Positivité toxique au travail : un piège pour la santé

Forcer l’optimisme en entreprise peut susciter de la honte et mener à l’épuisement émotionnel, incitant les salariés à vouloir démissionner.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 11, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 11, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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Afficher un enthousiasme sans faille en entreprise et bannir toute expression de découragement peut sembler vertueux en surface, mais cette pratique dissimule en réalité un piège pour le bien-être au travail. Selon une étude menée par les chercheuses Samantha L. Grosvenor et Natasha M. Loi, parue dans le Scandinavian Journal of Psychology, l’exposition à la positivité toxique en milieu professionnel altère directement la santé psychologique des employés et intensifie leur volonté de quitter leur entreprise.

L’injonction au bonheur : un risque sous-estimé

De nombreux travaux en psychologie organisationnelle ont déjà établi qu’un climat d’écoute et de soutien favorise la santé physique et mentale des équipes. En revanche, l’imposition constante d’un optimisme de façade produit les conséquences strictement inverses. Lorsqu’une organisation interdit implicitement ou explicitement les émotions négatives, elle installe une forme d’injonction néfaste qui pénalise ceux qui traversent des difficultés professionnelles ou personnelles.

D’après les résultats de l’étude, cette pression managériale ne se contente pas de détériorer l’ambiance au sein des équipes : elle est directement corrélée à une hausse des intentions de départ chez les salariés, confrontés à un décalage intenable entre leurs ressentis profonds et les attentes de leur hiérarchie.

Un engrenage : de la honte à l’épuisement

Pour expliquer comment ce climat précipite le désengagement, les chercheuses mettent en évidence un mécanisme de médiation en série. Face à des injonctions répétées au « tout va bien », les collaborateurs qui éprouvent du stress, de la tristesse ou de la fatigue finissent par ressentir une vive honte, s’estimant coupables de ne pas parvenir à se conformer à cette norme artificielle d’invulnérabilité.

Cette honte intériorisée et l’effort d’inhibition émotionnelle qu’elle exige provoquent à leur tour un sévère épuisement émotionnel. Vidés de leurs ressources psychologiques, les salariés n’entrevoient alors d’autre issue que le retrait ou la démission pour se protéger d’un environnement perçu comme aliénant.

Ce qu’a mesuré l’enquête de terrain

Pour vérifier cette hypothèse, l’équipe de recherche a déployé une approche méthodologique mixte auprès d’un échantillon de 301 salariés australiens, âgés en moyenne de 34,2 ans (dont 76,4 % de femmes). En plus des mesures quantitatives évaluant le climat de travail et la détresse ressentie, les scientifiques ont soumis les participants à des questions ouvertes.

Grâce à une analyse thématique réflexive, les autrices ont constaté que les employés identifient parfaitement ce phénomène et en mesurent lucidement les méfaits. L’analyse confirme que les travailleurs perçoivent la fausse bienveillance non comme une marque d’encouragement, mais bien comme une négation pesante de leur réalité quotidienne.

Accueillir la vulnérabilité plutôt que l’illusion

Les conclusions de cette publication invitent les services des ressources humaines et les managers à la prudence. Confondre bienveillance et obligation d’optimisme s’avère contre-productif : une culture qui censure l’authenticité prive les salariés d’un espace d’expression indispensable à la régulation du stress et à la résolution des problèmes réels.

Si les résultats soulignent les ravages de cette positivité forcée, les chercheuses rappellent que des études complémentaires seront nécessaires pour mieux cerner comment ce phénomène module, au cas par cas, les comportements et les trajectoires individuelles selon les contextes de travail.


Source

  • Exploring Toxic Positivity, Shame, Emotional Exhaustion, and Job Withdrawal Intentions in the Workplace
  • Researchers: Samantha L. Grosvenor, Natasha M. Loi
  • Journal: Scandinavian Journal of Psychology
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Citer cet article

Looti, M. (2026, septembre 11). Positivité toxique au travail : un piège pour la santé. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/news/positivite-toxique-travail-epuisement-demission/
Looti, Mohammed. “Positivité toxique au travail : un piège pour la santé.” Base de données de psychologie en français, 11 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/news/positivite-toxique-travail-epuisement-demission/.
Looti, Mohammed. “Positivité toxique au travail : un piège pour la santé.” Base de données de psychologie en français. septembre 11, 2026. https://fr.arabpsychology.com/news/positivite-toxique-travail-epuisement-demission/.