1. Résumé
L’échelle d’Aliénation du Consommateur (en anglais, Consumer Alienation from the Marketplace Scale, couramment désignée sous le sigle ALI) est un instrument psychométrique développé par Neil K. Allison (1978) dans le cadre d’un programme de recherche fondateur publié au sein du Journal of Marketing Research. Conçue pour quantifier l’ampleur avec laquelle un individu développe des croyances négatives, un désenchantement structurel et un sentiment d’éloignement vis-à-vis des institutions du marché, des entreprises et des pratiques commerciales modernes, cette mesure s’enracine dans la sociologie critique et la psychologie du consommateur. L’outil s’inspire directement des conceptualisations sociologiques de l’aliénation formalisées par Melvin Seeman, adaptées aux réalités des transactions économiques contemporaines.
L’échelle ALI comporte 35 items formulés sous forme d’énoncés d’opinion évalués au moyen d’une échelle de type Likert à 5 points, allant de 1 (« Pas du tout d’accord » / Strongly Disagree) à 5 (« Tout à fait d’accord » / Strongly Agree), avec un point médian neutre (« Indécis » / Uncertain). L’architecture interne du construit s’articule autour de quatre dimensions distinctes mais interdépendantes : le sentiment d’impuissance (Powerlessness, 8 items), l’anomie ou absence de normes perçue (Normlessness, 11 items), l’absence de sens ou perte de repères informationnels (Meaninglessness, 9 items), ainsi que l’isolement social et le rejet culturel (Social Isolation / Cultural Estrangement, 7 items). Plusieurs énoncés bénéficient d’un codage inversé (12 items) afin de limiter les biais de réponse d’acquiescement.
Sur le plan des qualités psychométriques, la version originale établie par Allison (1978) démontre une consistance interne globale particulièrement robuste, caractérisée par un coefficient alpha de Cronbach de 0,89 pour l’instrument complet, et des coefficients oscillant entre 0,70 et 0,84 pour les différentes sous-échelles. La fidélité test-retest à court et moyen terme atteste d’une remarquable stabilité temporelle du construit. Les investigations factorielles (analyses factorielles exploratoires et confirmatoires) confirment la pertinence du modèle multidimensionnel sous-tendu par un facteur de second ordre. L’échelle présente une solide validité convergente et discriminante, corrélant de manière cohérente avec le consumérisme militant, le mécontentement généralisé, la méfiance publicitaire et le lieu de contrôle externe.
2. Mots-clés
Aliénation du consommateur, psychométrie, comportement du consommateur, anomie de marché, sentiment d’impuissance, Melvin Seeman, éthique du marketing, méfiance commerciale, échelle de Likert, protection du consommateur.
3. Auteurs
L’instrument a été conçu et validé empiriquement par le chercheur américain Neil K. Allison. Au moment de la publication initiale de ses travaux fondamentaux en 1978, Neil K. Allison était rattaché au département de marketing de l’université du Texas à Austin (Department of Marketing, Graduate School of Business, The University of Texas at Austin, Texas, États-Unis). Ses recherches se sont focalisées sur la psychologie sociale appliquée au marketing, la conceptualisation des attitudes critiques envers les firmes marchandes, ainsi que la modélisation du désengagement psychologique au sein des économies capitalistes avancées.
4. Objectif
L’échelle ALI a été créée afin de combler un vide méthodologique majeur dans la recherche en sciences de gestion, en psychologie économique et en sociologie de la consommation durant les années 1970. À cette époque, l’émergence d’un consumérisme revendicatif et d’une contestation croissante des méthodes de vente agressives nécessitait un outil rigoureux, standardisé et reproductible pour appréhender le mécontentement structurel des acheteurs. Contrairement aux simples enquêtes d’opinion mesurant l’insatisfaction transactionnelle ponctuelle vis-à-vis d’un produit spécifique, l’échelle ALI a pour objectif d’évaluer une orientation psychologique généralisée, profonde et endurante : l’état d’aliénation éprouvé par le citoyen-consommateur face à l’ensemble du système de marché.
Sur le plan théorique et appliqué, la mesure remplit plusieurs finalités distinctes :
- Diagnostic macro-économique et veille sociétale : L’échelle permet de sonder le degré d’érosion de la confiance publique envers les institutions marchandes, la publicité, les réseaux de distribution et les instances de régulation économique. Elle sert d’indicateur barométrique de la légitimité perçue du système économique.
- Recherche fondamentale en comportement du consommateur : Elle offre aux chercheurs la possibilité d’examiner comment l’aliénation modère ou médie les processus de décision d’achat, la recherche d’information pré-achat, la fidélité aux marques, la sensibilité aux prix ou encore l’adoption de comportements boycottistes et militants.
- Conception de politiques publiques de protection des consommateurs : Les agences gouvernementales et les associations de consommateurs peuvent mobiliser cet instrument pour identifier les sous-groupes de population les plus vulnérables (personnes défavorisées, personnes âgées ou minorités socio-économiques) qui se sentent démunies, trompées ou structurellement exclues des circuits commerciaux normatifs.
- Audit managérial et responsabilité sociétale des entreprises (RSE) : Bien que principalement critique, l’outil s’avère précieux pour les organisations souhaitant évaluer le scepticisme de leurs parties prenantes et identifier les sources précises de rupture relationnelle (déficit de clarté contractuelle, perception d’obsolescence programmée, manipulation publicitaire ressentie).
En somme, l’échelle ALI ne cherche pas à mesurer un trait de personnalité névrotique intrapsychique, mais bien la résultante psychologique de l’interaction conflictuelle entre un acteur individuel et l’environnement commercial moderne, marquée par un déséquilibre fondamental de pouvoir et d’information.
5. Construit psychologique
Le construit d’aliénation du consommateur opérationnalisé par Allison s’appuie sur une transposition des dimensions classiques de l’aliénation sociologique au contexte des échanges de marché. L’aliénation marchande est définie comme un état multidimensionnel de dissociation psychologique, caractérisé par un ensemble cohérent de croyances selon lesquelles l’individu est dominé par des conglomérats omnipotents, privé de repères véridiques pour juger de la valeur des biens, confronté à l’absence de normes morales guidant les affaires, et marginalisé vis-à-vis de la culture marchande ambiante.
Ce méta-construit se structure en quatre dimensions opératoires fondamentales :
1. Le sentiment d’impuissance (Powerlessness) — 8 items
Cette dimension reflète la conviction du consommateur qu’il ne dispose d’aucun levier d’action, d’aucune maîtrise et d’aucun pouvoir de négociation réel face aux grandes firmes commerciales et aux conglomérats. L’individu estime que sa voix est inaudible, que les politiques de prix, de production et de distribution lui sont imposées de manière unilatérale, et qu’il est réduit au statut de cible passive et dépendante. À titre d’illustration, l’item 3 (« The average consumer is practically helpless against the power of big business ») et l’item 11 (« The consumer is usually at the mercy of manufacturers and retailers ») captent directement cette perception d’asymétrie structurelle des rapports de force.
2. L’anomie de marché ou absence de normes perçue (Normlessness) — 11 items
Directement dérivée de la notion d’anomie formalisée par Émile Durkheim, cette dimension quantifie la croyance selon laquelle les acteurs économiques ont abandonné les règles morales partagées et la loyauté élémentaire au profit de la maximisation exclusive et prédatrice du profit à court terme. Le consommateur anomique est convaincu que la tromperie, l’obsolescence programmée, les clauses abusives, la surfacturation et le dol commercial constituent la norme officieuse guidant les pratiques managériales. L’item 7 (« Most businessmen will take unfair advantage of you if given the opportunity ») et l’item 26 (« Manufacturers deliberately design products that break down quickly so you have to replace them ») illustrent ce sentiment généralisé de malhonnêteté institutionnalisée.
3. L’absence de sens ou perte de repères informationnels (Meaninglessness) — 9 items
Dans un marché saturé d’offres hétérogènes, de slogans publicitaires contradictoires et de conditionnements persuasifs, la dimension d’absence de sens correspond à l’incapacité perçue de faire des choix rationnels et éclairés. Le consommateur éprouve une profonde perplexité cognitive : il juge impossible de distinguer la qualité réelle d’un produit, de vérifier les allégations techniques ou de déterminer si le prix exigé correspond à une juste contrepartie fonctionnelle. L’item 22 (« There are so many brands on the market that it is impossible to make an intelligent buying decision ») et l’item 31 (« It is hard to find out the truth about the performance of most products ») exemplifient cette surcharge cognitive menant à la désorientation décisionnelle.
4. L’isolement social et le rejet culturel (Social Isolation / Cultural Estrangement) — 7 items
Cette composante exprime un détachement subjectif et émotionnel à l’égard des rituels, des valeurs et des pratiques inhérentes à la société de consommation moderne. Alors que l’acte d’achat est souvent valorisé dans la culture dominante comme un loisir gratifiant et un vecteur d’épanouissement personnel, le consommateur aliéné perçoit les courses comme une épreuve aliénante, stressante, fastidieuse et stérile. Il ne s’identifie ni aux représentations stéréotypées véhiculées par la publicité, ni à la quête matérielle prescrite par l’environnement économique. L’item 5 (« Shopping is often more trouble than it is worth ») et l’item 35 (« I feel isolated from and dissatisfied with the modern marketplace ») soulignent cette coupure affective et axiologique avec le monde commercial.
6. Cadre théorique
Le soubassement conceptuel de l’échelle ALI repose sur l’articulation féconde entre la sociologie critique de l’aliénation et la psychologie cognitive des attitudes économiques. L’ancrage théorique primaire émane du cadre taxinomique magistral établi par le sociologue américain Melvin Seeman (1959) dans son article séminal « On the Meaning of Alienation », paru au sein de l’American Sociological Review. Seeman a déconstruit l’aliénation marxiste et existentialiste en cinq variantes psychologiques distinctes : l’impuissance (powerlessness), l’anomie (normlessness), l’absence de sens (meaninglessness), l’isolement social (isolation) et l’auto-aliénation (self-estrangement).
Historiquement, l’aliénation a d’abord été conceptualisée par Karl Marx dans ses Manuscrits de 1844, où le travailleur aliéné se trouve dépossédé de son produit, de son activité laborieuse, de son essence humaine (Gattungswesen) et de ses semblables au sein de l’appareil de production capitaliste. Toutefois, comme l’a précisé Allison (1978), la société post-industrielle du XXe siècle a déplacé le lieu névralgique de la confrontation sociale du domaine exclusif du travail salarié vers la sphère de la consommation de masse. Dès lors, le citoyen n’est plus seulement aliéné en tant que producteur, mais également en tant que consommateur confronté à un marché bureaucratique, impersonnel et asymétrique.
Parallèlement, les théories sociologiques de l’anomie développées par Émile Durkheim (1897) et prolongées par Robert K. Merton (1938) fournissent la clé de voûte de la sous-échelle d’anomie. Dans le contexte commercial, l’anomie survient lorsqu’il y a une disjonction manifeste entre les idéaux proclamés de service au client, d’honnêteté et d’équité, et les comportements effectifs des firmes perçus comme exclusivement motivés par l’appât du gain au détriment du bien-être individuel et collectif.
Enfin, Allison intègre les postulats de la théorie du lieu de contrôle (Locus of Control) formulée par Julian Rotter (1966). Le sentiment d’impuissance du consommateur reflète une extériorisation marquée de la causalité : le consommateur aliéné perçoit les résultats de ses interactions d’achat non pas comme dépendant de ses propres compétences, efforts ou vigilance, mais comme étant entièrement dictés par des forces extérieures invulnérables (la grande distribution, les cartels industriels, la puissance publicitaire). L’aliénation du consommateur apparaît ainsi comme la résultante attitudinale d’une exposition répétée à des pratiques perçues comme manipulatoires et incontrôlables.
7. Validité
Le processus de validation psychométrique déployé par Allison (1978) a fait l’objet d’un protocole méthodologique exhaustif, conforme aux recommandations alors émergentes de Churchill (1979) pour le développement d’échelles de mesure valides et fiables en marketing.
Validité de contenu et validité faciale
L’élaboration initiale s’est appuyée sur un vaste corpus théorique issu de la littérature sociologique et consumériste. Un pool initial de plus de 80 énoncés a été soumis à l’évaluation d’un panel d’experts universitaires en comportement du consommateur et en méthodologie de recherche. Ces spécialistes ont examiné l’adéquation conceptuelle de chaque item par rapport aux quatre domaines de Seeman. Les items ambigus, trop spécifiques à un secteur industriel donné ou présentant des formulations biaisées ont été purgés, aboutissant à une version expérimentale épurée.
Validité de construit convergente et nomologique
La validité convergente et nomologique de l’échelle ALI a été établie par l’examen de ses corrélations avec plusieurs construits théoriquement apparentés :
- Lieu de contrôle de Rotter (1966) : Comme anticipé par le modèle théorique, le score global d’aliénation du consommateur présente une corrélation positive et statistiquement significative avec l’orientation vers un lieu de contrôle externe (r variant de 0,38 à 0,47, p < 0,001), attestant que les individus qui s’estiment guidés par le destin ou la fatalité éprouvent également une impuissance marchande accrue.
- Méfiance publicitaire et scepticisme : L’échelle ALI corrèle fortement avec les mesures de scepticisme généralisé envers la publicité (r > 0,55, p < 0,001) et avec les attitudes favorables au durcissement des régulations étatiques des marchés.
- Insatisfaction globale de vie et anomie sociologique générale : Des corrélations positives modérées (r ≈ 0,35 à 0,42) avec l’échelle d’anomie de Srole (1956) confirment que l’aliénation du consommateur partage une variance commune avec le désenchantement social général, tout en s’en différenciant nettement en tant que manifestation contextualisée à la sphère marchande.
Validité discriminante
Allison a démontré que l’aliénation du consommateur n’était pas un simple équivalent de la pauvreté matérielle ou d’un faible niveau d’instruction. Bien que des corrélations négatives faibles à modérées aient été relevées entre le revenu familial et l’aliénation marchande (les populations défavorisées rapportant des scores légèrement plus élevés d’impuissance), l’échelle conserve une variance propre substantielle chez les classes moyennes et supérieures. De surcroît, des analyses de variance ont prouvé que l’échelle ALI se distingue clairement des simples indices de satisfaction à l’égard de produits spécifiques récemment acquis : des acheteurs pleinement satisfaits de leur réfrigérateur ou de leur automobile peuvent simultanément obtenir des scores élevés d’aliénation structurelle envers le système commercial dans son ensemble.
8. Fidélité
Les propriétés de fidélité de l’échelle d’aliénation du consommateur d’Allison (1978) ont été solidement établies par l’évaluation de la cohérence interne et de la stabilité temporelle sur des échantillons représentatifs d’acheteurs adultes.
Consistance interne
L’estimation de la cohérence interne par le coefficient alpha de Cronbach a révélé des niveaux d’homogénéité particulièrement élevés pour un instrument mesurant un construit complexe :
- Score total de l’échelle (35 items) : $\alpha = 0,89$, ce qui dépasse largement les critères psychométriques conventionnels de Nunnally (0,70 pour la recherche exploratoire, 0,80 pour les instruments établis).
- Sentiment d’impuissance (Powerlessness – 8 items) : $\alpha = 0,81$, indiquant une forte cohésion des énoncés mesurant la vulnérabilité perçue face aux grandes entreprises.
- Anomie / Absence de normes (Normlessness – 11 items) : $\alpha = 0,84$, confirmant l’excellente consistance des items évaluant la malhonnêteté et le manque d’éthique perçus du milieu des affaires.
- Absence de sens (Meaninglessness – 9 items) : $\alpha = 0,76$, démontrant une fiabilité satisfaisante pour la mesure du désarroi informationnel.
- Isolement social / Rejet culturel (Social Isolation / Cultural Estrangement – 7 items) : $\alpha = 0,70$, atteignant le seuil d’acceptabilité requis pour une sous-échelle à orientation phénoménologique.
Les corrélations item-total corrigées s’échelonnent majoritairement entre 0,35 et 0,62, sans qu’aucun item ne vienne amoindrir la consistance d’ensemble de son facteur de rattachement lors des procédures d’élimination pas-à-pas.
Stabilité temporelle (Test-Retest)
Une sous-cohorte de répondants a été réévaluée à un intervalle de quatre semaines dans l’étude d’Allison. Le coefficient de fidélité test-retest (corrélation de Pearson) pour le score global a atteint $r = 0,82$ ($p < 0,001$). Les sous-échelles individuelles ont présenté des coefficients de corrélation test-retest compris entre 0,73 et 0,79. Ces données chiffrées confirment que l’échelle ALI mesure bien une disposition attitudinale relativement stable et non une simple fluctuation de l’humeur consécutive à une déconvenue d’achat passagère.
9. Analyse factorielle
L’exploration et la confirmation de la dimensionnalité de l’instrument ont constitué une étape centrale des travaux d’Allison (1978). L’auteur a soumis les données de son échantillon principal à des analyses factorielles en composantes principales suivies de rotations orthogonales (Varimax) et obliques (Promax).
Structure factorielle exploratoire (AFE)
L’analyse initiale a mis en évidence l’existence de quatre facteurs majeurs possédant des valeurs propres (eigenvalues) supérieures à 1,0, conformément au critère de Kaiser, expliquant ensemble plus de 44 % de la variance totale des réponses. La solution factorielle s’est révélée en concordance remarquable avec la décomposition quadripartite théorique empruntée à Seeman :
- Facteur 1 : Anomie du marché. Ce facteur capte la plus grande part de variance explicative. Les items relatifs à la tromperie délibérée, à l’absence de considération morale des dirigeants d’entreprises et à la dissimulation des coûts (notamment les items 2, 7, 10, 14, 17, 21, 23, 25, 26, 28, 34) y présentent des saturations factorielles solides, oscillant généralement entre 0,42 et 0,68.
- Facteur 2 : Impuissance du consommateur. Regroupant les items 1, 3, 9, 11, 16, 20, 27 et 33, ce facteur rassemble les énoncés renvoyant à l’incapacité d’infléchir les décisions corporatives ou de peser sur la fixation des prix. Les saturations factorielles s’échelonnent de 0,40 à 0,64.
- Facteur 3 : Absence de sens et opacité informationnelle. Dominé par les énoncés portant sur l’impossibilité de choisir intelligemment parmi les marques, le caractère trompeur ou abêtissant des réclames et le doute sur la valeur intrinsèque des produits (items 4, 8, 12, 13, 18, 19, 22, 24, 31), ce facteur affiche des saturations comprises entre 0,38 et 0,61.
- Facteur 4 : Isolement et rejet culturel de la consommation. Rassemblant les énoncés évaluant l’aversion pour l’expérience physique de magasinage, le sentiment d’inutilité des démarches commerciales et l’impression d’être étranger aux dynamiques consuméristes (items 5, 6, 15, 29, 30, 32, 35), ce facteur présente des saturations se situant entre 0,37 et 0,59.
Modélisation de second ordre et analyses ultérieures
Des investigations factorielles confirmatoires menées dans des réplications subséquentes (notamment par des chercheurs s’intéressant à la modélisation en équations structurelles dans les années 1980 et 1990) ont testé la supériorité d’un modèle hiérarchique de second ordre face à un modèle unidimensionnel strict. Les indices d’ajustement ont corroboré l’existence d’un construit latent général de haut niveau — l’aliénation globale du consommateur — qui se répercute sur les quatre dimensions primaires de premier ordre, justifiant à la fois l’analyse séparée des profils sous-dimensionnels et l’utilisation d’un score total composite sommatif.
10. Instrument de mesure
L’instrument se présente sous la forme d’un questionnaire d’auto-évaluation standardisé administrable sur support papier, en ligne ou par entretien guidé :
- Type de test : Instrument psychométrique d’attitude et de croyances socio-économiques.
- Format d’administration : Questionnaire auto-administré (individuel ou collectif).
- Nombre d’items : 35 items formulés sous la forme d’énoncés affirmatifs.
- Format de réponse : Échelle de type Likert à 5 points :
1 = Strongly Disagree (Pas du tout d’accord)
2 = Disagree (Pas d’accord)
3 = Uncertain (Indécis / Neutre)
4 = Agree (D’accord)
5 = Strongly Agree (Tout à fait d’accord) - Règles de cotation et inversion :
- Douze (12) items sont formulés de manière favorable envers les entreprises ou le marché et doivent impérativement être inversés avant le calcul des scores : Items 4, 6, 9, 15, 16, 18, 19, 21, 27, 28, 29 et 32. La règle de recodage est la suivante : 1 devient 5, 2 devient 4, 3 reste 3, 4 devient 2, et 5 devient 1.
- Les 23 autres items sont cotés directement de 1 à 5.
- Calcul des scores :
- Score total d’aliénation : Somme de l’ensemble des 35 items (après inversion). Le score théorique s’étend de 35 à 175. Un score élevé reflète une aliénation aiguë du consommateur vis-à-vis du marché.
- Sous-échelle Sentiment d’impuissance (Powerlessness) : 8 items (Items 1, 3, 9, 11, 16, 20, 27, 33). Score de 8 à 40.
- Sous-échelle Anomie (Normlessness) : 11 items (Items 2, 7, 10, 14, 17, 21, 23, 25, 26, 28, 34). Score de 11 à 55.
- Sous-échelle Absence de sens (Meaninglessness) : 9 items (Items 4, 8, 12, 13, 18, 19, 22, 24, 31). Score de 9 à 45.
- Sous-échelle Isolement social / Rejet culturel (Social Isolation / Cultural Estrangement) : 7 items (Items 5, 6, 15, 29, 30, 32, 35). Score de 7 à 35.
- Durée moyenne de passation : Environ 10 à 15 minutes.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
L’échelle d’aliénation du consommateur a été initialement publiée en 1978 dans une revue scientifique à comité de lecture sous l’égide de l’American Marketing Association (AMA) :
- Année de publication princeps : 1978.
- Statut des droits et conditions d’accès : L’article fondateur et les énoncés de l’instrument relèvent de la propriété intellectuelle de l’American Marketing Association. Toutefois, conformément aux usages académiques en psychométrie et sciences de gestion, l’échelle est accessible librement pour la recherche scientifique sans but lucratif, les travaux universitaires (mémoires, thèses) et les expérimentations académiques, sous réserve d’une citation bibliographique formelle de la publication de Neil K. Allison (1978).
- Tarifs : Aucun coût d’acquisition ou redevance de licence n’est exigé pour l’usage académique et non commercial. Pour toute exploitation commerciale, intégration dans des progiciels d’évaluation propriétaires ou applications d’audit privé à visée lucrative, il convient de solliciter l’autorisation préalable auprès de l’éditeur détenant les droits de reproduction de l’article (Journal of Marketing Research / AMA / Copyright Clearance Center).
12. Références
Les sources académiques et méthodologiques fondant l’échelle ALI et son assise théorique sont répertoriées ci-dessous selon les normes bibliographiques APA 7e édition :
- Allison, N. K. (1978). A psychometric development of a test for consumer alienation from the marketplace. Journal of Marketing Research, 15(4), 565–575. https://doi.org/10.1177/002224377801500408
- Churchill, G. A., Jr. (1979). A paradigm for developing better measures of marketing constructs. Journal of Marketing Research, 16(1), 64–73. https://doi.org/10.1177/002224377901600110
- Durkheim, É. (1897). Le suicide : Étude de sociologie. Félix Alcan. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k77864h
- Marx, K. (1932/1844). Ökonomisch-philosophische Manuskripte aus dem Jahre 1844. Marx-Engels-Gesamtausgabe (MEGA). Dietz Verlag.
- Merton, R. K. (1938). Social structure and anomie. American Sociological Review, 3(5), 672–682. https://doi.org/10.2307/2084686
- Rotter, J. B. (1966). Generalized expectancies for internal versus external control of reinforcement. Psychological Monographs: General and Applied, 80(1), 1–28. https://doi.org/10.1037/h0092976
- Seeman, M. (1959). On the meaning of alienation. American Sociological Review, 24(6), 783–791. https://doi.org/10.2307/2088565
- Srole, L. (1956). Social integration and certain corollaries: An exploratory study. American Sociological Review, 21(6), 709–716. https://doi.org/10.2307/2088422
13. Questions et items du questionnaire
Response Scale:
5-point Likert scale (1 = Strongly Disagree, 2 = Disagree, 3 = Uncertain, 4 = Agree, 5 = Strongly Agree)
Note: Items marked with (R) are reverse-scored before summing: 1 = 5, 2 = 4, 3 = 3, 4 = 2, 5 = 1.
- It is difficult to get a good job unless you have connections.
- Most business people are primarily concerned with making a profit, not with providing quality goods or services.
- The average consumer is practically helpless against the power of big business.
- Advertising usually presents a true picture of the product. (R)
- Shopping is often more trouble than it is worth.
- Business firms are really interested in the welfare of consumers. (R)
- Most businessmen will take unfair advantage of you if given the opportunity.
- I often feel that the products I buy are not worth what I pay for them.
- Consumers have a strong voice in determining what products are sold in stores. (R)
- In order to get ahead today, you are almost forced to do some things which are not right.
- The consumer is usually at the mercy of manufacturers and retailers.
- Most products are built to wear out before they should.
- Most advertising insults the intelligence of the average consumer.
- You cannot depend on business firms to stand behind the guarantees they offer on their products.
- Shopping in stores today is a pleasant and enjoyable experience. (R)
- Consumers can influence the policies of major corporations if they try. (R)
- Business firms often hide the true costs of purchasing their products on credit.
- Today’s products are safer and of higher quality than products produced in the past. (R)
- Most advertisements are honest and reliable sources of information about products. (R)
- People like me have no say about what products are produced and sold.
- Most business people can be trusted to be fair and honest with consumers. (R)
- There are so many brands on the market that it is impossible to make an intelligent buying decision.
- Warranties and guarantees are generally written to protect the business, not the consumer.
- When buying things today, one never knows whether one is getting a good value for their money.
- Most repair services are dishonest and charge you for work that wasn’t done.
- Manufacturers deliberately design products that break down quickly so you have to replace them.
- Consumers have a great deal of control over the prices they pay. (R)
- Salespeople usually provide honest advice about the products they sell. (R)
- The claims made in advertising are generally trustworthy. (R)
- Large business corporations have far too much political influence in this country.
- It is hard to find out the truth about the performance of most products.
- Most businesses care about satisfied customers more than making a fast dollar. (R)
- The average consumer is powerless to protect himself from dishonest sales practices.
- Companies only recall defective products when they are forced to by the government.
- I feel isolated from and dissatisfied with the modern marketplace.