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Les études sur l’orientation de dominance sociale – Jim Sidanius et Felicia Pratto

Analyse approfondie des travaux de Jim Sidanius et Felicia Pratto sur l’orientation de dominance sociale (SDO), ses échelles, dynamiques et impacts sociopolitiques.

PUBLIÉ

L’omniprésence des inégalités structurelles et des systèmes de stratification sociale constitue l’une des énigmes les plus persistantes des sciences humaines et sociales. Pourquoi des sociétés aux trajectoires historiques, géographiques et culturelles divergentes convergent-elles si systématiquement vers l’établissement de hiérarchies de groupe rigides, où certains collectifs jouissent d’un accès disproportionné aux ressources matérielles, au prestige symbolique et au pouvoir décisionnel, tandis que d’autres sont relégués à la précarité et à la sujétion ? Si la psychologie sociale s’est historiquement penchée sur les dynamiques intergroupes à travers le prisme des préjugés interpersonnels, des biais cognitifs ou des conflits d’intérêts réels, ces perspectives laissaient souvent dans l’ombre la remarquable stabilité temporelle des asymétries de pouvoir et la complicité tacite, voire active, des dominés à leur propre asservissement.

C’est précisément pour élucider cette énigme systémique que Jim Sidanius et Felicia Pratto ont élaboré, dès le début des années 1990, la théorie de la dominance sociale (Social Dominance Theory ou TDS). Rompant avec les approches individualisantes et les paradigmes strictement micro-sociologiques, les deux chercheurs ont proposé un modèle intégratif à plusieurs niveaux d’analyse, conjuguant la psychologie évolutionniste, la sociologie critique d’inspiration marxiste, l’étude institutionnelle et la psychologie des relations intergroupes issue des travaux de l’école européenne de Bristol. Au cœur de cet édifice théorique novateur réside un concept cardinal : l’orientation de dominance sociale (Social Dominance Orientation ou SDO), définie comme une prédisposition psychologique individuelle relative au degré auquel une personne préfère que les relations entre groupes soient hiérarchisées plutôt qu’égalitaires.

Le déploiement des études sur la SDO a profondément refondé la psychologie politique et sociale contemporaine. En mettant en lumière la manière dont les motivations individuelles s’articulent avec les idéologies légitimatrices culturelles et les pratiques des appareils institutionnels, Sidanius et Pratto ont offert une grille de lecture robuste des dynamiques de discrimination systémique, de racisme, de sexisme, de nationalisme et d’oppression de classe. Cet article propose une analyse exhaustive de l’orientation de dominance sociale : de ses fondements épistémologiques et sa modélisation psychométrique jusqu’à ses ramifications empiriques les plus récentes, en passant par ses débats contradictoires, ses raffinements dimensionnels et ses résonances sociopolitiques actuelles.

1. Les fondements théoriques et l’émergence de la théorie de la dominance sociale (TDS)

1.1 Aux origines des recherches de Sidanius et Pratto

Le tournant intellectuel des années 1990 dans l’étude des préjugés se caractérise par une insatisfaction croissante à l’égard des modèles dominants de l’époque. Les théories classiques, telles que l’hypothèse de la personnalité autoritaire forgée par Theodor Adorno et l’École de Francfort, souffraient d’un biais psychopathologique marqué, réduisant l’intolérance et le chauvinisme à des anomalies de la structure du moi façonnées par une éducation parentale punitive. À l’opposé, les paradigmes cognitifs en vogue dans les années 1970 et 1980, s’appuyant sur la catégorisation sociale et la théorie de l’identité sociale formulée par Henri Tajfel et John Turner, démontraient que le simple fait de diviser des individus en groupes distincts (paradigme du groupe minimal) suffisait à engendrer un favoritisme endogroupe systématique. Toutefois, ces modèles cognitifs et motivationnels peinaient à expliquer pourquoi certaines asymétries de groupe perduraient à travers les siècles avec une force disproportionnée, et pourquoi les groupes subordonnés manifestaient fréquemment une intériorisation de leur propre infériorité plutôt qu’une quête incessante d’estime de soi positive par la rébellion collective.

Face à ces apories, Jim Sidanius, formé aux sciences politiques et à la psychologie sociale en Suède et aux États-Unis, et Felicia Pratto, psychologue sociale de l’université de Stanford, ont entrepris de concevoir une métathéorie capable d’embrasser simultanément les déterminants biologiques, les dynamiques psychologiques individuelles et les superstructures macro-sociologiques. Leur démarche scientifique a délibérément intégré les acquis de la sociobiologie et de la psychologie évolutionniste d’Edward O. Wilson et Robert Trivers, l’analyse des conflits de classes et des idéologies hégémoniques théorisée par Karl Marx et Antonio Gramsci, ainsi que les apports de la cognition sociale expérimentale. L’objectif fondamental était d’expliquer comment et pourquoi les sociétés humaines excédant le niveau de subsistance minimale produisent inévitablement des hiérarchies de groupe, et par quels mécanismes ces disparités se maintiennent en minimisant le coût de la violence coercitive directe.

Cette réflexion fondatrice a trouvé sa première formulation empirique majeure dans un article séminal publié en 1994 au sein du Journal of Personality and Social Psychology, intitulé « Social dominance orientation: A personality variable predicting social and political attitudes ». Cet article pionnier a posé les bases de l’opérationnalisation de la SDO et démontré sa puissance prédictive inédite face aux critères de racisme, d’élitisme et d’impérialisme. La formalisation théorique exhaustive du modèle a culminé en 1999 avec la parution de leur ouvrage de référence, Social Dominance: An Intergroup Theory of Social Hierarchy and Oppression, publié par Cambridge University Press. Dans ce traité magistral, Sidanius et Pratto exposent une architecture conceptuelle complète reliant le tempérament individuel aux politiques publiques des États-nations modernes.

1.2 Les trois systèmes universels de hiérarchie sociale

L’une des thèses centrales de la TDS réside dans la postulation que l’oppression basée sur les groupes ne constitue pas un ensemble informe d’animosités disparates, mais s’organise rigoureusement autour de trois systèmes hiérarchiques distincts, observables dans pratiquement toutes les sociétés humaines complexes : le système fondé sur l’âge, le système patriarcal basé sur le genre, et le système de groupe arbitraire. Sidanius et Pratto qualifient les deux premiers de systèmes « invariables » ou universels, tandis que le troisième présente une variabilité contextuelle et historique majeure.

Le système basé sur l’âge accorde systématiquement une autorité, un statut et des privilèges décisionnels aux adultes et aux aînés par rapport aux enfants et aux adolescents. D’un point de vue évolutif et fonctionnel, ce système est ancré dans la nécessité biologique de protéger et d’éduquer la progéniture dépendante tout en maintenant l’ordre social au sein des communautés primordiales. Bien que des formes d’abus de pouvoir et d’exploitation intergénérationnelle puissent s’y greffer, ce système possède une fluidité intrinsèque : chaque individu subordonné à un moment de son cycle de vie est destiné, sous réserve de survie, à accéder au statut de dominant au fur et à mesure de son vieillissement.

Le système patriarcal (ou système basé sur le genre) consacre quant à lui une asymétrie de pouvoir structurelle conférant aux hommes une emprise hégémonique sur les sphères politiques, militaires, juridiques et économiques, au détriment des femmes. Selon Sidanius et Pratto, ce système plonge ses racines dans les pressions de sélection sexuelle de l’histoire évolutive des hominidés, où la compétition intrasexuelle masculine violente pour l’accès aux ressources et aux opportunités de reproduction a façonné des tendances comportementales différentielles. Contrairement à d’autres formes de domination, le système de genre s’articule autour d’une interdépendance reproductive et affective obligatoire entre dominants et dominées, ce qui engendre des mécanismes d’oppression singuliers marqués par le paternalisme bienveillant, l’intimité protectrice conditionnelle et une surveillance étroite des capacités reproductives.

À l’intersection de ces réalités biologiques se déploie le système de groupe arbitraire (arbitrary-set system). Ce dernier est fondé sur des distinctions catégorielles entièrement construites socialement et historiquement contingentes, telles que la race, l’ethnicité, la nationalité, la caste, la religion ou la classe socioéconomique. Contrairement aux systèmes d’âge et de genre, le système de groupe arbitraire n’apparaît que dans les sociétés produisant un surplus économique durable, capable de soutenir une division complexe du travail et une différenciation sociale institutionnalisée. Les catégories qui le composent sont d’une extrême flexibilité : des groupes persécutés comme « racialement inférieurs » à une époque peuvent être réintégrés dans l’endogroupe dominant ultérieurement, tandis que de nouvelles dichotomies peuvent être forgées selon les impératifs géopolitiques ou matériels. De plus, Sidanius et Pratto soulignent que la létalité et la violence intergroupe la plus destructrice – telle que les guerres génocidaires, l’esclavage transatlantique ou l’apartheid – s’exercent quasi exclusivement à travers le système de groupe arbitraire, dirigées préférentiellement par des mâles dominants contre des mâles subordonnés (hypothèse du subordonné masculin).

1.3 L’articulation entre dynamiques individuelles et structures sociétales

L’ambition épistémologique de la théorie de la dominance sociale est de dépasser le réductionnisme méthodologique qui paralyse les sciences sociales, divisées entre l’individualisme psychologique (qui réduit les phénomènes collectifs à des traits ou des biais intrapsychiques) et le holisme sociologique (qui dénie toute agentivité individuelle face à l’omnipotence des structures institutionnelles). Pour surmonter cette dichotomie stérile, Sidanius et Pratto proposent un paradigme de causalité circulaire et cumulative, au sein duquel les orientations psychologiques individuelles et les forces structurelles s’influencent et se renforcent mutuellement dans une boucle récursive continue.

Dans ce modèle, les prédispositions personnelles, au premier rang desquelles figure l’orientation de dominance sociale, ne s’expriment pas dans un vide social. Elles orientent les choix de vie, les votes, les trajectoires de carrière et l’adhésion aux valeurs collectives des citoyens. Simultanément, les structures sociétales préexistantes – institutions juridiques, systèmes éducatifs, marchés financiers, appareils répressifs d’État – filtrent, modèlent et sélectionnent les individus selon la compatibilité de leur profil psychologique avec les exigences de reproduction de la hiérarchie. Ainsi, une personne possédant une SDO élevée soutiendra activement les institutions perpétuant les privilèges de son groupe et gravitera préférentiellement vers des fonctions professionnelles coercitives ou gestionnaires qui, en retour, amplifieront ses dispositions inégalitaires.

Cette circularité produit une remarquable stabilité macro-sociale. La pérennité des disparités de pouvoir ne repose pas sur une conspiration machiavélique continue d’une élite dirigeante, ni sur le déploiement perpétuel de la force brute, qui s’avère coûteuse et instable. Elle découle plutôt d’un équilibre dynamique auto-régulé où les aspirations psychologiques des individus, guidées par des idéologies culturelles profondément ancrées, légitiment en permanence les pratiques asymétriques des institutions, assurant ainsi la résilience du système socioéconomique à travers les crises et les générations.

2. Définition et conceptualisation de l’orientation de dominance sociale (ODS / SDO)

2.1 La nature psychologique de la SDO comme variable dispositionnelle

L’orientation de dominance sociale constitue la cheville ouvrière psychologique de la TDS. Elle est formellement conceptualisée par Pratto et al. (1994) comme une « prédisposition générale d’un individu envers les relations intergroupes, reflétant la mesure dans laquelle il désire que son endogroupe domine et soit supérieur aux exogroupes, ou son approbation générale d’une hiérarchie sociale globale par opposition à l’égalitarisme ». Il est d’emblée fondamental d’opérer une distinction rigoureuse entre la SDO et des construits psychologiques superficiellement apparentés : la SDO n’est ni un besoin de pouvoir interpersonnel (au sens d’Alfred Adler ou de David McClelland), ni une tendance à la dominance interindividuelle dans les relations en face-à-face (assertivité, agressivité relationnelle ou comportement d’intimidation dyadique). Une personne dotée d’une forte SDO peut parfaitement adopter un comportement poli, humble et déférent dans ses relations interpersonnelles quotidiennes, tout en adhérant farouchement à l’idée que certains groupes ethniques, nationaux ou sociaux doivent impérativement demeurer subordonnés à d’autres.

La SDO représente donc une valeur politique et sociale de haut niveau, une orientation idéologique fondamentale relative à l’organisation légitime du tissu collectif. Bien que possédant les attributs d’une variable dispositionnelle – c’est-à-dire une relative stabilité temporelle attestée par des corrélations test-retest élevées sur des périodes de plusieurs années –, elle n’est pas un trait de personnalité rigide et immuable comparable aux traits tempéramentaux innés. Les recherches démontrent que la SDO est une variable dynamique, sensible à la fois au tempérament de l’individu et à la structure des contingences environnementales.

En effet, le niveau de SDO d’un acteur social est partiellement malléable et réagit aux modifications de la saillance contextuelle des appartenances catégorielles, aux menaces perçues pesant sur les ressources matérielles du groupe, ainsi qu’aux variations de statut relatif au sein de la matrice sociopolitique. La SDO doit ainsi être envisagée comme une interface cognitive et motivationnelle entre les inclinations psychologiques profondes du sujet et le champ des forces intergroupes dans lequel son existence est insérée.

2.2 Les motivations fondamentales sous-jacentes à la SDO

Pour comprendre la genèse et le maintien d’un niveau élevé d’orientation de dominance sociale chez un individu, il est nécessaire de sonder les représentations axiomatiques qu’il entretient quant à la nature même de la société humaine. Les travaux théoriques de John Duckitt, intégrés ultérieurement au cadre de la TDS, ont démontré qu’au cœur de la SDO réside une croyance fondamentale déterminante : la perception du monde social comme une arène darwinienne compétitive (competitive jungle worldview). Pour l’individu à forte SDO, la société n’est ni un espace de coopération pacifique, ni une communauté harmonieuse d’égaux moraux, mais une jungle impitoyable gouvernée par la rareté des ressources, le jeu à somme nulle et la loi du plus fort. Dans cette cosmologie sociale, les relations humaines sont inexorablement réduites au dilemme archaïque : « dominer ou être dominé », « manger ou être mangé ».

Dès lors, l’égalitarisme n’est pas simplement perçu comme une vision naïve ou irréaliste, mais comme une menace existentielle majeure contre l’ordre naturel ou le mérite légitime. Les programmes de redistribution des richesses, les mesures d’inclusion des minorités ou l’affirmation des droits universels sont interprétés par les individus à forte SDO comme des inversions toxiques de la hiérarchie naturelle, venant récompenser l’incompétence et spolier les vainqueurs légitimes de la compétition socioéconomique. L’inégalité n’est pas regrettée ; elle est activement désirée et célébrée en tant qu’indice manifeste de l’efficacité, de la vigueur et de la sélection fonctionnelle de l’organisme social.

De surcroît, la SDO est soutenue par une motivation fonctionnelle d’efficience collective et de coordination organisationnelle. Selon les partisans d’une hiérarchie stricte, l’égalitarisme engendre le chaos, la dilution de la chaîne de commandement et la paralysie décisionnelle. La subordination claire des groupes inférieurs sous la gouvernance des groupes historiquement dominants est alors vue comme la condition sine qua non de la stabilité politique, de la prospérité économique et de la cohésion civilisationnelle.

2.3 SDO et identification au groupe : les effets de statut

L’un des apports les plus subtils et contre-intuitifs des études de Sidanius et Pratto concerne l’interaction entre l’orientation de dominance sociale et l’identification à l’endogroupe, telle que théorisée par la psychologie sociale européenne. Si l’on s’en tenait aux prédictions simplistes de la théorie de l’identité sociale élémentaire, chaque individu devrait systématiquement favoriser son propre groupe afin de rehausser son estime de soi collective. Or, la TDS démontre de façon probante que la relation entre la SDO et le favoritisme endogroupe est puissamment modérée par le statut social du groupe d’appartenance.

Chez les membres des groupes à haut statut (par exemple, les populations blanches dans les démocraties occidentales, les hommes au sein des structures d’entreprises, ou les classes socioéconomiquement aisées), il existe une corrélation positive très robuste entre la SDO et l’identification à l’endogroupe. Pour ces individus, promouvoir la suprématie de leur groupe spécifique équivaut fonctionnellement à promouvoir la hiérarchie sociale générale : les intérêts particuliers de l’endogroupe et l’idéal abstrait d’inégalité systémique convergent parfaitement. Ils manifestent alors un ethnocentrisme sans complexe, une fierté collective exacerbée et une propension marquée à dénigrer les exogroupes subordonnés qui revendiquent des droits.

En revanche, chez les membres des groupes à faible statut (minorités racisées stigmatisées, peuples colonisés, prolétariat précarisé), cette relation se désarticule de manière frappante. Les recherches empiriques révèlent que chez les subordonnés, la corrélation entre SDO et favoritisme endogroupe devient nulle, voire négative. Un individu issu d’une minorité dominée qui présente une SDO élevée adhère au principe même de la hiérarchie sociale ; par conséquent, il intègre et applique la logique de hiérarchisation à son propre collectif. Il en résulte un phénomène tragique de défavoritisme endogroupe ou d’intériorisation de l’infériorité : l’individu à forte SDO issu d’un groupe subordonné évaluera souvent son propre groupe plus négativement que les dominants ne le font eux-mêmes, légitimant la pauvreté ou la marginalisation de ses pairs par l’évocation de supposées déficiences morales, culturelles ou intellectuelles intrinsèques.

3. La mesure psychométrique : Développement et évolution des échelles SDO

3.1 L’échelle pionnière SDO-5 et la formalisation SDO-6

La crédibilité scientifique et l’essor de la recherche sur la dominance sociale reposent sur le déploiement d’outils de mesure psychométrique d’une remarquable rigueur méthodologique. Après plusieurs versions expérimentales préliminaires (notamment les échelles SDO-4 et SDO-5 développées au tout début des années 1990 pour sonder les attitudes d’étudiants face aux guerres du Golfe et aux émeutes urbaines de Los Angeles), Pratto, Sidanius, Stallworth et Malle ont publié en 1994 l’instrument qui allait devenir le standard universel de la discipline pendant près de deux décennies : l’échelle SDO-6.

Composée de 16 énoncés (items), l’échelle SDO-6 est conçue selon un équilibre strict afin de prémunir les analyses contre les artéfacts de mesure. Huit items sont formulés dans le sens de la domination (items pro-trait), mesurant le soutien explicite à la hiérarchie intergroupe (ex. « Certains groupes de personnes sont tout simplement inférieurs aux autres », « Pour obtenir ce que votre groupe désire, il est parfois nécessaire d’écraser d’autres groupes »). Les huit autres items sont rédigés de manière inversée (items con-trait), capturant l’attachement à l’égalitarisme social (ex. « Nous aurions moins de problèmes si les groupes étaient traités de manière égale », « L’égalité entre les groupes devrait être notre idéal premier »). Les participants répondent généralement sur des échelles de Likert allant de 1 (totalement en désaccord) à 7 (totalement d’accord).

Les études psychométriques initiales et les centaines de réplications internationales qui ont suivi ont mis en évidence des qualités métrologiques remarquables. La cohérence interne de l’échelle SDO-6 est invariablement très élevée, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant régulièrement entre 0,83 et 0,92. De plus, la validité de construit, la validité convergente (avec les mesures d’autoritarisme, de conservatisme et de racisme) et la validité discriminante (démontrant que la SDO mesure une entité conceptuelle distincte de l’estime de soi, de l’anxiété ou des simples traits de névrosisme) ont été solidement établies à travers un vaste éventail de cultures industrielles, des États-Unis à Taïwan en passant par l’Europe occidentale et l’Australie.

3.2 Méthodologie de validation et défis d’invariance de mesure

L’administration globale de la SDO-6 a rapidement conduit les méthodologues de la psychologie quantitative à éprouver la structure interne de l’échelle à l’aide de techniques avancées de modélisation statistique, en particulier les analyses factorielles confirmatoires (AFC) et les modèles d’équations structurelles (SEM). L’un des premiers défis a concerné la structure dimensionnelle sous-jacente du test : bien que traitée à l’origine comme une variable strictement unidimensionnelle, plusieurs analyses factorielles exploratoires ont révélé une scission persistante entre les items formulés positivement et les items inversés.

Pour déterminer si cette scission factorielle résultait d’une distinction théorique substantielle ou d’un simple effet méthodologique lié au biais de réponse (notamment l’acquiescement ou la difficulté de traitement cognitif des énoncés négatifs), les chercheurs ont dû procéder à des tests d’invariance de mesure complexes. Les méthodologues ont déployé des modèles multi-groupes évaluant les niveaux d’invariance :

  • Invariance configurale : Vérification que la structure globale à un ou deux facteurs s’applique de manière identique à tous les groupes étudiés.
  • Invariance métrique (faible) : Démonstration que les saturations factorielles de chaque item sont statistiquement équivalentes à travers les échantillons.
  • Invariance scalaire (forte) : Preuve que les ordonnées à l’origine (intercepts) des items sont identiques, condition préalable indispensable pour comparer valablement les moyennes latentes entre groupes dominants et groupes subordonnés.

Ces investigations statistiques poussées ont permis de démontrer que, malgré la présence d’un effet de méthode lié à la négation des items, l’échelle capturait bien un continuum idéologique robuste et que l’invariance métrique était pleinement satisfaite entre populations de genres différents, d’ethnies asymétriques et de classes sociales opposées.

3.3 Les formes abrégées et instruments dérivés

Malgré l’excellence psychométrique de la SDO-6, son format à 16 items présentait un coût cognitif et temporel prohibitif pour les grandes enquêtes épidémiologiques, les sondages d’opinion représentatifs à l’échelle nationale (tels que l’American National Election Studies ou le General Social Survey) et les protocoles expérimentaux chronométrés en laboratoire. Ce constat a stimulé le développement de versions abrégées validées, notamment les échelles SDO-4 (4 items) et SDO-8 (8 items).

La confection de ces versions condensées ne s’est pas faite par simple coupe arbitraire. Elle a requis une sélection mathématique méticuleuse des items affichant les saturations factorielles les plus fortes et les indices de fidélité transculturelle les plus stables, tout en préservant scrupuleusement l’équilibre strict entre items pro-trait et items con-trait. Les études comparatives menées sur des échantillons de plusieurs dizaines de milliers de répondants ont confirmé que les versions à 4 et 8 items conservent d’excellents indices d’ajustement (CFI > 0,95, RMSEA < 0,06) et maintiennent des corrélations supérieures à 0,90 avec la version longue originale.

Toutefois, les spécialistes de la mesure soulignent que si ces formes abrégées conviennent parfaitement pour modéliser des effets de corrélation dans de grands échantillons probabilistes, elles présentent une sensibilité accrue aux fluctuations idiosyncrasiques des contextes expérimentaux et ne permettent pas de capturer les subtilités des sous-dimensions de la SDO que les échelles plus récentes ont réussi à isoler.

4. Les mythes légitimateurs : Fonctions justificatrices et hiérarchies de groupe

4.1 Typologie des mythes légitimateurs : amplificateurs vs atténuateurs

L’une des contributions les plus géniales et féconde de Sidanius et Pratto à l’analyse de la stratification sociale réside dans leur concept de mythes légitimateurs (legitimizing myths). Dans le cadre de la TDS, le terme « mythe » n’est pas utilisé dans une acception péjorative pour désigner une fable fausse ou une superstition irrationnelle, mais au sens sociologique et anthropologique : un ensemble d’attitudes, de croyances, de stéréotypes, de théories scientifiques, de dogmes religieux et d’idéologies partagées qui confèrent une justification morale et intellectuelle à l’organisation de la structure sociale. Les mythes légitimateurs constituent le ciment idéologique qui rend la hiérarchie socialement acceptable et cognitivement digeste pour l’ensemble des acteurs.

La théorie classe ces idéologies en deux grandes catégories fonctionnellement antagonistes :

  • Les mythes légitimateurs amplificateurs de hiérarchie (Hierarchy-Enhancing Legitimizing Myths ou HELM) : Ces croyances ont pour fonction de promouvoir, maintenir et accentuer l’inégalité et la supériorité des groupes dominants sur les dominés. Parmi les archétypes historiques et contemporains de HELM, on retrouve le racisme biologique ou culturel, le sexisme traditionnel, le nationalisme belliqueux, le darwinisme social, l’impérialisme civilisateur, mais également des idéologies apparemment neutres comme la méritocratie stricte, l’éthique protestante du travail ou le fatalisme de classe (« les pauvres manquent d’efforts »).
  • Les mythes légitimateurs atténuateurs de hiérarchie (Hierarchy-Attenuating Legitimizing Myths ou HALM) : Ces idéologies ont pour fonction de contester les asymétries de pouvoir, de réduire les écarts de statut et d’exiger une redistribution équitable des ressources. Elles englobent la doctrine des droits humains universels, le féminisme, le socialisme démocratique, le multiculturalisme émancipateur, l’universalisme humaniste et l’éthique de la compassion religieuse.

La relation entre l’individu et ces mythes est régie par son orientation dispositionnelle : les sujets affichant une SDO élevée opèrent une sélection active et soutiennent massivement les idéologies amplificatrices, tout en rejetant avec véhémence les doctrines atténuatrices.

4.2 La médiation idéologique entre personnalité et comportements discriminatoires

L’architecture explicative de la théorie de la dominance sociale ne postule pas une relation brute et directe reliant la SDO aux actes de violence ou aux décisions discriminatoires concrètes. Le modèle structurel formulé par Sidanius et Pratto met en évidence un puissant processus de médiation idéologique. En clair, l’orientation de dominance sociale fournit l’énergie motivationnelle brute en faveur de l’inégalité, mais cette motivation individuelle doit être convertie, pour s’exprimer socialement, dans le langage normatif et moralement respectable des mythes légitimateurs disponibles au sein d’une culture donnée.

Ce processus de médiation s’illustre avec acuité dans les débats contemporains sur la justice sociale et les politiques économiques. Par exemple, un gestionnaire d’entreprise ou un responsable politique doté d’une forte SDO ne justifiera que très rarement son refus de recruter des membres d’une minorité raciale ou des femmes par l’affirmation crue : « Je veux écraser ces groupes pour que le mien domine ». Il mobilisera plutôt l’idéologie méritocratique ou la théorie de l’efficacité du libre marché, arguant que l’attribution préférentielle d’un poste repose exclusivement sur les compétences individuelles décontextualisées, qualifiant les politiques d’action positive (affirmative action) de « discrimination inversée » injuste envers les travailleurs méritants.

Des dizaines d’études empiriques basées sur des modèles d’équations structurelles ont confirmé que l’effet de la SDO sur l’opposition aux budgets sociaux, le durcissement du code pénal ou le refus du droit d’asile aux réfugiés est quasi intégralement médiatisé par l’adhésion aux mythes amplificateurs tels que le racisme symbolique ou le fatalisme social. Les mythes agissent ainsi comme des écrans cognitifs et des filtres justificatifs, permettant aux dominants d’exercer une violence structurelle tout en préservant une image de soi vertueuse, rationnelle et morale.

4.3 La force consensuelle des mythes au sein des sociétés

L’un des paradoxes les plus fascinants documentés par les investigations de Sidanius et Pratto est le caractère consensuel des mythes légitimateurs. Si la hiérarchie sociale était maintenue exclusivement par la force brute, les sociétés seraient perpétuellement au bord de la guerre civile. La stabilité stupéfiante des systèmes inégaux provient du fait que les mythes amplificateurs de hiérarchie sont souvent partagés, compris et intériorisés non seulement par les bénéficiaires du système, mais également par les groupes subordonnés qui en sont les victimes objectives.

Ce phénomène s’inscrit dans la lignée théorique du concept d’hégémonie culturelle de Gramsci et de la théorie de la justification du système développée par John Jost et Mahzarin Banaji. Dans de nombreuses enquêtes empiriques menées aux États-Unis et en Amérique latine, les chercheurs ont constaté que des segments significatifs de minorités afro-descendantes, autochtones ou de travailleurs prolétaires adhèrent fermement à des mythes tels que l’éthique protestante du travail ou la supériorité naturelle de la culture dominante. Dès lors qu’un groupe marginalisé admet que la pauvreté est le fruit de la paresse ou du manque de persévérance morale, il accepte tacitement son propre déclassement comme un jugement de valeur juste et mérité.

Cette adhésion partagée crée une illusion sociétale de consensus qui étouffe le conflit à sa racine. L’oppression cesse d’apparaître comme une spoliation arbitraire imposée par une force extérieure pour devenir le reflet d’un ordre cosmique, scientifique ou économique rationnel. Face à ce consensus idéologique mystificateur, la déconstruction empirique des mythes légitimateurs devient une tâche herculéenne, les faits sociologiques bruts se brisant continuellement contre l’armature blindée des récits justificatifs acceptés par l’ensemble du corps social.

5. L’hypothèse d’invariance de genre : Différences hommes-femmes dans la SDO

5.1 Le postulat théorique de l’invariance de genre

L’un des chapitres les plus débattus et polémiques de l’œuvre de Jim Sidanius et Felicia Pratto réside dans l’hypothèse d’invariance de genre (gender invariance hypothesis). Cette proposition avance que, toutes choses étant égales par ailleurs, les hommes manifestent en moyenne un niveau d’orientation de dominance sociale systématiquement plus élevé que celui des femmes. Plus audacieuse encore est l’affirmation que cette disparité n’est pas le simple produit contingent de structures patriarcales occidentales contemporaines, mais constitue une régularité transculturelle et transhistorique invariante.

Pour fonder cette hypothèse, Sidanius et Pratto se réfèrent explicitement à la psychologie évolutionniste et à la théorie de la sélection sexuelle et de l’investissement parental formulée par Robert Trivers. Dans le cadre de l’évolution des espèces à reproduction sexuée où la femelle assume l’investissement reproductif biologique le plus lourd (gestation, lactation), le potentiel reproducteur des mâles est caractérisé par une variance beaucoup plus forte : quelques mâles dominants monopolisent l’accès aux ressources et aux partenaires, tandis que les mâles subordonnés courent le risque de n’avoir aucune descendance. Par conséquent, au cours de la phylogenèse humaine, la sélection naturelle aurait favorisé chez les hommes une plus grande prédisposition psychologique à la compétition intrasexuelle violente, à la prise de risque agressive et au désir de constituer des coalitions hiérarchiques rigides pour contrôler les territoires et subjuguer les collectifs rivaux.

Cette lecture évolutionniste rejette l’explication par le simple « intérêt personnel circonstanciel ». Si les hommes ont une SDO supérieure, ce ne serait pas uniquement parce qu’ils tirent profit d’un statut social actuellement dominant, mais parce que leur architecture motivationnelle a été façonnée pour valoriser la hiérarchisation des groupes comme modalité de survie génétique et de suprématie compétitive.

5.2 Débats et tests empiriques contre l’approche de socialisation

Cette conceptualisation sociobiologique a suscité des résistances théoriques majeures, en particulier chez les psychologues sociaux d’inspiration féministe ou constructiviste, pour qui les différences de genre dans les attitudes politiques découlent exclusivement de la socialisation différentielle et de l’intériorisation des rôles sociaux (théorie des rôles sociaux d’Alice Eagly). Selon ces critiques, les jeunes garçons sont socialisés à l’assertivité, à la dureté émotionnelle et à l’ambition de carrière dans des environnements compétitifs, tandis que les jeunes filles sont orientées vers l’empathie, le soin (care) et la coopération interpersonnelle, ce qui expliquerait entièrement le fossé des scores de SDO.

Pour mettre à l’épreuve l’hypothèse de socialisation contre l’hypothèse d’invariance, Sidanius et ses collaborateurs ont conçu une série impressionnante de tests empiriques transnationaux. Ils ont postulé que si la socialisation était l’unique cause, l’écart de SDO entre hommes et femmes devrait fluctuer radicalement – voire disparaître ou s’inverser – en fonction du niveau d’égalitarisme de la société, du statut de classe des individus, de leur éducation ou de leur degré d’identification au mouvement féministe. Les analyses menées sur des dizaines de milliers de participants dans plus de cinquante pays (dont la Suède, connue pour son féminisme institutionnel précurseur, des nations d’Asie orientale très patriarcales et des régimes théocratiques du Moyen-Orient) ont invariablement invalidé les prédictions du modèle de socialisation pure.

Les données ont révélé que la différence de SDO en faveur des hommes persiste obstinément à travers tous les continents, à toutes les tranches d’âge, chez les riches comme chez les pauvres, et même chez les femmes occupant des postes de pouvoir exécutif au sein d’institutions traditionnellement masculines. Une méta-analyse devenue célèbre publiée par Sidanius et ses collègues a établi que la taille d’effet de cette différence (d de Cohen), bien que d’ampleur modérée (se situant généralement entre d = 0,30 et d = 0,45), est remarquablement constante et ne disparaît sous aucun contrôle statistique, conférant un appui empirique formidable à leur thèse d’invariance.

5.3 Implications sur les comportements politiques et agressifs

L’asymétrie de genre dans les scores de SDO engendre des répercussions sociopolitiques considérables et mesurables. Elle constitue la variable explicative centrale de ce que les politologues désignent sous le terme de « gender gap » électoral, c’est-à-dire la tendance statistique séculaire des électeurs masculins à porter leurs suffrages de manière disproportionnée vers des partis conservateurs, militaristes, nationalistes et autoritaires, alors que les électrices privilégient plus fréquemment les partis socio-démocrates, écologistes et promouvant les filets de sécurité sociale.

Les modélisations statistiques révèlent que l’orientation de dominance sociale médiatise une part écrasante des divergences d’opinions entre hommes et femmes sur des thématiques clés telles que :

  • Le soutien aux interventions armées unilatérales et aux budgets de défense militaire.
  • L’adhésion aux politiques judiciaires ultra-répressives (maintien de la peine de mort, peines de prison incompressibles, durcissement des sanctions pour les mineurs).
  • La tolérance face aux violences policières disproportionnées exercées sur les minorités ethniques marginalisées.
  • Le financement public de l’assistance médicale gratuite et de la solidarité envers les plus démunis.

En outre, la TDS démontre que la SDO médiatise les différences de genre relatives aux capacités d’empathie sociale. Les femmes obtenant des scores de SDO significativement inférieurs, elles présentent une perméabilité affective beaucoup plus grande à la détresse éprouvée par les exogroupes vulnérables, alors que la forte SDO masculine agit comme un anesthésiant cognitif, désactivant la compassion au profit d’un impératif d’ordre et de puissance stratégique.

6. Rôles institutionnels et asymétrie comportementale : Atténuateurs vs amplificateurs

6.1 La sélection et socialisation institutionnelles

L’une des percées les plus originales de la théorie de la dominance sociale consiste à avoir étendu la grille d’analyse psychologique à la morphologie des institutions elles-mêmes. Sidanius et Pratto affirment que les institutions d’une société ne sont jamais idéologiquement neutres ; elles sont fonctionnellement réparties en deux camps opposés :

  • Les institutions amplificatrices de hiérarchie (Hierarchy-Enhancing Institutions ou HEI) : Ces organisations ont pour mandat explicite ou implicite de concentrer le pouvoir, de protéger les privilèges des dominants et de réguler voire réprimer les revendications des groupes subordonnés. Elles incluent les corps de police, les tribunaux pénaux, les forces armées, le complexe pénitentiaire, les grandes banques d’investissement spéculatives et les firmes multinationales extractives.
  • Les institutions atténuatrices de hiérarchie (Hierarchy-Attenuating Institutions ou HAI) : Ces structures ont au contraire pour mission de défendre les opprimés, de rétablir une équité des droits et de redistribuer les capitaux économiques et culturels. Elles regroupent les associations de défense des droits civiques, les syndicats de travailleurs, les organisations non gouvernementales humanitaires, le secteur du travail social, la magistrature constitutionnelle et les cabinets d’avocats commis d’office.

Le fonctionnement de ces deux sphères institutionnelles repose sur un processus bidirectionnel de tri sélectif (sélection institutionnelle) et d’acculturation interne (socialisation institutionnelle). D’une part, les individus choisissent leurs filières professionnelles en cohérence avec leur propre niveau de SDO : un étudiant à forte SDO postulera spontanément au sein d’une unité de police d’intervention tactique ou d’un hedge fund de Wall Street, tandis qu’un individu à SDO très basse s’orientera vers Amnesty International ou l’assistance aux réfugiés.

D’autre part, les institutions filtrent leurs recrues : les comités de recrutement des HEI éliminent implicitement ou explicitement les profils trop empathiques ou contestataires de l’ordre légal, sélectionnant les profils dotés d’une forte prédisposition à l’obéissance hiérarchique et à la fermeté coercitive. Une fois inséré dans l’institution, le sujet subit une puissante socialisation qui renforce encore son orientation initiale, scellant une congruence presque parfaite entre la psychologie de l’agent et la mission politique de l’organisation.

6.2 L’asymétrie comportementale intergroupe

La théorie de la dominance sociale soutient que la hiérarchie n’est pas uniquement le produit de l’oppression mécanique imposée par les dominants, mais qu’elle est rendue pérenne par l’apparition d’une asymétrie comportementale intergroupe (intergroup behavioral asymmetry). Ce concept crucial décrit comment les individus adoptent des conduites diamétralement opposées selon qu’ils appartiennent aux groupes investis du pouvoir ou aux strates dominées.

Cette asymétrie se décline en plusieurs dimensions pathologiques documentées expérimentalement :

  • L’asymétrie de favoritisme endogroupe : Comme vu précédemment, les dominants soutiennent inconditionnellement leur groupe, tandis que les dominés diluent leur solidarité interne ou manifestent un biais pro-exogroupe en faveur des dominants.
  • L’auto-sabotage ou la débilitation comportementale : Les membres des groupes opprimés intériorisent si profondément les stéréotypes d’incompétence véhiculés par les HELM qu’ils développent des comportements d’auto-invalidation (phénomène de menace du stéréotype théorisé par Claude Steele, désengagement scolaire, toxicomanie endémique, criminalité intra-communautaire), détruisant leurs propres chances de mobilité socioéconomique.
  • La déférence asymétrique : Face aux figures de l’autorité dominante, les membres des groupes subalternes adoptent couramment des postures de soumission anxieuse, cherchant à éviter le courroux institutionnel par une obéissance préventive, ce qui valide rétrospectivement le complexe de supériorité des agents du pouvoir.

Cette asymétrie engendre une véritable prophétie autoréalisatrice systémique : le comportement désorganisé ou précarisé des groupes opprimés est brandi par les dominants comme la preuve tangible de leur infériorité congénitale ou morale, justifiant le renforcement des mesures de contrôle policier et de surveillance institutionnelle à leur encontre.

6.3 L’attribution institutionnelle de légitimité

Le couronnement de la dynamique institutionnelle dans la TDS repose sur le processus d’attribution institutionnelle de légitimité. Lorsqu’un citoyen ordinaire assassine ou agresse physiquement un membre d’un groupe minoritaire dans la rue, son acte est universellement qualifié de crime haineux, d’attentat terroriste ou de barbarie intolérable, provoquant une réprobation sociale unanime et mobilisant la justice pénale.

En revanche, lorsque la même coercition létale, l’enfermement cellulaire ou la dépossession matérielle sont perpétrés par des agents étatiques revêtus de l’uniforme officiel (policiers procédant à des contrôles au faciès discriminatoires, magistrats prononçant des sentences de réclusion disproportionnées contre les minorités, fonctionnaires de l’immigration expulsant des familles déracinées), ces violences perdent leur qualification d’agression illégitime aux yeux de la majorité sociale. Elles sont requalifiées en « maintien de l’ordre public », « application rigoureuse de la loi républicaine » ou « régulation nécessaire des flux migratoires ».

En déléguant l’agression coercitive asymétrique à des institutions amplificatrices dotées du monopole de la violence symbolique et physique légitime (pour reprendre les termes de Max Weber), la société minimise drastiquement les coûts psychologiques et les risques d’éclatement de conflits ouverts. La violence de domination est institutionnalisée, routinisée, bureaucratisée et désincarnée, la rendant pratiquement invisible et inattaquable pour le citoyen moyen imprégné des mythes légitimateurs de l’État de droit.

7. Corrélats de personnalité et cognition sociale de l’ODS

7.1 SDO et les grands modèles de personnalité (Big Five et HEXACO)

L’intégration de l’orientation de dominance sociale dans la psychologie différentielle contemporaine a nécessité de cartographier avec précision ses relations avec les grands modèles taxinomiques de la personnalité, au premier chef le modèle des Big Five (Costa & McCrae) et le modèle HEXACO développé par Kibeom Lee et Michael Ashton.

Les méta-analyses conduites sur des dizaines d’échantillons internationaux convergent vers une découverte majeure : au sein du modèle des Big Five, la SDO entretient une relation négative écrasante et structurelle avec le facteur Agréabilité (Agreeableness). Les individus présentant des scores de SDO très élevés affichent de manière invariable des niveaux extrêmement faibles de bienveillance, de cordialité et de compassion envers autrui. Ils se caractérisent par un cynisme froid, une dureté de cœur assumée, une compétitivité impitoyable et une profonde indifférence aux affects d’autrui. En revanche, les relations entre la SDO et les facteurs d’Extraversion ou de Névrosisme sont généralement statistiquement nulles ou négligeables, confirmant que la dominance n’est ni le produit d’une anxiété névrotique refoulée, ni une simple manifestation de sociabilité expansive.

Le raffinement apporté par le modèle HEXACO a permis de pousser cette analyse bien plus loin. Les études démontrent que la SDO présente sa corrélation inverse la plus monumentale avec le facteur Honnêteté-Humilité (Honesty-Humility). Ce facteur mesure la propension d’un sujet à être équitable, modeste, exempt d’avidité matérielle et réticent à manipuler autrui pour son bénéfice propre. Les hauts scores de SDO se situent aux antipodes de cette dimension : ils incarnent une disposition marquée à l’exploitation utilitariste des tiers, au sentiment de supériorité aristocratique et à la quête effrénée de prérogatives asymétriques. Concernant l’Ouverture à l’expérience, les corrélations sont généralement négatives mais plus faibles que pour l’Agréabilité, fluctuant selon la saillance politique des débats culturels propres à chaque nation.

7.2 Processus d’empathie, théorie de l’esprit et insensibilité affective

Sur le plan de la cognition sociale fine et du traitement émotionnel, la SDO est corrélée de manière éclatante à des altérations spécifiques des composantes de l’empathie dispositionnelle. Des protocoles expérimentaux évaluant séparément l’empathie affective (la capacité à ressentir viscéralement la souffrance d’un tiers) et l’empathie cognitive (la théorie de l’esprit, c’est-à-dire la capacité d’inférer intellectuellement les états mentaux d’autrui) révèlent un pattern saisissant.

Les individus à forte SDO possèdent généralement une théorie de l’esprit intacte : ils ne souffrent d’aucun déficit cognitif les empêchant de comprendre les pensées ou les intentions d’un interlocuteur. En réalité, cette acuité intellectuelle non affectée est souvent mise au service d’une stratégie machiavélique sophistiquée : ils comprennent autrui pour mieux le manœuvrer ou anticiper ses ripostes au sein de l’arène compétitive. Cependant, cette cognition est totalement découplée de l’empathie affective. Face à des stimuli visuels montrant des scènes de détresse humaine, de blessures corporelles ou de larmes issues de membres d’un exogroupe subordonné, les sujets à forte SDO exhibent une hypo-réactivité émotionnelle, mesurable physiologiquement par une diminution de la conductance cutanée et une absence d’activation des circuits de la douleur partagée.

Cette insensibilité affective s’articule directement avec les mécanismes de désengagement moral conceptualisés par Albert Bandura. Pour les dominants orientés vers la SDO, la misère des dominés ne déclenche aucun remords car ces derniers sont préalablement déshumanisés, animalisés ou accusés d’avoir attiré sur eux leurs propres malheurs par leur indignité ou leur passivité intrinsèque.

7.3 Schémas cognitifs et perception de menace

Les schémas cognitifs façonnant le traitement de l’information chez les sujets à forte SDO s’organisent autour de filtres attentionnels rigides. Les recherches démontrent que ces individus allouent des ressources attentionnelles disproportionnées aux indices relatifs au statut, au pouvoir formel et aux rapports de force au sein de n’importe quel environnement social nouveau. Dès leur entrée dans un groupe, ils scannent instantanément l’assemblée pour décoder qui est dominant et qui est subordonné, ajustant immédiatement leur comportement stratégique en conséquence.

De plus, il convient de tracer une ligne de démarcation épistémologique essentielle entre la perception de menace opérant dans la SDO et celle à l’œuvre dans d’autres formes de conservatisme politique. Alors que les personnalités axées sur la sécurité réagissent à la menace existentielle ou morale (la peur du terrorisme, de la décadence des mœurs ou de l’effondrement de l’ordre traditionnel, typique du modèle du « monde dangereux »), les individus à forte SDO sont quant à eux hyper-vigilants face à la menace de compétition sur les ressources matérielles et le statut (status-threat).

Ils éprouvent une angoisse existentielle et une fureur disproportionnée dès lors qu’un groupe historiquement subordonné progresse socialement, accède à des diplômes d’élite, acquiert des parts de marché ou conquiert une représentation politique visible. Cette mobilité ascensionnelle de l’exogroupe est traitée par leur cerveau non comme un triomphe de la justice, mais comme une confiscation illégitime des prérogatives naturelles de l’endogroupe, activant immédiatement des biais mémoriels et des distorsions cognitives tendant à minorer les compétences de ces rivaux émergents pour restaurer l’illusion de la suprématie endogroupe.

8. Comparaison critique : SDO versus Autoritarisme de droite (RWA) d’Altemeyer

8.1 La théorie du double processus de Duckitt

Dans l’histoire de la psychologie politique, la clarification théorique la plus magistrale quant au statut de l’orientation de dominance sociale a été apportée par le psychologue sud-africain John Duckitt à travers sa théorie du double processus idéologique (Dual-Process Cognitive-Motivational Model). Jusqu’aux travaux de Duckitt à la fin des années 1990, une grande confusion régnait parmi les chercheurs, qui tendaient à amalgamer la SDO de Sidanius et Pratto avec la célèbre échelle d’autoritarisme de droite (Right-Wing Authoritarianism ou RWA) développée par Bob Altemeyer.

Duckitt a brillamment démontré que le RWA et la SDO ne sont pas deux mesures interchangeables d’un même « esprit intolérant », mais constituent deux voies motivationnelles indépendantes, ancrées dans des histoires de socialisation radicalement divergentes et déclenchées par des visions du monde distinctes :

Critère théorique Autoritarisme de droite (RWA – Altemeyer) Orientation de dominance sociale (SDO – Sidanius & Pratto)
Origine développementale Socialisation parentale stricte, punitive et anxiogène, valorisant la conformité. Climat familial froid, non-affectif, rude et compétitif, valorisant la force et l’endurcissement.
Cosmologie sociale Vision du « monde dangereux » (anarchie morale, chaos criminel imminent). Vision de la « jungle compétitive » (loi du plus fort, jeu à somme nulle).
Motivation centrale Quête éperdue de sécurité, d’ordre, de cohésion collective et de stabilité normative. Quête de puissance, de statut, de suprématie matérielle et de supériorité intergroupe.
Piliers attitudinaux Soumission autoritaire, agression autoritaire et conventionnalisme moral rigide. Désir d’inégalité intergroupe, rejet de l’égalitarisme et domination active.

L’effet cumulatif de ces deux dimensions est dévastateur. Lorsqu’une personne présente conjointement un score stratosphérique de RWA et de SDO (ce qu’Altemeyer a baptisé le profil de « double high »), ses préjugés et son intolérance atteignent une virulence paroxystique : elle combine le dogmatisme aveugle et la paranoïa sécuritaire du dévot autoritaire avec la froide cruauté stratégique et l’ambition hégémonique du conquérant darwinien.

8.2 Différences de cibles préférentielles de préjugés

L’indépendance structurelle de la SDO et du RWA se vérifie avec éclat dès lors que l’on cartographie leurs cibles préférentielles de préjugés. Ces deux constellations psychologiques ne détestent pas les mêmes personnes pour les mêmes raisons, démontrant que le rejet de l’autre obéit à des logiques motivationnelles hyperspécifiques.

Le RWA oriente l’hostilité en priorité vers des groupes perçus comme des menaces morales ou normatives pour l’ordre sociétal traditionnel. Les cibles emblématiques du sujet à fort RWA sont les déviants culturels, les dissidents politiques radicaux, les artistes transgressifs, les personnes issues des minorités sexuelles et de genre (communauté LGBTQ+), les apostats religieux ou les consommateurs de stupéfiants. Même si ces groupes ne menacent aucune ressource financière concrète, leur simple mode de vie iconoclaste terrifie l’autoritaire, pour qui la déviation morale précipitera inéluctablement la colère divine ou l’anomie destructrice.

À l’inverse, l’orientation de dominance sociale déclenche une hostilité chirurgicalement dirigée contre les groupes subordonnés à faible statut ou compétitifs qui aspirent à une part du gâteau économique et politique. Le sujet à forte SDO ciblera avec rage les bénéficiaires des allocations de solidarité sociale (« assistés » accusés de parasitisme), les syndicats de travailleurs luttant pour des hausses de salaires, les populations immigrées perçues comme venant capter les richesses territoriales, les populations indigènes réclamant la rétrocession de terres spoliées, et les programmes de soutien aux minorités ethniques défavorisées. En somme, le RWA persécute la déviance pour sauver la norme, tandis que la SDO écrase la vulnérabilité et la revendication égalitaire pour sécuriser le privilège.

8.3 Différenciation structurelle et idéologique

Une distinction fondamentale réside dans l’attitude de ces deux profils face à la figure de l’autorité établie. Le RWA se caractérise intrinsèquement par une soumission inconditionnelle et quasi mystique aux autorités formellement investies par la tradition étatique ou religieuse (le monarque, le président en exercice, l’évêque, le chef d’état-major). L’autoritaire de droite tire sa tranquillité psychologique de l’acte d’abdiquer son jugement critique devant la volonté protectrice de l’autorité supérieure.

Rien n’est plus étranger à la SDO que cette posture de carpette servile. L’individu à forte SDO n’aime pas l’autorité parce qu’elle est sacrée ; il l’aime uniquement et instrumentalement dans la mesure exacte où cette autorité sert de massue pour perpétuer l’inégalité et assujettir les faibles. Si le pouvoir en place venait à être conquis par des dirigeants sincèrement égalitaires, socialistes, progressistes ou antiracistes promouvant la redistribution fiscale et le démantèlement des hiérarchies, le contraste entre RWA et SDO exploserait de façon spectaculaire.

Dans ce scénario de crise :

  • Le sujet à fort RWA mais SDO modérée traverserait une intense crise de dissonance cognitive : le respect viscéral de la loi et de la hiérarchie étatique l’inclinerait souvent à obéir à contrecœur au nouveau pouvoir légalement investi, sauf si des figures traditionnelles dissidentes appellent à la sédition morale.
  • Le sujet à forte SDO, quant à lui, n’hésiterait pas une seconde : rejetant viscéralement tout décret égalitaire comme une hérésie antinaturelle, il entrerait immédiatement en rébellion active, soutenant le sabotage institutionnel, les coups d’État militaires oligarchiques, l’évasion fiscale massive ou la subversion violente pour écraser les usurpateurs égalitaires et restaurer le pouvoir incontesté de l’élite naturelle.

9. Applications empiriques : Préjugés, racisme, sexisme et discrimination systémique

9.1 SDO et les formes contemporaines de racisme

L’application empirique de la SDO la plus massivement documentée concerne l’explication et la prédiction des multiples métamorphoses du racisme dans les sociétés post-coloniales et post-ségrégationnistes contemporaines. Depuis la délégitimation publique du racisme biologique vulgaire après la Seconde Guerre mondiale, l’animosité raciale a dû adopter des formulations euphémisées. La recherche a prouvé que la SDO constitue le prédicteur dispositionnel numéro un du racisme moderne, du racisme symbolique et du racisme aversif.

Dans les enquêtes électorales américaines et européennes, le niveau de SDO prédit avec une puissance statistique inégalée l’opposition farouche aux politiques de justice réparatrice, qu’il s’agisse de l’Affirmative Action à l’entrée des grandes universités, des politiques de quotas dans les conseils d’administration ou du dédommagement historique des populations autochtones spoliées de leurs terres ancestrales. Les individus affichant une SDO élevée conçoivent la racialisation du tissu social comme une pyramide légitime, où la concentration des richesses et du prestige au sommet reflète une hiérarchie de talents culturels ou génétiques naturels.

De surcroît, les investigations menées dans le champ de la sociologie carcérale et juridique démontrent la responsabilité écrasante de la SDO dans la tolérance sociale face aux disparités raciales du système pénal. Aux États-Unis, par exemple, la surreprésentation colossale des populations afro-américaines et hispaniques dans les pénitenciers fédéraux, ainsi que l’application préférentielle de la peine de mort à l’encontre des minorités lorsque la victime est blanche, sont perçues par les individus à forte SDO non comme les symptômes d’une injustice systémique à réformer d’urgence, mais comme l’indiscutable confirmation pragmatique que ces groupes constituent une classe intrinsèquement délinquante nécessitant un confinement carcéral permanent.

9.2 Sexisme bienveillant, hostile et rôles de genre

Le second domaine d’application privilégié de la SDO concerne la structuration asymétrique des genres à travers la théorie du sexisme ambivalent formalisée par Peter Glick et Susan Fiske. Cette approche distingue rigoureusement le sexisme hostile (animosité ouverte, dénigrement de la compétence des femmes, hostilité brute face aux féministes accusées de castrer les hommes) du sexisme bienveillant (idéalisation protectrice, chevaleresque mais infantilisante de la femme dévouée, perçue comme une créature pure et fragile méritant d’être cantonnée à la sphère domestique sous la tutelle masculine).

L’orientation de dominance sociale entretient une relation quasi symbiotique avec le sexisme hostile. Pour l’esprit guidé par la SDO, les femmes qui brisent le plafond de verre, postulent à des mandats de direction politique, contestent l’autorité maritale ou affichent une liberté sexuelle sans complexe sont identifiées comme des perturbatrices subversives cherchant à renverser l’ordre patriarcal immuable. Elles doivent être rappelées à l’ordre par le discrédit public, la violence verbale, la disqualification professionnelle ou le harcèlement sexuel, ce dernier opérant comme une arme de contrôle social visant à remettre la femme subordonnée à sa « place naturelle ».

À l’opposé, les études montrent que le sexisme bienveillant est bien plus fortement corrélé à l’autoritarisme de droite (RWA), qui chérit la pureté morale de la mère traditionnelle au foyer. La SDO, quant à elle, s’accommode très bien de l’écrasement pur et simple des revendications d’égalité salariale au travail, justifiant la ségrégation horizontale et verticale des emplois par le mythe que les femmes manquent par nature de l’agressivité nécessaire pour survivre dans la jungle impitoyable du grand capitalisme d’affaires.

9.3 Extension aux enjeux environnementaux et à l’exploitation animale

Au cours de la dernière décennie, des chercheurs novateurs ont considérablement élargi le périmètre d’application de la théorie de la dominance sociale en démontrant que la volonté d’assujettissement intergroupe ne s’arrête pas aux frontières de notre propre espèce biologique. La SDO s’est révélée être une variable maîtresse dans l’explication du spécisme et de la crise écologique globale.

Le concept d’orientation de dominance de l’espèce (Human Supremacy Beliefs ou Speciesism) a été théorisé comme une extrapolation directe de la SDO aux relations entre l’humanité et le règne vivant non-humain. Les personnes affichant une forte SDO considèrent les animaux non-humains comme des entités strictement subalternes, dépourvues de droits moraux inhérents, et destinées par l’ordre naturel des choses à être enfermées, exploitées pour leur chair, chassées pour le loisir et disséquées dans les laboratoires industriels. Le sentiment de supériorité qui autorise un groupe humain dominant à réduire un autre peuple en esclavage fonctionne selon la même grammaire psychologique lorsqu’il s’agit de légitimer la violence industrielle des abattoirs intensifs.

Parallèlement, les études sur la psychologie du changement climatique révèlent que la SDO est l’un des plus puissants prédicteurs du déni climatique et du rejet des accords internationaux de transition écologique. Les élites économiques et les citoyens dotés d’une forte SDO rejettent les politiques environnementales contraignantes parce qu’elles exigent une restriction drastique de la logique extractive, une régulation des profits corporatifs et une redistribution solidaire des richesses en faveur des nations du Sud global, premières victimes du dérèglement écologique mondial. Protéger la biosphère signifierait freiner la prédation capitaliste et admettre la vulnérabilité écologique, deux renoncements inconcevables pour une subjectivité façonnée par l’impératif de domination inconditionnelle de la matière et du vivant.

10. La sous-dimensionnalité moderne : SDO-Dominance vs SDO-Égalitarisme (SDO7)

10.1 La rupture de Ho et collègues (2012, 2015)

Malgré l’immense corpus accumulé à l’aide de l’échelle SDO-6, un débat théorique et méthodologique lancinant a longtemps persisté quant à son homogénéité factorielle. Ce nœud gordien a été tranché de manière spectaculaire au cours des années 2010 grâce aux travaux conduits par Arnold K. Ho, Jim Sidanius, Nour Kteily et leurs collaborateurs. Dans deux articles fondateurs parus en 2012 et 2015, les chercheurs ont apporté la preuve irréfutable que l’orientation de dominance sociale n’est pas un bloc monolithique unitaire, mais se subdivise en deux sous-dimensions corrélées mais conceptuellement et fonctionnellement hautement distinctes :

  • La dominance sociale coercitive ou active (SDO-Dominance ou SDO-D).
  • L’opposition sociale à l’égalité (SDO-Anti-egalitarianism ou SDO-E).

Cette distinction a abouti à la création et à la validation d’un tout nouvel instrument psychométrique standard : l’échelle SDO-7. Contrairement à la SDO-6, qui mélangeait les deux dimensions au sein d’un score composite unique sans en isoler les variances propres, la SDO-7 mesure explicitement ces deux facettes à travers 16 items rigoureusement équilibrés (8 items dédiés à la SDO-D et 8 items dédiés à la SDO-E, chacun comportant une balance parfaite d’énoncés pro et con-traits).

Les propriétés psychométriques de la SDO-7 ont pulvérisé les ambiguïtés statistiques antérieures. Les modélisations par équations structurelles ont démontré un ajustement statistique bien supérieur du modèle bifactoriel par rapport au modèle unidimensionnel archaïque. L’échelle a été validée dans des contextes linguistiques et culturels diversifiés (des États-Unis à Israël, en passant par le Chili et la Turquie), ouvrant un champ d’investigation d’une finesse analytique sans précédent.

10.2 SDO-D : L’oppression active et la coercition intergroupe

La sous-dimension SDO-Dominance (SDO-D) capture le versant « dur », violent et coercitif de la TDS. Elle est définie comme la préférence d’un individu pour l’écrasement actif, la subjugation explicite et l’oppression institutionnelle des groupes subordonnés par les groupes de haut statut. Les énoncés caractéristiques de cette facette mesurent l’adhésion à des pratiques brutales : « Un groupe idéal exige que certains groupes soient au sommet et d’autres au fond », « Il est bon que certains groupes soient au sommet et d’autres en bas ».

Sur le plan psychologique et psychopathologique, la SDO-D est profondément imbriquée avec les composantes de la triade noire de la personnalité (Dark Triad), et plus singulièrement avec la psychopathie subclinique et le sadisme quotidien. Les individus obtenant des scores stratosphériques en SDO-D ne recherchent pas un équilibre passif des statuts ; ils éprouvent une satisfaction viscérale à l’exercice direct de la contrainte et du châtiment corporel ou matériel envers ceux qu’ils jugent inférieurs.

En conséquence, la SDO-D constitue le prédicteur empirique exclusif des comportements intergroupes les plus destructeurs de l’humanité contemporaine :

  • Le soutien inconditionnel au recours à la torture physique contre les prisonniers de guerre ou les suspects terroristes (tels que les abus documentés à la prison d’Abu Ghraib ou sur la base de Guantánamo).
  • L’approbation des agressions militaires unilatérales préventives et des guerres d’invasion impérialistes visant la capture de ressources énergétiques stratégiques.
  • Le ralliement aux discours d’extrême droite prônant la déportation de masse forcée des populations étrangères et la ségrégation spatiale coercitive.
  • L’adhésion aux crimes de haine violents perpétrés dans la rue par des milices d’autodéfense racistes ou paramilitaires.

10.3 SDO-E : La préservation subtile des inégalités structurelles

À l’opposé de cette brutalité physique, la sous-dimension SDO-Égalitarisme (SDO-E) – ou plus rigoureusement anti-égalitarisme – saisit une posture idéologique feutrée, aristocratique et subtile. Elle est définie non comme le désir actif d’écraser autrui par la baïonnette ou le knout, mais comme une aversion philosophique profonde envers l’idéal même de l’égalité sociale, et un désir persistant de maintenir intactes les asymétries de classe et de prestige préexistantes. Les items typiques de la SDO-E sondent cette répugnance normative : « Nous ne devrions pas nous efforcer de rendre les revenus de chacun plus égaux », « L’égalité entre les groupes ne devrait pas être notre objectif fondamental ».

Les individus affichant une forte SDO-E n’ont aucun attrait pour les bottes cloutées, le sang versé ou les défilés paramilitaires haineux. Ce sont généralement des acteurs parfaitement intégrés dans les élites économiques, financières, juridiques et administratives bourgeoises. Ils s’expriment avec l’élégance du verbe, professent souvent le respect formel de la politesse civile et rejettent vigoureusement l’étiquette infamante de « fasciste » ou de « raciste violent ».

Pourtant, leurs choix comportementaux et politiques perpétuent les inégalités de façon bien plus dévastatrice à l’échelle macroéconomique que les délires de quelques groupuscules néonazis marginaux. La SDO-E prédit de manière éclatante :

  • Le plaidoyer inconditionnel pour les politiques de dérégulation financière néolibérale, de baisse drastique de l’impôt sur la fortune et de démantèlement des conventions collectives syndicales.
  • L’opposition viscérale aux systèmes de santé universels financés par l’impôt progressif et au logement social pour les populations précarisées.
  • Le maintien des frais d’inscription exorbitants dans les universités d’élite, garantissant une reproduction sociale quasi aristocratique des enfants de la haute bourgeoisie.
  • L’acceptation tacite et indifférente de l’exclusion des minorités par le mécanisme passif des réseaux d’entre-soi corporatifs (old boys’ networks).

La dissociation opérée par Ho et al. a ainsi révolutionné la psychologie sociale en prouvant que l’inégalité n’a pas seulement besoin de tortionnaires armés (SDO-D), mais qu’elle prospère tout autant grâce à la froide complicité des architectes institutionnels de l’économie libérale non régulée (SDO-E).

11. Critiques épistémologiques, méthodologiques et débats contemporains

11.1 La critique de l’école de l’identité sociale (Turner, Reynolds, Schmitt)

L’ascension fulgurante de la théorie de la dominance sociale ne s’est pas effectuée sans heurts académiques majeurs. La critique la plus virulente et la plus systématique est venue des théoriciens britanniques et australiens de l’école de l’identité sociale et de l’auto-catégorisation, emmenés par John Turner, Katherine Reynolds et Michael Schmitt. Dès la fin des années 1990, ces auteurs ont engagé une controverse théorique d’une rare intensité dans les revues internationales, reprochant à Sidanius et Pratto d’avoir commis une régression théorique impardonnable en réintroduisant une explication personnaliste, dispositionnelle et quasi biologique des conflits intergroupes.

Selon l’école de Turner, traiter la SDO comme une variable de personnalité stable et motrice relève d’une erreur fondamentale d’attribution appliquée à la sociologie. Les chercheurs de l’identité sociale affirment que l’adhésion aux attitudes hiérarchiques n’est rien d’autre qu’un reflet de la saillance de l’identité sociale contextuelle et des normes endogroupales en vigueur au moment précis où le sujet répond aux questions. Pour prouver leur thèse, ils ont multiplié les expériences en laboratoire démontrant que les scores de SDO d’un individu peuvent être manipulés artificiellement et varier substantiellement du jour au lendemain si l’on modifie expérimentalement le sentiment de compétition entre groupes, le statut relatif perçu ou la légitimité du système politique expérimental.

Par ailleurs, ces contradicteurs ont accusé la TDS d’opérer une naturalisation épistémologiquement toxique des hiérarchies. En prétendant ancrer le patriarcat et la domination arbitraire dans la sélection naturelle de l’évolution des espèces, la théorie de Sidanius et Pratto risquait, selon eux, d’agir elle-même comme un mythe légitimateur amplificateur de hiérarchie pseudo-scientifique, instillant l’idée insidieuse que toute lutte politique pour l’égalité parfaite est biologiquement condamnée à l’échec face au déterminisme génétique du primate humain.

11.2 Validité transculturelle et limites des échantillons occidentaux

Un deuxième volet critique majeur concerne la question de l’universalité transculturelle de la SDO et le problème récurrent des échantillons WEIRD (Western, Educated, Industrialized, Rich, Democratic) sur lesquels reposait initialement la majorité des études de validation psychométrique.

Des anthropologues et des psychologues interculturels ont souligné que la conceptualisation de la hiérarchie chez Sidanius et Pratto est lourdement marquée par le modèle agonistique et compétitif typique de l’individualisme étasunien et des sociétés capitalistes occidentales. Dans des sociétés traditionnelles asiatiques empreintes de confucianisme, la hiérarchie sociale n’est pas traditionnellement conçue comme un champ de bataille darwinien où un groupe domine et écrase activement l’autre, mais comme un système de devoirs et d’obligations relationnelles mutuelles et harmonieuses, où le supérieur doit protéger et soigner le subordonné, lequel lui doit en échange le respect filial et la loyauté (concept d’harmonie hiérarchique). Dans de tels contextes culturels, les items de domination brutale de la SDO-6 ou de la SDO-D sont massivement rejetés par les répondants, bien que leur société pratique des discriminations de classe ou de genre extrêmement rigides.

De surcroît, dans les nations post-coloniales d’Afrique subsaharienne ou d’Amérique latine, traversées par des régimes de métissage complexe et des transitions démocratiques instables, les corrélats de la SDO se brouillent parfois. Les frontières entre groupes arbitraires y sont tellement poreuses et les alliances ethniques si fluctuantes que le concept d’égalité universelle ne se traduit pas toujours selon les mêmes coordonnées axiologiques qu’à Harvard ou à Stanford, exigeant une révision des instruments de mesure locaux.

11.3 La réponse de Sidanius et Pratto aux objections théoriques

Face à ce feu nourri de contestations, Jim Sidanius et Felicia Pratto ont déployé une défense théorique et méthodologique d’une remarquable solidité, synthétisée dans plusieurs articles rétrospectifs majeurs. En premier lieu, ils ont réfuté l’accusation d’essentialisme biologique ou de réductionnisme personnaliste en rappelant que la théorie de la dominance sociale a toujours été conçue comme une métathéorie intégrative multiniveaux. La SDO n’a jamais prétendu expliquer l’intégralité du comportement social à elle seule ; elle n’est que l’un des multiples rouages d’une mécanique systémique englobant les mythes idéologiques et la coercition institutionnelle.

Concernant les fluctuations de la SDO démontrées par l’école de l’identité sociale, Sidanius et ses collègues ont conduit des études longitudinales à panel représentatif s’étalant sur plusieurs années (suivant notamment des cohortes d’étudiants de l’entrée à l’université jusqu’à leur insertion sur le marché du travail). À l’aide de modèles autorégressifs croisés (cross-lagged panel models), ils ont apporté la preuve mathématique que si le contexte social influence effectivement la SDO, la SDO préexistante prédit les choix contextuels ultérieurs avec une force deux à trois fois supérieure. La SDO n’est donc pas une simple girouette passive au gré des situations, mais un gouvernail dispositionnel robuste pilotant activement l’orientation de vie de l’acteur.

Enfin, sur le plan philosophique et politique, Sidanius a toujours rejeté avec mépris l’assimilation de sa théorie à une légitimation du statu quo réactionnaire. Élucider avec une lucidité chirurgicale les mécanismes par lesquels la domination humaine se perpétue depuis des millénaires ne signifie en aucun cas applaudir ou justifier cette domination. Au contraire, affirmait Sidanius, refuser de regarder en face les racines évolutionnistes et psychologiques profondes de la volonté d’hégémonie revient à s’armer d’un idéalisme angélique et désarmé, condamné à l’impuissance politique face à la résurgence perpétuelle du fascisme et de l’inégalité de groupe.

12. Héritage intellectuel et perspectives futures des travaux de Sidanius et Pratto

12.1 L’impact sur la psychologie politique et les sciences sociales contemporaines

En l’espace de trois décennies, les travaux pionniers de Jim Sidanius et Felicia Pratto ont révolutionné le paysage intellectuel des sciences comportementales. La théorie de la dominance sociale est désormais consacrée à travers le monde comme l’un des paradigmes majeurs pour décoder l’oppression collective, aux côtés de la théorie de la justification du système de Jost et de la théorie de l’identité sociale de Tajfel et Turner.

L’impact de la TDS a largement débordé les frontières disciplinaires de la seule psychologie sociale académique pour féconder en profondeur :

  • La criminologie critique, en offrant une grille de lecture psychologique sans équivalent de la brutalité policière systémique et de la surincarcération des minorités.
  • Les études de genre (Gender Studies), en articulant la psychologie évolutionniste masculine avec les analyses féministes structuralistes du patriarcat institutionnalisé.
  • La sociologie des organisations, en éclairant d’un jour nouveau les processus occultes de reproduction des élites managériales au sein des grandes institutions financières et technologiques mondiales.

La disparition prématurée de Jim Sidanius en 2021 a donné lieu à une vague d’hommages scientifiques internationaux unanimes, saluant la trajectoire d’un chercheur d’exception qui, par sa rigueur empirique intransigeante et son courage intellectuel, a su briser les tabous académiques pour cartographier sans complaisance les recoins les plus sombres de la motivation humaine au pouvoir.

12.2 Nouvelles frontières de recherche empirique

L’héritage de Sidanius et Pratto demeure plus vivant que jamais, comme en témoignent les pistes d’exploration empirique pionnières ouvertes par la nouvelle génération de chercheurs internationaux. L’une des frontières les plus stimulantes réside dans l’intégration des neurosciences cognitives et sociales. À l’aide de l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) et de l’électroencéphalographie à haute densité (EEG), des neuroscientifiques explorent actuellement les substrats neurobiologiques de la SDO. Les données préliminaires révèlent que lors de la visualisation de visages d’exogroupes souffrants, les sujets affichant une SDO élevée manifestent une hypo-activation significative du cortex cingulaire antérieur et de l’insula antérieure (structures clés de la résonance empathique), couplée à une activation accrue du striatum ventral (circuit de la récompense dopaminergique), suggérant la présence d’une composante de délectation sadique implicite face à la défaite des rivaux de statut.

Un autre champ d’investigation d’une brûlante actualité concerne le rôle de la dominance sociale dans l’essor des algorithmes d’intelligence artificielle et des technologies de surveillance de masse. Les ingénieurs concevant des systèmes de prédiction policière automatisée ou des logiciels de sélection de CV basés sur le machine learning y injectent involontairement – par le biais des bases de données d’apprentissage – les mythes amplificateurs de hiérarchie préexistants de notre culture. La TDS offre ainsi une grille analytique indispensable pour identifier comment la SDO s’externalise et se cristallise désormais sous la forme d’architectures algorithmiques de discrimination automatisée d’apparence froide et mathématiquement neutre.

Enfin, les politologues mobilisent massivement la SDO pour comprendre la résurgence contemporaine des populismes autoritaires et des idéologies suprémacistes à travers le globe (mouvements « alt-right » aux États-Unis, montées des nationalismes xénophobes en Europe, radicalisations théocratiques au Moyen-Orient). Dans un monde globalisé déstabilisé par les crises écologiques et les flux migratoires, la perception d’une jungle compétitive planétaire atteint des sommets, faisant de la SDO le carburant psychologique numéro un de la polarisation politique et du repli identitaire agressif.

12.3 Pistes d’intervention et politiques de désamorçage de la hiérarchie

Loin d’être un traité de résignation fataliste, la théorie de la dominance sociale offre des leviers d’action d’une puissance stratégique considérable pour les architectes des politiques publiques, les éducateurs et les militants associatifs résolus à démanteler les oppressions structurelles. Puisque la TDS prouve que la domination ne tient que par la causalité circulaire unissant la personnalité individuelle, les mythes idéologiques et les institutions, le désamorçage de l’inégalité exige d’agir simultanément sur chacun de ces trois niveaux.

Au niveau socioculturel, il est impératif de forger et de diffuser massivement de puissants contre-mythes légitimateurs atténuateurs de hiérarchie. Il ne suffit pas de dénoncer l’injustice ; il faut créer des récits culturels, artistiques et philosophiques émancipateurs capables de concurrencer le récit de la « jungle compétitive ». Ces mythes positifs doivent célébrer l’interdépendance écologique, l’égalitarisme de statut, la justice distributive et l’inclusion comme les véritables indicateurs de la grandeur et de la résilience d’une civilisation moderne.

Au niveau institutionnel, les réformes doivent briser le cercle vicieux du tri sélectif et de l’acculturation répressive au sein des HEI (forces de l’ordre, magistrature, armée). Cela implique :

  • L’intégration de protocoles psychométriques d’évaluation éliminant explicitement les candidats présentant des profils élevés de SDO-D et de triade noire lors des concours de recrutement policier et judiciaire.
  • La refonte intégrale des cursus de formation professionnelle initiale et continue, en y intégrant un entraînement intensif à la réduction des biais implicites et une valorisation institutionnelle concrète de la désescalade pacifique des conflits.
  • Le renforcement des contre-pouvoirs citoyens indépendants de surveillance et de sanction des violences policières, interdisant à l’appareil d’État de sanctuariser l’impunité de ses agents coercitifs.

Enfin, au niveau du développement psycho-éducatif, l’école doit devenir le sanctuaire de la promotion de l’empathie universelle et de la pensée critique. En initiant précocement les enfants à la coopération intergroupe par le biais d’ateliers pédagogiques favorisant les buts superordonnés (comme dans l’expérience pionnière de Muzafer Sherif), et en les vaccinant intellectuellement contre les illusions de la méritocratie individualiste naïve, nous pouvons élever des générations de citoyens immunisés contre l’illusion de la jungle, résolus à bâtir un ordre social affranchi de l’instinct de domination.

Références

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Citer cet article

memjavad (2026, septembre 5). Les études sur l’orientation de dominance sociale – Jim Sidanius et Felicia Pratto. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/experiments/etudes-orientation-dominance-sociale-sidanius-pratto/
memjavad. “Les études sur l’orientation de dominance sociale – Jim Sidanius et Felicia Pratto.” Base de données de psychologie en français, 5 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/experiments/etudes-orientation-dominance-sociale-sidanius-pratto/.
memjavad. “Les études sur l’orientation de dominance sociale – Jim Sidanius et Felicia Pratto.” Base de données de psychologie en français. septembre 5, 2026. https://fr.arabpsychology.com/experiments/etudes-orientation-dominance-sociale-sidanius-pratto/.