Évaluation neurocomportementale des AVQ d’Árnadóttir

L’Évaluation neurocomportementale des AVQ d’Árnadóttir (A-ONE) est un instrument ergothérapique d’observation directe évaluant l’indépendance dans les activités de la vie quotidienne et les déficits neurocomportementaux sous-jacents (apraxies, négligence, troubles visuo-spatiaux) consécutifs à des lésions cérébrales.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 30, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 30, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

L’Évaluation neurocomportementale des AVQ d’Árnadóttir (couramment désignée sous l’acronyme A-ONE, pour Árnadóttir OT-ADL Neurobehavioral Evaluation) constitue l’un des instruments d’évaluation standardisés les plus rigoureux et reconnus internationalement au carrefour de l’ergothérapie, de la neuropsychologie clinique et de la réadaptation fonctionnelle. Développée initialement à la fin des années 1980 par la chercheuse et ergothérapeute islandaise Guðrún Árnadóttir, cette échelle d’observation directe permet d’évaluer de manière concomitante et écologique le degré d’indépendance fonctionnelle d’un individu dans la réalisation de ses activités de la vie quotidienne (AVQ ou Activities of Daily Living – ADL) et d’identifier la nature précise, la sévérité et l’impact direct des dysfonctionnements neurocomportementaux sous-jacents consécutifs à des lésions cérébrales acquises (notamment les accidents vasculaires cérébraux et les traumatismes craniocérébraux).

L’A-ONE se compose fondamentalement de deux grandes échelles interconnectées administrées lors d’une même session d’observation : l’Échelle d’indépendance fonctionnelle dans les AVQ (qui comporte cinq domaines fondamentaux : l’habillage, l’hygiène personnelle/la toilette, les transferts et la mobilité, l’alimentation, et la communication) et l’Échelle neurocomportementale (qui se subdivise en deux sous-échelles : l’échelle neurocomportementale spécifique aux AVQ et l’échelle neurocomportementale globale). L’échelle spécifique identifie les erreurs motrices, perceptives et cognitives observées directement au cours de la tâche (apraxie idéomotrice, apraxie idéatoire, négligence spatiale unilatérale, troubles visuo-spatiaux, persévérations), tandis que l’échelle globale documente les manifestations comportementales diffuses telles que l’anomie, l’inattention globale, la labilité émotionnelle, l’anosognosie ou les perturbations exécutives transversales.

Sur le plan psychométrique, l’instrument a fait l’objet de validations approfondies utilisant tant la théorie classique des tests que la théorie de réponse aux items, plus particulièrement le modèle de Rasch unidimensionnel. Les coefficients de cohérence interne (alpha de Cronbach) oscillent régulièrement entre 0,88 et 0,96 pour les différentes sous-échelles. La fidélité inter-juges, conditionnée par une formation certifiante rigoureuse de l’évaluateur, affiche des coefficients de corrélation intraclasse (CCI) et des valeurs Kappa supérieures à 0,85. L’A-ONE se distingue ainsi par sa capacité unique à relier le diagnostic fonctionnel occupationnel à la localisation neuroanatomique des atteintes cérébrales, guidant directement la prise de décision thérapeutique et la mesure longitudinale des gains en réadaptation.

2. Mots-clés / Keywords

Évaluation neurocomportementale des AVQ d’Árnadóttir, A-ONE, ergothérapie, activités de la vie quotidienne, accident vasculaire cérébral, traumatisme crânien, apraxie, négligence spatiale unilatérale, modèle de Rasch, neuropsychologie écologique, indépendance fonctionnelle, réadaptation neurologique.

3. Auteurs / Authors

L’auteure principale et conceptrice originale de l’instrument est le Dr Guðrún Árnadóttir, PhD, OT, éminente chercheuse et clinicienne islandaise en sciences de l’occupation et en neurologie comportementale. Ses travaux pionniers ont été conduits sous l’égide de prestigieuses institutions académiques, notamment à la Tufts University (Boston, Massachusetts, États-Unis) lors de son mémoire doctoral, puis développés et affinés au sein de la Faculté de médecine de l’Université d’Islande (Háskóli Íslands, Reykjavik, Islande) et du département de réadaptation neurologique du Landspítali University Hospital de Reykjavik. En collaboration continue avec des méthodologistes de renom en mesure psychométrique, en particulier la professeure Anne G. Fisher (Université d’État du Colorado), le Dr Árnadóttir a appliqué l’analyse de Rasch aux dimensions motrices et cognitives de l’évaluation.

L’adaptation et la standardisation de la version néerlandaise ont été coordonnées en 1993 par Esther M. J. Steultjens, MSc, ergothérapeute chercheuse spécialisée dans les revues systématiques et la pratique factuelle en réadaptation neurologique, affiliée au Centre médical universitaire Radboud (Nijmegen, Pays-Bas) et à la Société néerlandaise d’ergothérapie (Ergotherapie Nederland). Plusieurs équipes francophones, scandinaves et nord-américaines ont par la suite contribué à des projets de validation transculturelle de la grille d’observation et de son manuel d’encodage clinique.

4. Objectif / Purpose

Le propos fondamental de l’A-ONE est de combler un fossé épistémologique et méthodologique historique entre l’évaluation neuropsychologique formelle sur table (décontextualisée, utilisant des épreuves crayon-papier ou informatisées) et l’évaluation clinique ergothérapique standard de l’autonomie physique (qui observe ce que le patient fait, sans nécessairement expliquer pourquoi il échoue d’un point de vue cognitif). L’instrument a été intentionnellement conçu pour permettre aux cliniciens d’évaluer de façon holistique et intégrée à la fois le niveau d’activité (le degré d’indépendance opérationnelle) et le niveau fonctionnel ou organique (les perturbations du système nerveux central qui sous-tendent les défaillances motrices et cognitives observables).

D’un point de vue clinique, l’A-ONE poursuit une quadruple finalité :

  • Poser un diagnostic fonctionnel neurocomportemental différentiel : L’outil discrimine avec une grande précision si une difficulté observée dans une routine quotidienne (comme boutonner une chemise ou étaler du beurre sur une biscotte) découle d’une parésie motrice, d’une apraxie idéomotrice, d’une apraxie idéatoire (agnosie d’utilisation de l’objet), d’une négligence visuo-spatiale gauche, d’un trouble de l’organisation séquentielle ou encore d’un déficit du schéma corporel (somatotopoagnosie).
  • Déduire la localisation neuroanatomique fonctionnelle : En s’appuyant sur des décennies de recherche clinique reliant les comportements erronés aux circuits cérébraux corticaux et sous-corticaux, l’A-ONE permet à l’examinateur de corréler les erreurs observées à des dysfonctionnements hémisphériques droits, gauches, fronto-sous-corticaux ou pariéto-occipitaux, offrant ainsi une confirmation écologique des examens de neuro-imagerie structurelle et fonctionnelle.
  • Concevoir des plans d’intervention écologiques et individualisés : Plutôt que de cibler des exercices abstraits de stimulation cognitive, le thérapeute identifie précisément à quel stade de l’activité la chaîne comportementale se brise. Il peut alors adapter l’environnement physique (réduction des distracteurs visuels en cas d’héminégligence), utiliser des techniques d’indiçage spécifiques (verbal, tactile, proprioceptif en cas d’apraxie), ou enseigner des stratégies compensatoires adaptées au profil exécutif du patient.
  • Fournir une mesure de résultat sensible aux changements longitudinaux : Grâce à des échelles de cotation opérationnalisées et ordonnées, l’A-ONE est hautement sensible aux micro-évolutions de la récupération neurologique et à l’efficacité des programmes de réadaptation neuro-ergothérapique au cours des phases aiguës, subaiguës et chroniques.

Dans le domaine de la recherche translationnelle, l’outil est couramment exploité comme critère de jugement principal (primary outcome measure) dans des essais cliniques randomisés évaluant l’efficacité de thérapies innovantes post-AVC (telles que la stimulation cérébrale non invasive tDCS/TMS, la thérapie par le mouvement induit par la contrainte, ou l’entraînement en réalité virtuelle immersive).

5. Construit psychologique / Construct

L’Évaluation neurocomportementale d’Árnadóttir conceptualise le fonctionnement humain comme un système dynamique où l’activité finalisée émerge de l’interaction indissociable entre les processus sensorimoteurs, perceptifs, cognitifs et émotionnels modulés par le néocortex. Le modèle sous-jacent postule que l’observation directe et standardisée d’une performance complexe en vie réelle constitue une « fenêtre ouverte » sur l’intégrité ou la désorganisation des réseaux neuronaux de l’encéphale. L’architecture de l’instrument s’organise autour de deux constructions majeures subdivisées en dimensions précises :

1. La dimension de l’indépendance fonctionnelle dans les AVQ

Cette dimension mesure la capacité de l’individu à initier, planifier, exécuter et terminer de façon autonome des routines d’auto-soins essentiels. Elle se déploie à travers cinq domaines comportementaux :

  • L’habillage (Dressing) : Comprend la manipulation et l’enfilage des vêtements du haut du corps (chemise, pull), du bas du corps (pantalon, sous-vêtements), ainsi que la gestion complexe des chaussettes, des chaussures et des systèmes de fixation (boutons, fermetures à glissière, lacets).
  • L’hygiène personnelle et la toilette (Grooming and Hygiene) : Couvre les gestes fins de brossage des dents ou entretien de prothèse dentaire, le peignage ou brossage des cheveux, le rasage ou l’application de maquillage, ainsi que la toilette du visage et des mains.
  • Les transferts et la mobilité fonctionnelle (Transfers and Mobility) : Englobe le redressement dans le lit, les transferts assis-debout, le passage du lit au fauteuil ou à la chaise roulante, ainsi que la déambulation sécuritaire dans l’environnement immédiat de vie.
  • L’alimentation (Feeding) : Intègre l’utilisation adéquate des couverts ordinaires ou adaptés, la découpe des aliments, l’acheminement sécurisé des textures solides et liquides à la bouche, ainsi que la dynamique de mastication et déglutition sur le plan comportemental.
  • La communication (Communication) : Évalue l’expression fonctionnelle basale des besoins, la compréhension des consignes courantes verbales ou gestuelles, ainsi que les habiletés graphiques ou d’utilisation d’outils d’interaction durant les activités de soins.

2. La dimension des dysfonctionnements neurocomportementaux

Cette composante fondamentale décompose analytiquement les défaillances cognitives, perceptives et motrices qui perturbent l’exécution fonctionnelle. Elle est partitionnée en deux sous-systèmes :

  • Sous-échelle neurocomportementale spécifique aux AVQ (Task-specific neurobehavioral impairments) : Ces déficits ne sont scorés que s’ils se manifestent directement et perturbent une sous-tâche de soins personnels. Les construits ciblés comprennent :
    • L’apraxie idéomotrice : Incapacité à programmer et exécuter les patrons moteurs appris (ex. : gestes maladroits, distorsions posturales de la main lors de la saisie d’une brosse).
    • L’apraxie idéatoire : Perte du concept même de l’outil et de la séquence logique de l’action (ex. : tenter d’étaler du dentifrice sans retirer le bouchon, ou porter la brosse à dents à l’oreille).
    • La négligence spatiale unilatérale (héminégligence) : Absence de réponse ou d’orientation vers les stimuli situés dans l’hémiespace opposé à la lésion cérébrale (ex. : ne raser ou ne maquiller que la moitié droite du visage, ignorer les vêtements posés sur la gauche).
    • La somatotopoagnosie (trouble du schéma corporel) : Confusion ou méconnaissance des parties du corps propre (ex. : tenter d’enfiler les deux jambes dans la même manche).
    • L’agnosie spatiale et les troubles visuo-spatiaux : Incapacité à discriminer la position spatiale des objets par rapport à soi (ex. : heurter le cadre de lit, incapacité à localiser la poignée de porte).
    • Les persévérations motrices ou verbales : Répétition involontaire et continue d’un geste ou d’un schéma d’action devenu non pertinent (ex. : frotter la même dent indéfiniment).
  • Sous-échelle neurocomportementale globale (Pervasive neurobehavioral impairments) : Ces construits réfèrent à des perturbations cérébrales transversales qui imprègnent l’ensemble de la séance d’évaluation, indépendamment de la tâche physique spécifique :
    • L’inattention globale et la distractibilité : Fluctuation de l’éveil, décrochage attentionnel au moindre stimulus externe.
    • L’anosognosie : Déni absolu ou méconnaissance pathologique des déficits moteurs ou cognitifs majeurs.
    • L’aphasie motrice ou réceptive globale : Altération globale de l’émission ou de la compréhension linguistique.
    • La désorientation temporo-spatiale : Incapacité à situer le moment de la journée, le cadre institutionnel ou géographique.
    • La labilité émotionnelle et l’apathie : Ruptures de la régulation affective, accès de larmes immotivés ou émoussement émotionnel complet.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le cadre théorique de l’A-ONE représente une synthèse interdisciplinaire magistrale entre la neuropsychologie soviétique et occidentale, la théorie des systèmes d’action en neurosciences cognitives et le paradigme de l’occupation humaine en ergothérapie.

L’héritage de la neuropsychologie lévurienne et l’analyse fonctionnelle des systèmes

Les fondations conceptuelles de l’instrument s’ancrent directement dans les théories développées par le célèbre neuropsychologue soviétique Alexandre Romanovitch Louria (1973). Selon Louria, les fonctions psychologiques supérieures ne sont pas localisées dans des centres cérébraux rigides et circonscrits, mais sont sous-tendues par des « systèmes fonctionnels dynamiques et complexes » mettant en jeu des réseaux corticaux et sous-corticaux interconnectés. Une même tâche complexe de la vie quotidienne — par exemple, préparer une boisson chaude ou s’habiller — nécessite la participation ordonnée de trois unités fonctionnelles majeures :

  • L’unité de régulation du tonus cortical et de la vigilance (formation réticulée et structures du tronc cérébral).
  • L’unité de réception, d’analyse et de stockage de l’information (aires corticales postérieures, occipitales, temporales et pariétales).
  • L’unité de programmation, de régulation et de contrôle de l’activité consciente (lobes frontaux et cortex préfrontal).

L’A-ONE applique cette architecture conceptuelle en postulant qu’une altération dans n’importe laquelle de ces unités désorganisera l’exécution de l’AVQ d’une manière sémiotique singulière. Par exemple, une rupture dans l’unité de contrôle frontal générera des persévérations ou une désinhibition comportementale, tandis qu’une lésion dans l’unité d’intégration pariéto-occipitale produira une apraxie constructive, une agnosie visuo-spatiale ou une apraxie d’habillage.

La neuropsychologie cognitive et la théorie des représentations motrices

L’évaluation s’appuie également sur les modèles cognitifs de l’apraxie formalisés par Hugo Liepmann et modernisés par Heilman et Rothi (1993). Ces modèles distinguent le système de production de l’action (enveloppant les formules spatiales et temporelles du mouvement stockées dans le cortex pariéto-moteur gauche) et le système conceptuel de l’action (connaissance de la fonction des outils et des règles de manipulation séquentielle). L’A-ONE sépare rigoureusement les erreurs de dextérité cinétique, les erreurs posturales géométriques (apraxie idéomotrice) et les erreurs d’agencement conceptuel (apraxie idéatoire), fournissant ainsi un diagnostic cognitif d’une finesse incomparable au chevet du patient.

Le modèle écologique en ergothérapie et la CIF

Enfin, l’A-ONE s’inscrit au cœur de la Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé (CIF) de l’OMS. L’outil crée un pont analytique continu entre deux plans distincts : le plan des « Fonctions organiques et structures anatomiques » (code CIF b et s, évalué par l’échelle neurocomportementale) et le plan des « Activités et Participation » (code CIF d, mesuré par l’échelle d’indépendance fonctionnelle des AVQ). Ce cadre récuse l’utilité des tests cognitifs purement artificiels pour prédire l’autonomie à domicile, soulignant qu’une fonction cognitive ne peut être valablement jugée que lorsqu’elle est sollicitée par une activité porteuse de sens pour le sujet dans un environnement réel.

7. Validité / Validity

Les qualités psychométriques de l’A-ONE ont fait l’objet de plus de trois décennies de recherches empiriques rigoureuses conduites à travers plusieurs pays et contextes cliniques.

Validité de construit (Construct Validity)

La validité de construit de l’A-ONE a été démontrée de manière exemplaire grâce aux techniques de la modélisation de Rasch (modèle polytomique des crédits partiels). Dans des études méthodologiques fondatrices dirigées par Árnadóttir et Fisher, les données recueillies auprès de centaines de patients présentant des accidents vasculaires cérébraux ont été soumises à une analyse d’adéquation au modèle de mesure. Les résultats ont confirmé que les items de l’échelle d’indépendance fonctionnelle mesurent bien une dimension unique de performance adaptative quotidienne. Les indices statistiques de discordance (infit et outfit mean-square) se situent pour l’immense majorité des items entre 0,7 et 1,3, ce qui indique une remarquable conformité mathématique à l’axiome d’unidimensionnalité de Rasch.

De plus, l’analyse de Rasch a permis d’établir une hiérarchie stable de difficulté des items. L’outil démontre que des items comme s’alimenter (manger) représentent des activités moins exigeantes sur le spectre fonctionnel, tandis que boutonner une chemise, lacer des chaussures ou effectuer des transferts complexes nécessitent des niveaux de capacité neuro-ergothérapique considérablement plus élevés.

Validité convergente et concurrente

La validité convergente de l’A-ONE a été étayée par des corrélations statistiques hautement significatives avec d’autres étalons-or de la mesure fonctionnelle et neuropsychologique :

  • Les scores d’indépendance fonctionnelle de l’A-ONE corrèlent très fortement avec la Mesure de l’indépendance fonctionnelle (MIF / FIM), les coefficients de corrélation de Spearman oscillant généralement entre r = 0,78 et r = 0,91.
  • L’échelle d’indépendance présente également une excellente corrélation avec l’Assessment of Motor and Process Skills (AMPS) (r > 0,80), un autre outil écologique de pointe.
  • Les sous-scores de négligence spatiale unilatérale de l’A-ONE corrèlent de façon modérée à forte (r = 0,65 à 0,82) avec la batterie de tests conventionnels de négligence (Test de barrage de lignes d’Albert, test des cloches, épreuve de bisection de lignes). Fait remarquable, des études ont démontré que l’A-ONE identifiait une proportion substantielle de patients héminégligents qui réussissaient les tests crayon-papier de routine, soulignant sa supériorité écologique.
  • Les sous-scores d’apraxie de l’A-ONE corrèlent étroitement avec les batteries de tests neuropsychologiques d’évaluation de l’apraxie gestuelle sur imitation et sur ordre verbal (r = 0,70 à 0,85).

Validité discriminante et différentielle

L’instrument démontre une capacité discriminante exceptionnelle pour distinguer les profils cliniques selon la latéralisation hémisphérique de la lésion cérébrale :

  • Les patients ayant subi un AVC de l’hémisphère gauche présentent des scores significativement plus élevés de perturbations neurocomportementales spécifiques d’apraxie idéomotrice, d’apraxie idéatoire et d’aphasie.
  • Les patients présentant des lésions de l’hémisphère droit affichent des scores significativement prédominants de négligence spatiale gauche, d’agnosie spatiale topographique et d’anosognosie.
  • L’A-ONE différencie également avec succès les patients nécessitant une institutionnalisation à long terme de ceux capables de réintégrer leur domicile en toute sécurité avec un soutien familial standard (sensibilité > 85 %, spécificité > 80 %).

8. Fidélité / Reliability

La fidélité de l’A-ONE a été documentée à travers de vastes études mesurant la consistance interne, la stabilité temporelle (test-retest) et l’accord inter-examinateurs.

Cohérence interne (Internal Consistency)

Les analyses de consistance interne démontrent une homogénéité remarquable des items au sein de chaque domaine structurel de l’évaluation :

  • Le coefficient alpha de Cronbach pour l’échelle globale d’indépendance fonctionnelle dans les AVQ se situe entre 0,92 et 0,96 selon les cohortes étudiées.
  • Pour les sous-échelles individuelles (habillage, hygiène, transferts, alimentation), les coefficients alpha varient entre 0,84 et 0,91.
  • L’indice de séparation des personnes en analyse de Rasch (person separation index) dépasse couramment 3,00, ce qui correspond à un coefficient de fiabilité de séparation supérieur à 0,90, confirmant que l’outil possède une puissance statistique suffisante pour distinguer au moins quatre à cinq strates distinctes de compétences fonctionnelles parmi les bénéficiaires.

Fidélité inter-juges (Inter-rater Reliability)

En raison de la nature observationnelle de l’A-ONE, la reproductibilité des cotations entre différents évaluateurs constitue un enjeu méthodologique crucial. Les études publiées par Árnadóttir (1990) et reproduites par des équipes indépendantes révèlent :

  • Des coefficients de corrélation intraclasse (CCI) globaux pour l’échelle d’indépendance fonctionnelle oscillant entre 0,88 et 0,98.
  • Pour l’identification et la sévérité des dysfonctionnements neurocomportementaux, les coefficients Kappa pondérés de Cohen se situent entre 0,72 et 0,89 pour les évaluateurs ayant complété la formation officielle standardisée.
  • La calibration des examinateurs par le modèle Facets (modèle de Rasch à facettes multiples) démontre que les biais individuels des juges (sévérité ou indulgence de l’évaluateur) sont minimes et statistiquement contrôlables une fois la certification obtenue.

Fidélité test-retest (Test-Retest Stability)

Chez des patients neurologiques stables en phase post-aiguë ou chronique (évalués à un intervalle de 48 à 72 heures par le même examinateur pour prévenir l’effet de récupération biologique spontanée), la stabilité temporelle des scores est excellente, avec des coefficients de corrélation de Pearson et de Spearman compris entre r = 0,87 et r = 0,95 sur l’échelle d’indépendance des AVQ.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure factorielle sous-jacente à l’A-ONE a été explorée à la fois par des analyses factorielles exploratoires (AFE) classiques et confirmée par des analyses factorielles confirmatoires (AFC) et des approches modernes d’ajustement aux modèles logistiques de Rasch.

Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)

Historiquement, les analyses factorielles en composantes principales avec rotation orthogonale (Varimax) ou oblique (Promax) conduites sur les items de performance fonctionnelle ont invariablement mis en évidence une structure bidimensionnelle ou tri-dimensionnelle claire qui converge néanmoins vers un méta-facteur général de « compétence dans les AVQ » :

  • Facteur 1 : Habiletés motrices et de mobilité globale. Ce facteur regroupe les transferts lit-fauteuil, la marche, la gestion du bas du corps lors de l’habillage, avec des saturations factorielles très élevées (allant de 0,72 à 0,88).
  • Facteur 2 : Habiletés praxiques et de dextérité fine céphalique/manuelle. Ce facteur capture l’hygiène du visage, le rasage, le brossage des dents, l’utilisation des ustensiles d’alimentation et la manipulation des fermetures de vêtements, avec des saturations comprises entre 0,65 et 0,84.
  • Facteur 3 : Communication et régulation interactionnelle. Ce facteur regroupe la compréhension des consignes et l’expression basale durant l’activité (saturations > 0,75).

Analyse factorielle des dysfonctionnements neurocomportementaux

Lorsqu’une analyse factorielle est appliquée à la sous-échelle des perturbations neurocomportementales spécifiques, deux axes majeurs orthogonaux émergent avec constance, reflétant l’organisation bi-hémisphérique du cerveau humain :

Facteur neurocomportemental Items constitutifs principaux Saturations (Loadings) Hypothèse neuro-anatomique
Facteur I : Syndrome praxique et séquentiel Apraxie idéomotrice, apraxie idéatoire, persévérations gestuelles, désorganisation séquentielle 0,68 à 0,86 Hémisphère gauche (cortex pariétal et prémoteur gauche)
Facteur II : Syndrome visuo-spatial et attentionnel Héminégligence unilatérale, relations spatiales, somatotopoagnosie, anosognosie 0,62 à 0,89 Hémisphère droit (cortex pariétal postérieur et jonction temporo-pariétale droite)

Modélisation confirmatoire et analyses de Rasch résiduelles

Les analyses factorielles confirmatoires menées sur les résidus du modèle de Rasch (Principal Component Analysis of Rasch Residuals) confirment l’absence d’une deuxième dimension systématique dominante pour la sous-échelle d’indépendance : la première composante résiduelle n’explique qu’une fraction marginale de la variance (inférieure à 5 % de la variance résiduelle, avec une valeur propre ou eigenvalue < 2,0), démontrant de façon concluante la robustesse de l’hypothèse de l’unidimensionnalité fonctionnelle.

10. Instrument de mesure / Instrument

L’instrument de mesure d’Árnadóttir présente des caractéristiques d’administration précises :

  • Type d’évaluation : Instrument d’observation clinique directe, contextualisée et écologique au chevet du patient, dans une chambre d’hôpital ou au domicile.
  • Temps d’administration requis : Entre 30 et 60 minutes selon le niveau de dépendance motrice et de fatigabilité cognitive de la personne évaluée.
  • Population cible : Adultes et personnes âgées présentant des lésions neurologiques focales ou diffuses (accident vasculaire cérébral ischémique ou hémorragique, traumatisme crânien fermé ou ouvert, anoxie cérébrale, tumeurs du SNC encéphaliques ou maladies neurodégénératives à expression praxique/visuo-spatiale).
  • Structure des items : L’outil inventorie les comportements fonctionnels autour de 5 domaines d’AVQ primaires et sous-tendus par plus d’une vingtaine de catégories de signes neurocomportementaux spécifiques et globaux.
  • Échelle de cotation de l’Indépendance Fonctionnelle (Échelle ordinale de 0 à 4) :
    • 4 = Complètement indépendant(e) : Réalise la tâche de façon autonome, sécuritaire et avec une régularité normale, sans aide humaine ni supervision verbale (l’utilisation autonome d’un appareillage compensatoire standard est tolérée).
    • 3 = Indépendance avec assistance verbale : Nécessite une supervision, des rappels oraux, des encouragements verbaux ou un guidage conceptuel minime pour mener à bien la tâche.
    • 2 = Assistance physique minime à modérée : Requiert une aide physique d’une tierce personne (guidage moteur, soutien postural, installation spécifique des composantes) pour compléter l’activité.
    • 1 = Assistance physique maximale : La personne ne participe que de façon très marginale ou résiduelle ; l’aidant réalise la grande majorité des étapes motrices de l’activité.
    • 0 = Complètement dépendant(e) : Incapacité absolue à participer ou refus/impossibilité médicale totale de réaliser la tâche au moment de l’observation.
  • Échelle de cotation des Dysfonctionnements Neurocomportementaux (Échelle de sévérité de 0 à 4) :
    • 0 = Aucun trouble observé : La composante neurocomportementale ne perturbe en rien le déroulement fluide et correct de la tâche.
    • 1 = Trouble très léger / incertain : Manifestation discrète qui n’interfère pas significativement avec le succès de l’action motrice.
    • 2 = Trouble modéré : Perturbation clairement identifiable qui cause des hésitations, des erreurs ou un ralentissement, mais surmontée spontanément ou avec un indiçage minime.
    • 3 = Trouble sévère : Entraîne l’échec direct d’une étape clé de l’activité, requérant l’intervention compensatoire active de l’évaluateur.
    • 4 = Trouble extrêmement sévère : Rend l’exécution de la tâche totalement impossible en raison de l’intensité de la défaillance neuropsychologique.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de conception originale : 1987 (formalisation doctorale) ; publication de référence fondatrice en monographie : 1990. Adaptation néerlandaise standardisée en 1993.
  • Statut des droits et propriété intellectuelle : L’A-ONE, ses manuels opérationnels d’encodage, ses formulaires d’observation et ses modules de formation sont strictement protégés par le droit d’auteur (Copyright © Guðrún Árnadóttir). Tous droits réservés internationalement.
  • Conditions d’accès et d’utilisation : Pour garantir la validité et la reproductibilité psychométrique de l’outil, l’utilisation clinique et de recherche de l’A-ONE requiert obligatoirement la participation et la certification à un stage de formation officiel (A-ONE Training Course). Ces sessions intensives de 4 à 5 jours, dispensées par Guðrún Árnadóttir ou des instructeurs certifiés agréés, enseignent la calibration standardisée des observations et l’étalonnage rigoureux des comportements déviants.
  • Tarifs indicatifs : Les coûts d’inscription aux séminaires officiels de certification varient généralement entre 800 $ et 1 500 $ USD (ou équivalent en euros), incluant la fourniture du manuel de cotation exhaustif, les vidéos d’entraînement standardisées et les livrets d’évaluation clinique. L’achat de formulaires de réévaluation supplémentaires fait l’objet de tarifications institutionnelles par lots.
  • Contact et renseignements : Les demandes de sessions de formation, d’obtention de licence ou d’autorisations spéciales pour des protocoles universitaires de recherche doivent être adressées directement au réseau officiel de diffusion de l’A-ONE (site web professionnel d’Árnadóttir ou auprès des associations nationales d’ergothérapie affiliées).

12. Références / References

Les publications fondamentales et études psychométriques de référence sur l’A-ONE incluent :

  • Árnadóttir, G. (1990). The Brain and Behavior: Assessing Cortical Dysfunction Through Activities of Daily Living (The OT-ADL Neurobehavioral Evaluation — A-ONE). Mosby-Year Book. https://books.google.com/books?id=b5psAAAAMAAJ
  • Árnadóttir, G., & Fisher, A. G. (2008). Rasch analysis of the ADL scale of the A-ONE. American Journal of Occupational Therapy, 62(1), 51–60. https://doi.org/10.5014/ajot.62.1.51
  • Árnadóttir, G. (2010). Impact of neurobehavioral deficits on activities of daily living. Dans International Encyclopedia of Rehabilitation. Center for International Rehabilitation Research Information and Exchange (CIRRIE). https://cirrie-sphhp.webhost.buffalo.edu/encyclopedia/en/article/117/
  • Árnadóttir, G., & Mercer, V. S. (2000). Effects of neurobehavioral deficits on physical functioning after stroke: A study using the A-ONE and the Barthel Index. Topics in Stroke Rehabilitation, 7(2), 26–42. https://doi.org/10.1310/D6D1-JGB0-4B1U-R6R0
  • Bottari, C., Dassa, C., Rainville, C. M., & Dutil, E. (2009). The IADL Profile: Development, content validity, preliminary approach-to-criterion validity, and impairment-to-activity relationships. Canadian Journal of Occupational Therapy, 76(4), 268–279. https://doi.org/10.1177/000841740907600405
  • Fisher, A. G. (1993). The emergence of assessment of quality of performance in occupational therapy: The CADL, AMPS, and A-ONE. Occupational Therapy Worldwide, 1(1), 8–15.
  • Luria, A. R. (1973). The Working Brain: An Introduction to Neuropsychology. Basic Books. https://books.google.com/books?id=bVraAAAAMAAJ
  • Steultjens, E. M. J. (1993). Nederlandse handleiding en verantwoording van de Árnadóttir OT-ADL Neurobehavioral Evaluation (A-ONE). Ergotherapie Nederland.

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Instructions / Directions: Observe the client performing primary activities of daily living in their natural morning routine. Rate the level of functional independence for each activity on a 0 to 4 scale, and simultaneously observe and score any underlying neurobehavioral impairments (such as apraxia, unilateral neglect, spatial relations dysfunction, body scheme disorders, perseveration, or organization deficits).
Response Scale: 5-point ordinal Functional Independence Scale: 4 = Independent, 3 = Verbal assistance/supervision, 2 = Minimal to moderate physical assistance, 1 = Maximal physical assistance, 0 = Completely dependent
1

Dressing:
1

Over-the-head shirt/sweater (putting on and taking off)
2

Front-opening shirt/blouse (putting on and taking off)
3

Pants (putting on and taking off)
4

Underwear (putting on and taking off)
5

Socks (putting on and taking off)
6

Shoes (putting on and taking off)
7

Fasteners (managing buttons, zippers, snaps, ties)
8

Grooming and Hygiene:
8

Washing face and hands
9

Drying face and hands
10

Brushing/combing hair
11

Brushing teeth / denture care
12

Shaving / applying make-up
13

Perineal hygiene / toilet management
14

Transfers and Mobility:
14

Bed mobility
15

Transfer to/from bed and chair/wheelchair
16

Transfer to/from toilet
17

Transfer to/from tub/shower
18

Indoor mobility / locomotion
19

Feeding:
19

Eating with utensils (spoon/fork)
20

Using a knife (cutting/spreading)
21

Drinking from a glass/cup
22

Communication:
22

Comprehension and expression during ADL routine
★

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Citer cet article

Looti, M. (2026, septembre 30). Évaluation neurocomportementale des AVQ d’Árnadóttir. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/arnadottir-ot-adl-neurobehavioral-evaluation-a-one/
Looti, Mohammed. “Évaluation neurocomportementale des AVQ d’Árnadóttir.” Base de données de psychologie en français, 30 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/arnadottir-ot-adl-neurobehavioral-evaluation-a-one/.
Looti, Mohammed. “Évaluation neurocomportementale des AVQ d’Árnadóttir.” Base de données de psychologie en français. septembre 30, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/arnadottir-ot-adl-neurobehavioral-evaluation-a-one/.