détériore en retour la qualité de l’attachement parental. L’échelle a été conçue pour capturer ces fluctuations réciproques au cours des différentes étapes de la puberté et de l’entrée dans l’âge adulte.

En pratique clinique et en recherche épidémiologique, l’instrument remplit plusieurs fonctions primordiales :

  • Dépistage et évaluation dyadique des relations à risque : En administrant simultanément les items aux parents et aux adolescents, l’outil permet de confronter les perceptions mutuelles, d’identifier les asymétries relationnelles (par exemple, un parent qui éprouve une forte fierté face à un adolescent qui ressent une profonde incompréhension) et de quantifier la présence d’affects négatifs aigus (colère, impulsions violentes).
  • Recherche translationnelle et longitudinale : L’outil sert de prédicteur robuste des troubles externalisés (agressions, vols, dégradations, abus d’alcool et de drogues) et internalisés (symptômes dépressifs, anxiété, détresse émotionnelle) chez l’adolescent, tout en permettant d’étudier l’efficacité des interventions de soutien à la parentalité.
  • Évaluation des interventions familiales : Les praticiens peuvent utiliser l’échelle pour établir une ligne de base pré-thérapeutique et suivre les progrès post-intervention dans le renforcement du respect mutuel, de la confiance et du plaisir d’interaction au sein des thérapies familiales fondées sur les données probantes.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit mesuré par cette échelle est l’attachement affectif parent-enfant, défini au sein du modèle de la RYDS comme la résonance émotionnelle positive, la confiance interpersonnelle, le sentiment de sécurité et la valorisation mutuelle partagée entre un parent et son enfant adolescent. Il ne s’agit pas d’une classification catégorielle de l’attachement au sens de la Strange Situation de Mary Ainsworth ou de l’Adult Attachment Interview de Mary Main, mais d’une dimension continue mesurant l’intensité du lien socio-émotionnel bienveillant par opposition au climat d’aliénation, d’hostilité et d’irritabilité relationnelle.

L’échelle examine ce construit à travers deux polarités affectives fondamentales, observables tant du point de vue parental que du point de vue du jeune :

1. La chaleur relationnelle et la résonance affective positive (Warmth and Positive Connectedness)

Cette dimension regroupe les manifestations de complicité, d’estime réciproque et de satisfaction relationnelle. Elle explore la conviction fondamentale selon laquelle la relation est source d’épanouissement et de sécurité psychologique. Du côté de l’adolescent, cela s’exprime par le sentiment de bonne entente (« get along well »), la confiance accordée au parent (« really trust your parent »), le plaisir partagé (« really enjoy your parent »), le respect (« a lot of respect »), l’admiration inconditionnelle (« think your parent is terrific ») et la fierté filiale (« feel proud of your parent »). Du côté parental, la dimension reflète la valorisation inhérente de l’enfant (« think your child is terrific », « feel proud of your child ») et le bonheur éprouvé en sa compagnie. Ces items évaluent la présence d’un socle d’attachement sécurisant qui encourage l’adoption des normes prosociales transmises par la famille.

2. L’aliénation affective, la friction et l’hostilité dyadique (Alienation, Conflict and Hostility)

La seconde facette du construit évalue l’érosion du lien affectif par l’accumulation de frustrations, de ressentiments et de tensions relationnelles. Les items explorant cette polarité sont inversés lors du calcul du score global afin qu’un score élevé reflète l’absence de conflit destructeur. Cette dimension intègre :

  • L’incompréhension mutuelle : Le sentiment d’un déficit d’empathie et d’écoute cognitive (« just do not understand your child » / « parent does not understand you »), caractéristique des ruptures de communication à l’adolescence.
  • La perception d’intrusion et de contrainte excessive : L’impression que l’autre est excessivement exigeant (« too demanding ») ou qu’il constitue un obstacle au déploiement de ses activités personnelles (« interferes with your activities »), révélant des difficultés d’autonomie et de différenciation psychologique.
  • Le rejet et la comparaison délétère : Exprimés par le souhait du parent que son enfant ressemble davantage à d’autres enfants (« wish your child was more like others that you know »), ce qui constitue un indicateur clinique majeur de rejet parental ou de non-acceptation de l’individualité de l’adolescent.
  • L’affectivité négative aiguë et le potentiel violent : L’expérience récurrente d’une colère intense (« feel very angry ») ou de pulsions agressives (« feel violent »), marqueurs directs d’une détérioration sévère de l’alliance relationnelle pouvant signaler un risque imminent de passage à l’acte violent ou de maltraitance psychologique/physique.

L’intégration de ces deux polarités dans un indice unique d’attachement permet de positionner chaque dyade sur un continuum allant de la déconnexion conflictuelle aiguë (scores proches de 1,0) à un lien d’attachement harmonieux, chaleureux et protecteur (scores proches de 4,0).

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’ancrage conceptuel de l’échelle d’attachement parent-enfant de la RYDS se situe au confluent de la psychologie de l’attachement, de la théorie sociologique du contrôle social et de la criminologie développementale interactionnelle.

La théorie du contrôle social de Travis Hirschi (1969)

Dans son ouvrage séminal Causes of Delinquency, Travis Hirschi soutient que les individus sont naturellement motivés par la recherche de gratifications immédiates et que seule l’existence d’un lien social vigoureux (social bond) les retient d’enfreindre les lois et les normes conventionnelles. Hirschi a décomposé ce lien social en quatre composantes maîtresses : l’engagement (commitment), l’implication (involvement), la croyance (belief) et, en tout premier lieu, l’attachement (attachment). Selon Hirschi, l’attachement aux parents constitue la pierre angulaire du contrôle social informel. Lorsqu’un jeune est profondément attaché à ses parents, il intériorise leurs attentes et se soucie de leur opinion (« Si je commets cet acte, que vont penser mes parents ? »). Cette préoccupation psychologique constante agit comme un bouclier inhibiteur contre la déviance. Les items développés dans le cadre de la RYDS visent précisément à opérationnaliser cette dimension affective du contrôle social hirschien.

La théorie interactionnelle de Terence P. Thornberry (1987, 1991)

Tout en reconnaissant la pertinence des propositions de Hirschi, Terence P. Thornberry a identifié une limitation critique dans le modèle traditionnel du contrôle social : sa vision unidirectionnelle et statique de la causalité. Pour Hirschi, un affaiblissement préalable de l’attachement parental cause la délinquance, sans rétroaction envisagée. Dans sa formulation de la théorie interactionnelle, Thornberry postule que les relations humaines sont dynamiques, réciproques et évolutives au fil du cours de la vie (life-course criminology).

Dans ce modèle :

  • L’attachement parental influence négativement le comportement antisocial, mais les comportements de l’adolescent influencent en retour, de façon bidirectionnelle, la qualité de l’attachement que le parent lui porte et la réactivité du jeune envers ce parent.
  • Un adolescent difficile, impulsif ou engagé dans des incivilités mineures génère chez le parent de la frustration, de la colère et un sentiment d’incompétence (« Your child is too demanding », « You feel very angry toward your child »), ce qui affaiblit en retour la disponibilité affective et la surveillance parentale.
  • Ce relâchement dyadique favorise l’association avec des pairs déviants, qui à son tour amplifie la délinquance sévère et creuse davantage le fossé affectif intrafamilial.

L’administration répétée de l’échelle RYDS sur de multiples vagues de collecte (dès l’adolescence précoce jusqu’à l’âge adulte) a permis de soumettre cette théorie à des modélisations statistiques sophistiquées en équations structurelles autorégressives à panels croisés (cross-lagged panel models), confirmant la nature éminemment réciproque du construit mesuré.

L’héritage psychométrique de Walter W. Hudson (1982)

Sur le plan opérationnel, l’équipe de la RYDS a puisé dans l’approche de mesure standardisée conçue par Walter W. Hudson pour le travail social clinique. Hudson avait démontré que l’attitude globale envers un membre de la famille repose sur un ensemble d’énoncés directs, sans détour projectif, capturant l’évaluation subjective immédiate de la relation. L’adaptation de la RYDS a condensé ces inventaires cliniques en 11 items concis et clairs, parfaitement calibrés pour des populations d’adolescents urbains et leurs tuteurs légaux, y compris dans des contextes socio-économiques défavorisés ou multiculturels.

7. Validité / Validity

L’instrument a fait l’objet de rigoureuses évaluations de validité psychométrique au sein des cohortes de la Rochester Youth Development Study (échantillon représentatif initial de 1 000 jeunes scolarisés en 7e et 8e années scolaires à Rochester, New York, sur-échantillonné pour les garçons et les zones à forte prévalence de criminalité) ainsi que dans diverses réplications indépendantes.

Validité de construit et validité factorielle

La validité de construit est étayée par la cohérence des corrélations observées entre les versions parentale et filiale. Bien que l’accord dyadique soit modéré (corrélations de Pearson oscillant généralement entre r = 0,32 et r = 0,46, ce qui est typique des évaluations multi-informateurs en psychologie de la famille), chaque version présente une validité de construit propre. Le construit corrèle positivement et significativement avec d’autres dimensions protectrices de la vie familiale, telles que la supervision parentale effective (parental monitoring), la cohérence des pratiques éducatives et la communication intrafamiliale ouverte. Inversement, il corrèle négativement avec les conflits conjugaux, le stress parental perçu et la détresse socio-économique du foyer.

Validité convergente et discriminante

Dans les analyses publiées par Thornberry et al. (1991, 1994, 2003) :

  • Validité convergente : Des scores élevés d’attachement parent-enfant (version jeune et version parent) sont fortement associés à un engagement scolaire accru (school commitment, r = 0,40 à 0,52), à des croyances pro-sociales fermes concernant le respect de la loi (r = 0,35 à 0,48) et à une estime de soi positive de l’adolescent.
  • Validité discriminante : L’attachement parent-enfant se distingue nettement de la simple permissivité parentale ou de l’autorité punitive. Des études factorielles confirmatoires ont démontré que l’attachement affectif constitue une dimension statistiquement distincte du contrôle comportemental (surveillance des sorties, règles relatives aux devoirs).

Validité prédictive et longitudinale

La force probante de l’échelle réside particulièrement dans sa remarquable validité prédictive à court, moyen et long terme :

  • Un score faible d’attachement mesuré lors des premières vagues prédit significativement l’adhésion subséquente à des gangs de rue, la commission de violences interpersonnelles et l’usage précoce de substances illicites, même après contrôle statistique de la délinquance antérieure.
  • L’augmentation du score d’attachement au cours de l’adolescence tardive prédit la désistance de la délinquance et favorise une transition réussie vers les rôles adultes conventionnels (maintien dans l’emploi, stabilité conjugale).
  • Dans le volet intergénérationnel de la RYDS (Rochester Intergenerational Study), les scores d’attachement des parents de la cohorte d’origine envers leurs propres parents prédisent la qualité de l’attachement et des pratiques parentales qu’ils déploient, des décennies plus tard, envers leurs propres enfants, démontrant une validité prédictive intergénérationnelle exceptionnelle.

8. Fidélité / Reliability

Les propriétés de fidélité de l’échelle d’attachement parent-enfant de la RYDS ont été abondamment documentées à travers les multiples vagues de collecte de données menées sur plusieurs décennies.

Cohérence interne (Alpha de Cronbach)

La cohérence interne globale des 11 items s’avère robuste et stable selon les genres, les ethnies et les cohortes d’âge :

  • Version adolescent (Youth Items) : Les coefficients alpha de Cronbach se situent invariablement dans une plage de 0,82 à 0,88 au fil des vagues successives d’entretiens semestriels et annuels. Les corrélations item-total corrigées s’échelonnent entre 0,41 et 0,72, confirmant que tous les items participent de manière cohérente à la mesure du construit sous-jacent.
  • Version parentale (Parent Items) : Les coefficients alpha de Cronbach oscillent de façon comparable entre 0,78 et 0,85. Les items portant sur les affects négatifs sévères (« feel very angry », « feel violent ») présentent une distribution asymétrique (la plupart des parents rapportant de très faibles fréquences de ces sentiments), mais leur intégration contribue substantiellement à la discrimination des dyades en situation de détresse aiguë.

Fidélité test-retest et stabilité temporelle

Dans les protocoles longitudinaux de la RYDS, la stabilité temporelle sur un intervalle de six mois présente des corrélations test-retest oscillant entre r = 0,65 et r = 0,75 pour les adolescents, et entre r = 0,70 et r = 0,80 pour les parents. Ces valeurs témoignent à la fois d’une excellente stabilité de l’instrument en l’absence de transitions de vie majeures, et d’une sensibilité appropriée au changement : les variations observées reflètent des évolutions relationnelles réelles déclenchées par les événements de vie, l’entrée dans la puberté ou les interventions psychosociales.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Les examens de la structure dimensionnelle des échelles d’attachement RYDS ont été réalisés par des approches exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) au moyen d’estimateurs robustes adaptés aux distributions catégorielles ordinales (tels que WLSMV dans Mplus).

Structure unifactorielle vs bidimensionnelle

Les analyses factorielles exploratoires initiales mettent généralement en évidence un facteur dominant expliquant entre 42 % et 55 % de la variance totale des scores, justifiant l’utilisation d’un score composite unique d’attachement parent-enfant par sommation et moyenne arithmétique. Ce facteur général reflète l’état global du lien affectif dyadique.

Cependant, des analyses factorielles confirmatoires plus fines révèlent qu’un modèle à deux facteurs fortement corrélés offre souvent un ajustement supérieur aux données empiriques qu’un modèle strictement unidimensionnel :

  • Facteur 1 : Chaleur et proximité affective (Warmth / Attachment Security) : Regroupe les items formulés positivement (items 1, 2, 5, 7, 10 chez les parents ; items 1, 2, 5, 6, 8, 11 chez les jeunes). Les saturations factorielles de ces items sur leur dimension respective sont particulièrement élevées, oscillant entre λ = 0,68 et 0,84.
  • Facteur 2 : Conflit, tension et rejet (Conflict / Negative Affectivity) : Regroupe les items formulés négativement et inversés lors du codage global (items 3, 4, 6, 8, 9, 11 chez les parents ; items 3, 4, 7, 9, 10 chez les jeunes). Les saturations factorielles de ces items oscillent entre λ = 0,52 et 0,78.

Indices d’ajustement du modèle structural

Dans les modélisations confirmatoires rapportées dans les compendiums méthodologiques (notamment le compendium du CDC, Dahlberg et al., 2005) et les publications de la RYDS, le modèle bifactoriel ou le modèle de second ordre (un facteur global d’attachement chapeautant les facettes positive et négative) présente d’excellents indices d’adéquation aux données :

  • CFI (Comparative Fit Index) > 0,95
  • TLI (Tucker-Lewis Index) > 0,94
  • RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) ≤ 0,052 (IC 90 % [0,044, 0,060])
  • SRMR (Standardized Root Mean Square Residual) ≤ 0,045

Ces résultats confirment que, bien que les aspects positifs et négatifs constituent des polarités distinctes sur le plan sémantique, leur intégration au sein d’un score moyen global d’attachement repose sur un fondement factoriel empiriquement robuste et cohérent.

10. Instrument de mesure / Instrument

L’instrument se présente sous la forme d’un auto-questionnaire ou d’un questionnaire administré en entretien semi-structuré en face-à-face, garantissant l’accessibilité aux populations présentant des difficultés d’alphabétisation.

  • Type d’évaluation : Auto-questionnaire ou hétéro-questionnaire administré par un enquêteur formé.
  • Cibles : Deux versions indépendantes : l’une pour l’adolescent (Youth Items), l’autre pour la figure parentale ou le tuteur légal (Parent Items).
  • Nombre d’items : 11 items pour la version parentale ; 11 items pour la version adolescent (total de 22 items pour la dyade complète).
  • Échelle de réponse : Échelle ordinale de fréquence en 4 points :
    • 4 = Often (Souvent)
    • 3 = Sometimes (Parfois)
    • 2 = Seldom (Rarement)
    • 1 = Never (Jamais)
  • Cotation et recodage des items inversés :
    • Version adolescent (Youth Items) : Les items 3, 4, 7, 9 et 10 expriment des affects ou perceptions négatifs et doivent être impérativement inversés avant le calcul du score (1 devient 4, 2 devient 3, 3 devient 2, 4 devient 1). Les items 1, 2, 5, 6, 8 et 11 sont conservés dans leur cotation directe.
    • Version parentale (Parent Items) : Les items 3, 4, 6, 8, 9 et 11 expriment des sentiments conflictuels ou négatifs et doivent être impérativement inversés (1 devient 4, 2 devient 3, 3 devient 2, 4 devient 1). Les items 1, 2, 5, 7 et 10 sont conservés dans leur cotation directe.
  • Calcul du score final : Pour chaque version séparément, les valeurs de points obtenues sur l’ensemble des 11 items (après inversion des items appropriés) sont sommées, puis la somme obtenue est divisée par le nombre total d’items répondus (11).
    $$\text{Score d’attachement} = \frac{\sum \text{Items (après inversion)}}{11}$$
  • Étendue et interprétation des scores : Le score final théorique est compris entre 1,00 et 4,00. Un score plus élevé indique un niveau d’attachement affectif, de sécurité et de chaleur relationnelle plus important. Des scores inférieurs à 2,50 mettent en évidence une relation empreinte de tensions marquées, d’irritabilité ou d’aliénation affective.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année d’introduction initiale : 1988 (lancement des premières vagues d’évaluation de la RYDS) ; premières publications psychométriques majeures en 1991.
  • Statut juridique et licence : Domaine public académique / Usage libre pour la recherche non commerciale. L’instrument a été développé dans le cadre de recherches subventionnées par des fonds fédéraux américains (notamment l’Office of Juvenile Justice and Delinquency Prevention – OJJDP, et le National Institute on Drug Abuse – NIDA).
  • Tarification : Accès entièrement gratuit. Aucun coût de licence ou redevance de droit d’auteur n’est requis pour son utilisation dans un contexte de recherche clinique, épidémiologique ou universitaire.
  • Disponibilité officielle : L’instrument complet, ses modalités de passation et ses consignes de cotation sont diffusés publiquement par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) au sein du recueil méthodologique : Measuring Violence-Related Attitudes, Behaviors, and Influences Among Youths: A Compendium of Assessment Tools (pages 296-297).
  • Conditions d’utilisation : Les chercheurs et cliniciens sont tenus de citer les publications originales des auteurs (Thornberry et al., 1991 ; Hudson, 1982) et le recueil du CDC lors de la communication de leurs travaux.

12. Références / References

Dahlberg, L. L., Toal, S. B., Swahn, M., & Behrens, C. B. (2005). Measuring Violence-Related Attitudes, Behaviors, and Influences Among Youths: A Compendium of Assessment Tools (2nd ed., pp. 296-297). Centers for Disease Control and Prevention, National Center for Injury Prevention and Control. https://www.cdc.gov/violenceprevention/pdf/YV_Compendium.pdf

Hirschi, T. (1969). Causes of Delinquency. University of California Press. https://doi.org/10.1525/9780520318908

Hudson, W. W. (1982). The Clinical Measurement Package: A Field Manual. Dorsey Press.

Krohn, M. D., Lizotte, A. J., & Perez, C. M. (1997). The intergenerational transmission of conduct problems and delinquency: Recent results from the Rochester Youth Development Study. Psychiatry, Psychology and Law, 4(1), 97-111. https://doi.org/10.1080/13218719709525896

Thornberry, T. P. (1987). Toward an interactional theory of delinquency. Criminology, 25(4), 863-892. https://doi.org/10.1111/j.1745-9125.1987.tb00823.x

Thornberry, T. P., Lizotte, A. J., Krohn, M. D., Farnworth, M., & Jang, S. J. (1991). Testing interactional theory: An examination of reciprocal causal relationships among family, school, and delinquency. Journal of Criminal Law and Criminology, 82(1), 3-35. https://doi.org/10.2307/1143827

Thornberry, T. P., Lizotte, A. J., Krohn, M. D., Smith, C. A., & Porter, P. K. (2003). Causes and consequences of delinquency: Findings from the Rochester Youth Development Study. In T. P. Thornberry & M. D. Krohn (Eds.), Taking Stock of Delinquency: An Overview of Findings from Contemporary Longitudinal Studies (pp. 11-46). Kluwer Academic/Plenum Publishers. https://doi.org/10.1007/0-306-47945-1_2

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

You get along well with your child?
2

You feel that you can really trust your child?
3

You just do not understand your child?
4

Your child is too demanding?
5

You really enjoy your child?
6

Your child interferes with your activities?
7

You think your child is terrific?
8

You feel very angry toward your child?
9

You feel violent toward your child?
10

You feel proud of your child?
11

You wish your child was more like others that you know?
★

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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 7). Attachement parent-enfant — Rochester Youth Development Study. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/attachement-parent-enfant-rochester-youth-development-study-2/
Looti, Mohammed. “Attachement parent-enfant — Rochester Youth Development Study.” Base de données de psychologie en français, 7 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/attachement-parent-enfant-rochester-youth-development-study-2/.
Looti, Mohammed. “Attachement parent-enfant — Rochester Youth Development Study.” Base de données de psychologie en français. octobre 7, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/attachement-parent-enfant-rochester-youth-development-study-2/.