L’efficacité des études sur l’électroconvulsivothérapie – Ugo Cerletti et Lucio Bini

Analyse académique approfondie des études cliniques pionnières d’Ugo Cerletti et Lucio Bini sur l’efficacité de l’électroconvulsivothérapie en psychiatrie.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 16, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 16, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

L’avènement de l’électroconvulsivothérapie à la fin des années 1930 constitue l’une des ruptures épistémologiques et cliniques les plus fondamentales de la psychiatrie moderne. Conçue et mise en œuvre pour la première fois à Rome par le neurologue Ugo Cerletti et son collaborateur le psychiatre Lucio Bini, cette approche thérapeutique a radicalement transformé la prise en charge des affections psychiatriques majeures, jusqu’alors largement tributaires d’une structure asilaire marquée par l’impuissance thérapeutique. Loin de surgir de manière isolée, cette innovation s’inscrit dans un courant de recherches biologiques dites « somatiques » qui cherchaient frénétiquement à extraire la psychiatrie de son carcan purement nosographique et descriptif pour lui conférer une assise physiopathologique rigoureuse et reproductible.

La trajectoire scientifique de Cerletti et Bini se distingue par une articulation remarquable entre l’investigation neuropathologique fondamentale, l’expérimentation animale méthodique et une ingénierie biomédicale pionnière. En concevant le premier appareil spécifiquement étalonné pour délivrer un courant transcrânien capable d’induire une crise convulsive généralisée sans engager le pronostic vital du patient, le tandem romain a offert à la médecine une alternative technique sécurisée et mesurable face aux thérapeutiques chimiques convulsivantes de l’époque, dont le maniement demeurait périlleux et terrifiant. Cet article propose une exploration exhaustive de la genèse de l’électroconvulsivothérapie, de l’évaluation rigoureuse de son efficacité clinique à travers les décennies, de ses soubassements neurobiologiques et de son héritage persistant au sein des neurosciences contemporaines.

À travers une analyse détaillée des protocoles originaux de l’école de Rome, des séries cliniques princeps et des réévaluations contemporaines fondées sur les critères de la médecine basée sur des preuves, nous examinerons comment une intuition expérimentale née dans les abattoirs de Rome est devenue l’une des interventions les plus puissantes, les plus étudiées et paradoxalement les plus controversées de l’histoire de la médecine. Cette rétrospective critique permet de mesurer l’impact durable des travaux de Cerletti et Bini sur la compréhension des mécanismes de plasticité neuronale et sur le développement des thérapeutiques de neurostimulation actuelles.

1. Contexte historique et émergence de l’électroconvulsivothérapie à Rome

1.1 Le paysage psychiatrique des années 1930 et les thérapies somatiques

Au cours des années 1930, la psychiatrie européenne traverse une crise paradigmatique profonde. Les asiles d’aliénés sont surpeuplés d’individus atteints d’affections chroniques considérées comme incurables, notamment la démence précoce — théorisée par Emil Kraepelin et rebaptisée plus tard schizophrénie par Eugen Bleuler — ainsi que les formes catatoniques et les mélancolies stuporeuses. Les thérapeutiques disponibles sont alors dramatiquement limitées : l’isolement, les contentions physiques, l’hydrothérapie tiède ou prolongée, et une sédation pharmacologique grossière reposant principalement sur les bromures, le chloral et les premiers dérivés barbituriques à l’instar du véronal. Ces interventions ne visent qu’à contrôler l’agitation motrice ou à atténuer les paroxysmes anxieux, sans jamais modifier le cours évolutif sous-jacent de la pathologie mentale.

Face à cet échec institutionnel, les cliniques universitaires européennes deviennent le théâtre d’une révolution biologique. Le postulat selon lequel les maladies mentales relèvent d’altérations organiques cérébrales mesurables et modifiables incite les chercheurs à concevoir des interventions physiques drastiques, qualifiées ultérieurement de thérapies héroïques. La malariathérapie mise au point par Julius Wagner-Jauregg en 1917 pour traiter la paralysie générale liée à la neurosyphilis — récompensée par le prix Nobel en 1927 — fournit la preuve empirique qu’une perturbation somatique systémique majeure peut entraîner la régression de troubles psychiatriques sévères. Cette découverte catalyse l’exploration de nouvelles approches visant à modifier l’homéostasie cérébrale par des chocs biologiques contrôlés.

C’est au cœur de cette effervescence que la Clinique des maladies mentales et nerveuses de l’Université royale de Rome, située Viale dell’Università, acquiert une réputation d’excellence sous la direction du professeur Ugo Cerletti. Neurologue et histopathologiste réputé, formé auprès de sommités telles que Franz Nissl, Alois Alzheimer et Camillo Golgi, Cerletti possède une maîtrise méthodologique rigoureuse de l’architecture microstructurale du système nerveux central. À Rome, il s’entoure de collaborateurs talentueux, parmi lesquels émerge la figure du jeune médecin et assistant Lucio Bini. Bini combine une solide formation clinique en neurobiologie avec une curiosité singulière pour les applications de la physique et de l’électrotechnique naissante à la médecine. Leurs parcours croisés scellent l’alliance indispensable entre la précision anatomo-clinique et l’ingénierie physique requise pour transformer une théorie spéculative en un acte thérapeutique reproductible.

1.2 Les thérapies convulsivantes antérieures comme fondements théoriques

L’avènement de l’électroconvulsivothérapie ne saurait être dissocié des thérapies biologiques qui l’ont immédiatement précédée au cours de cette même décennie. En 1933, le psychiatre viennois Manfred Sakel introduit l’insulinothérapie, communément appelée cure de Sakel ou thérapie par coma insulinique. En administrant des doses massives d’insuline à des patients schizophrènes, Sakel déclenche des comas hypoglycémiques profonds, souvent accompagnés de myoclonies et de convulsions. L’interruption du coma par perfusion glucosée intraveineuse ou gavage gastrique est régulièrement suivie d’une amélioration frappante du contact affectif et d’une sédation spectaculaire des états psychotiques aigus. Néanmoins, la technique de Sakel s’avère extrêmement périlleuse : le taux de mortalité oscille entre 1 et 5 %, les comas prolongés irréversibles sont fréquents, et le protocole réclame une mobilisation continue de personnel soignant dédié.

Presque simultanément, le neuropsychiatre hongrois Ladislas von Meduna développe une hypothèse audacieuse fondée sur l’observation anatomo-clinique et statistique. Meduna formule l’existence d’un prétendu « antagonisme biologique » mutuel entre la schizophrénie et l’épilepsie. Observant que les patients épileptiques souffrent rarement de schizophrénie et que la survenue de crises comitiales spontanées chez des schizophrènes coïncide parfois avec une rémission temporaire de leur délire, Meduna postule qu’en déclenchant artificiellement des crises d’épilepsie généralisée, il est possible de « purger » le cerveau de ses altérations schizophréniques. Dès 1934, Meduna injecte par voie intramusculaire puis intraveineuse du camphre, puis un agent chimique soluble, le pentylènetétrazole, commercialisé sous le nom de Cardiazol ou Métrazol.

Si la méthode de Meduna confirme la valeur thérapeutique de la convulsion épileptiforme généralisée, son utilisation clinique révèle d’immenses écueils. L’injection intraveineuse de Cardiazol s’accompagne d’une latence d’action angoissante, s’étendant sur vingt à quarante-cinq secondes, durant laquelle le patient, pleinement conscient, éprouve une terreur indicible d’anéantissement et d’asphyxie imminente avant que l’accès convulsif ne se déclenche. De surcroît, le contrôle du seuil épileptogène par voie chimique est hautement aléatoire : des doses massives entraînent des états de mal convulsif réfractaires, tandis que des doses sous-liminaires induisent des états crépusculaires de panique motrice sans crise résolutive. Dès lors, la communauté médicale se met en quête d’une méthode physique d’induction qui soit immédiate, reproductible, mesurable et exempte de la terreur psychologique générée par les agents chimiques.

1.3 Les premiers postulats scientifiques d’Ugo Cerletti

Ugo Cerletti ne s’intéresse pas initialement à la thérapie convulsivante pour ses seules vertus psychiatriques pratiques, mais pour des considérations neuropathologiques et physiopathologiques fondamentales. Depuis ses travaux antérieurs menés à Gênes, il s’emploie à étudier expérimentalement l’épilepsie et ses répercussions sur la morphologie des neurones et de la glie. Il utilise le courant électrique comme agent inducteur chez l’animal dès le début des années 1930, afin de générer des accès comitiaux standardisés et de prélever ensuite les tissus cérébraux pour en examiner les altérations histologiques au microscope optique. Cerletti constate très tôt que les chocs électriques appliqués au crâne de chiens déclenchent des crises mimant parfaitement le grand mal épileptique sans provoquer les défaillances vasculaires systémiques observées avec les poisons convulsivants.

Face au retentissement des travaux de Meduna sur le Cardiazol, Cerletti opère une transposition intellectuelle majeure. Il fait l’hypothèse que l’électricité constitue le stimulus physique idéal : elle ne laisse aucun résidu toxique dans l’organisme, son action est instantanée, son intensité et sa durée peuvent être calibrées au millième de seconde près, et elle contourne la toxicité hépatique et rénale inhérente aux drogues injectées. Cerletti émet alors une hypothèse biologique originale : la convulsion n’est pas simplement une décharge bioélectrique anarchique, mais une réaction d’adaptation somatique extrême qui stimule des mécanismes vitaux d’auto-préservation au sein du système nerveux central.

Cette réflexion conduit Cerletti à conceptualiser l’électrochoc comme le vecteur d’une régulation neurobiologique profonde. Il postule que la crise convulsive contraint le tissu cérébral à libérer des substances humorales défensives de haute valeur réparatrice, substances qu’il baptisera ultérieurement les « acroagonines » (du grec acros, extrême, et agon, lutte). Ainsi, la thérapeutique électrique est d’emblée pensée par le maître de Rome non comme une cautérisation ou une destruction lésionnelle, mais comme une sollicitation neurohumorale massive destinée à réinitialiser les circuits neuronaux désorganisés par la psychose.

2. La phase expérimentale préclinique de Lucio Bini et le modèle animal

2.1 Les expérimentations préliminaires aux abattoirs de Rome

Avant d’envisager la moindre tentative chez l’être humain, Cerletti et Bini doivent surmonter un obstacle dogmatique majeur : l’opinion médicale quasi-unanime de l’époque considère que le passage direct d’un courant électrique à travers le crâne est invariablement mortel, en raison du risque suprême d’arrêt respiratoire irréversible ou de fibrillation ventriculaire d’origine réflexe. Les premières expérimentations menées au laboratoire de la clinique romaine sur des chiens confirment ce danger : lorsque les électrodes sont appliquées selon un axe bouche-anus ou tête-pattes, le courant traverse la cage thoracique et le myocarde, provoquant une létalité cardiaque élevée.

Conscient de cette impasse, Cerletti apprend fortuitement que les abattoirs municipaux de Rome (situés dans le quartier du Testaccio) utilisent une méthode électrique pour insensibiliser les porcs avant de les saigner. Accompagné de Lucio Bini et de leurs assistants Ferdinando Accornero et Lamberto Longhi, Cerletti se rend sur place pour observer minutieusement le processus. Ils découvrent que les ouvriers appliquent des pinces munies d’éponges imbibées d’eau salée directement sur les tempes des animaux, délivrant un courant alternatif du réseau urbain de l’ordre de 100 volts pendant quelques secondes. Les porcs ne meurent pas du choc électrique : ils perdent instantanément connaissance, présentent une crise d’épilepsie tonicoclonique typique, entrent dans un état de narcose post-critique complète, et la mort n’intervient que parce que les bouchers procèdent immédiatement à l’exsanguination.

Cette observation directe constitue la preuve empirique cruciale que le tandem attendait. Bini et Cerletti négocient l’autorisation d’effectuer des relevés biométriques précis sur place. Ils mesurent la résistance cutanée et tissulaire crânienne des animaux, calculent la densité de courant traversant les lobes cérébraux et surveillent la reprise respiratoire spontanée lorsque l’abattage n’est pas effectué. Les animaux soumis à cette stimulation transcrânienne bitemporale exclusive récupèrent leur état de veille normal en l’espace de quelques minutes sans la moindre séquelle fonctionnelle apparente. Bini conclut que l’innocuité cardiaque dépend exclusivement du trajet anatomique du flux électrique : tant que le vecteur vectoriel relie les deux régions temporales sans traverser l’axe cardio-pulmonaire, le danger de fibrillation myocardique directe est écarté.

2.2 Le développement du premier appareil électromédical par Lucio Bini

Fort de ces données animales rassurantes, Lucio Bini s’attelle à la construction du premier prototype d’appareil électroconvulsivateur dans les ateliers de la clinique romaine en 1938. Bini rejette les dispositifs rudimentaires et dangereux branchés directement sur le secteur électrique sans régulation fine. Il conçoit une machine intégrée, insérée dans un coffret de bois rigide, comprenant des composants de mesure électrotechnique de haute précision pour l’époque : un transformateur variable, un rhéostat à curseur pour doser finement la tension, un voltmètre à aiguille amortie et un ampèremètre thermique permettant de quantifier le courant débité.

Le saut qualitatif opéré par Bini repose sur deux innovations d’ingénierie indispensables à la sécurité du sujet :

  • Le chronomètre mécanique de précision : Bini intègre un relais temporisateur électromécanique capable de délivrer des impulsions électriques dont la durée est strictement fractionnée, paramétrable de 0,05 à 0,5 seconde. Cette limitation temporelle empêche tout échauffement thermique local du tissu cérébral par effet Joule.
  • Le circuit préalable de mesure d’impédance : L’appareil dispose d’un sous-circuit auxiliaire alimenté par une tension minime non convulsivante (quelques microampères sous 10 à 12 volts). Avant chaque délivrance de décharge thérapeutique, l’opérateur envoie ce micro-courant pour mesurer la résistance transcrânienne globale du patient. Si la résistance ohmique est trop élevée — souvent en raison d’un mauvais contact cutané —, l’appareil alerte le clinicien, évitant ainsi des brûlures épidermiques et assurant que la dose d’énergie délivrée sera adéquate.

Les paramètres sont initialement calibrés pour délivrer une onde sinusoïdale alternative standard de 50 Hertz, avec une tension réglable entre 70 et 120 volts. Les électrodes terminales consistent en deux disques métalliques montés sur une pince élastique en forme d’arceau, recouverts d’un bandage textile saturé de sérum physiologique hypertonique afin d’abaisser l’impédance cutanée à moins de 1000 ohms. Le dispositif de Bini, baptisé plus tard Apparecchio di Bini-Cerletti, pose les fondations matérielles universelles de l’électrophysiothérapie moderne.

2.3 L’analyse histologique post-expérimentale du tissu cérébral

Avant d’autoriser le moindre essai sur un patient humain, Cerletti, fidèle à sa discipline de neuropathologiste, exige une évaluation microscopique exhaustive du parenchyme cérébral chez l’animal. Des cohortes de chiens et de porcs sont soumises à des séries répétées de décharges électriques transcrâniennes, à des tensions volontairement supraliminaires excédant les seuils prévus pour l’homme, avec une périodicité quotidienne sur plusieurs semaines. Les animaux sont ensuite sacrifiés par fixation intravasculaire pour éviter les artéfacts autolytiques post-mortem.

Cerletti et ses assistants procèdent à des coupes sériées du cortex cérébral, de l’hippocampe, des noyaux gris centraux et du tronc cérébral, en utilisant les imprégnations argentiques de Golgi et de Cajal ainsi que la coloration de Nissl. L’examen minutieux ne révèle aucune lésion destructive irréversible : il n’y a ni nécrose neuronale en foyer, ni gliose cicatricielle expansive, ni micro-hémorragies pétéchiales diffuses. Les seuls remaniements observés aux doses thérapeutiques consistent en une congestion vasculaire transitoire et une turgescence astrocytaire réversible, caractéristiques d’une réponse œdémateuse bénigne comparable à celle observée après un exercice physique épuisant.

Ces constatations histologiques fournissent la validation anatomo-pathologique fondamentale qui manquait aux thérapeutiques physiques antérieures. Cerletti a désormais la certitude expérimentale que l’induction électrique de convulsions, à condition d’être strictement dosée dans le temps et en voltage, préserve l’intégrité cytoarchitectonique du tissu cérébral. La marge de sécurité thérapeutique apparaît considérablement plus large que celle du Cardiazol, qui induisait fréquemment des micro-infarctus cérébraux en raison des spasmes vasculaires violents et de l’hypoxie prolongée. Le protocole clinique pour le passage à l’homme est alors rédigé et soumis à l’approbation du corps médical de l’Institut universitaire de Rome.

3. La première application clinique humaine d’avril 1938 et ses résultats

3.1 Le cas princeps du patient Enrico X

L’opportunité de procéder au premier essai clinique se présente au début du printemps 1938. La police ferroviaire de Rome interpelle dans la gare de Termini un homme d’environ quarante ans, dépourvu de papiers d’identité, errant de manière incohérente sur les voies ferrées et montant dans les wagons sans destination précise. Confié aux services psychiatriques de la clinique universitaire de Rome pour observation légale, l’homme est admis sous le nom d’emprunt d’« Enrico X » — identifié par la suite comme étant Enrico Caviglioni, un ingénieur milanais de 39 ans.

L’observation clinique détaillée documente un tableau psychiatrique gravissime d’allure schizophrénique. Le patient se trouve dans un état d’hébétude catatonique entrecoupé de bouffées délirantes de persécution et de délires d’influence mystique et télépathique. Son discours est constitué d’un jargon néologique presque incompréhensible, marqué par un mutisme partiel, une stéréotypie gestuelle continue et un désintérêt affectif total vis-à-vis de son environnement. Les tentatives de contact verbal se heurtent à une hostilité réticente ou à des réponses impénétrables. Toutes les approches sédatives usuelles et les thérapies d’apaisement restent infructueuses sur ce tableau installé de longue date.

Sur la base de ces critères diagnostiques, le patient est considéré comme un candidat représentatif pour le protocole expérimental de l’équipe de Cerletti. Durant plusieurs jours, Enrico X fait l’objet d’un bilan somatique rigoureux : examen cardiologique complet, auscultation pleuro-pulmonaire, mesure répétée de la pression artérielle et examens sérologiques pour éliminer une éventuelle neurosyphilis. Son état somatique général étant jugé robuste, l’autorisation médicale interne est accordée pour procéder à la première induction électrique transcrânienne contrôlée.

3.2 Déroulement technique et clinique de la première séance

La date historique est fixée au 11 avril 1938 (ou selon certains comptes rendus aux premiers jours de mai 1938). L’expérience se déroule dans une salle de consultation de la Clinique des maladies nerveuses et mentales de Rome, en présence d’un cercle restreint composé de Cerletti, Bini, Accornero, Longhi et de quelques infirmiers qualifiés. Le patient Enrico X est étendu sur une table d’examen rigide en décubitus dorsal, les vêtements desserrés. Ses tempes sont soigneusement dégraissées à l’éther, puis deux compresses imbibées d’une solution de chlorure de sodium sont appliquées symétriquement de part et d’autre des régions temporales, maintenues par les électrodes métalliques montées sur l’arceau de Bini.

Bini procède à la mesure de la résistance transcrânienne, qui indique une valeur optimale avoisinant les 900 ohms. Adoptant une prudence maximale, l’équipe choisit délibérément une stimulation sous-liminaire pour cette première décharge : la tension est réglée à 80 volts et le chronomètre électromécanique calibré sur une durée extrêmement brève de 0,1 seconde. Cerletti actionne le commutateur. Le patient présente un soubresaut musculaire instantané du tronc, les yeux s’écarquillent, le corps se raidit une fraction de seconde, puis le relâchement s’installe. Le malade ne perd pas connaissance, ne développe pas de crise convulsive, respire normalement et esquisse un regard surpris. Aucune convulsion motrice n’ayant eu lieu, la décharge est jugée inefficace sur le plan de l’induction comitiale.

Après une brève concertation au cours de laquelle certains collaborateurs suggèrent de différer l’essai au lendemain de crainte d’un effet cumulatif imprévu, Cerletti décide de réitérer l’opération immédiatement en augmentant les paramètres physiques. La tension est portée à 110 volts et la durée du passage du courant fixée à 0,2 seconde. Dès la fermeture du circuit, la réponse est fulgurante : le patient subit une perte de connaissance immédiate sans le moindre cri de panique. Une phase tonique massive s’installe, caractérisée par une apnée complète, une flexion des membres supérieurs et une extension tétanique des membres inférieurs durant environ douze secondes. Elle est immédiatement relayée par une phase clonique violente et synchronisée, rythmée par des secousses bilatérales des quatre membres et des muscles faciaux durant environ quarante secondes, accompagnée d’une hypersalivation et d’une cyanose péri-buccale transitoire. La crise s’achève par un stertor respiratoire profond, marquant l’entrée dans le coma post-critique résolutif.

Au bout de quelques minutes, le patient ouvre les yeux, s’assoit lentement sur la table d’examen sans assistance et regarde les médecins d’un air calme et posé. Interrogé par Cerletti, Enrico X, qui était demeuré totalement mutique et inaccessible depuis son admission, répond de manière claire et articulée à plusieurs questions d’orientation élémentaire. Il déclare ne conserver aucun souvenir douloureux ni aucune angoisse de la procédure, exprimant simplement une vague impression de sommeil profond. La faisabilité de l’électroconvulsivothérapie humaine vient d’être inaugurée.

3.3 Conclusions immédiates et impact sur le protocole de recherche

Le succès technique et l’innocuité biologique immédiate de cette première séance provoquent un enthousiasme immense au sein de l’équipe romaine, tempéré toutefois par la rigueur scientifique inflexible imposée par Cerletti. Celui-ci refuse toute conclusion hâtive quant à la guérison miraculeuse du patient sur une seule intervention. Enrico X est inclus dans une série thérapeutique programmée, prévoyant l’administration de deux à trois séances hebdomadaires jusqu’à l’obtention d’une stabilisation clinique pérenne.

Au fil des séances successives — Enrico X en recevra au total une dizaine —, les soignants observent une transformation spectaculaire de son état mental. Le délire de persécution s’efface progressivement, les stéréotypies catatoniques régressent entièrement et le patient récupère une cohérence conceptuelle et émotionnelle adéquate. À la fin de la cure, le malade est capable de retracer son identité réelle, d’évoquer sa profession d’ingénieur, d’écrire des lettres structurées à sa famille et de participer activement à la vie collective du service. Il sera formellement libéré de la clinique romaine quelques mois plus tard, réinséré socialement et professionnellement dans la région de Milan, constituant le premier cas documenté de rémission schizophrénique majeure induite par l’électrochoc.

Le 28 mai 1938, Cerletti et Bini présentent officiellement les résultats de leurs travaux et la description technique de leur méthode devant la prestigieuse Académie royale de médecine de Rome (Reale Accademia Medica di Roma). La communication, intitulée sobrement « L’Elettroshock », fait sensation. Elle démontre sans équivoque la supériorité opérationnelle de la stimulation électrique sur les méthodes chimiques : absence de toxicité organique, disparition de la détresse psychologique préalable vécue avec le Cardiazol, précision instrumentale du stimulus et reproductibilité absolue de la crise comitiale thérapeutique.

4. Paramètres électrophysiologiques et standardisation des protocoles par Bini

4.1 La caractérisation de la dynamique du seuil convulsivant

Dès les premiers mois d’expérimentation clinique systématique, Lucio Bini comprend que l’électroconvulsivothérapie ne peut reposer sur une prescription empirique aveugle d’énergie électrique. L’équipe de Rome se focalise sur la dynamique fine du seuil convulsivant (ou seuil épileptogène), c’est-à-dire la quantité minimale d’énergie nécessaire pour franchir la barrière neuronale et déclencher une crise motrice auto-entretenue et généralisée à l’ensemble du cortex cérébral. Les études de Bini révèlent que ce seuil varie considérablement d’un individu à l’autre, sous l’influence de variables biomécaniques et constitutionnelles telles que :

  • L’épaisseur et la densité minérale de la boîte crânienne ;
  • Le degré d’hydratation tissulaire et la résistance cutanée du cuir chevelu ;
  • L’âge du sujet, le seuil s’élevant nettement chez les patients âgés en raison de modifications de l’excitabilité membranaire ;
  • Le sexe et la prise concomitante éventuelle d’agents sédatifs résiduels.

De surcroît, Bini met en évidence un phénomène neurophysiologique fondamental : au cours d’une même cure d’électrochocs, le seuil convulsif s’élève de manière quasi-linéaire au fil des séances successives. Pour induire une crise de durée équivalente à la septième séance qu’à la première, il devient souvent nécessaire d’augmenter la tension délivrée de 10 à 30 volts ou d’accroître la durée d’impulsion de quelques centièmes de seconde. L’équipe romaine démontre que si le stimulus délivré est sous-liminaire, il n’engendre qu’une décharge abortive ou une absence transitoire (« petit mal électrique »), dénuée de toute efficacité thérapeutique sur les symptômes psychiatriques, tout en risquant de désorganiser temporairement le rythme bioélectrique cérébral.

Bini et Cerletti insistent sur le fait que la durée de la crise motrice constitue le témoin biologique de l’efficacité de la décharge. En dessous d’une durée critique de vingt à vingt-cinq secondes de paroxysme tonicoclonique généralisé, l’effet thérapeutique sur la régulation de l’humeur et du délire n’est pas enclenché de manière optimale. La standardisation du protocole implique donc d’ajuster l’énergie au plus près du seuil individuel pour obtenir une convulsion clinique complète excédant trente secondes, tout en évitant les doses excessivement supraliminaires susceptibles d’accroître inutilement la confusion mentale post-critique.

4.2 L’optimisation du positionnement des électrodes

Le positionnement anatomique des électrodes sur la boîte crânienne représente l’un des objets d’investigation technique les plus rigoureux de Lucio Bini. Dans le montage original de 1938, l’arceau céphalique applique les deux disques métalliques de manière symétrique sur les régions temporales droite et gauche, précisément à mi-distance entre le canthus externe de l’œil et le tragus de l’oreille, un peu au-dessus de l’arcade zygomatique. Ce montage dit « bitemporal bilatéral » s’impose d’emblée comme la référence universelle de l’école romaine.

Ce choix stratégique répond à deux impératifs neurophysiologiques majeurs. D’une part, il permet de diriger le vecteur de densité de courant à travers les lobes frontaux et temporaux, ainsi que vers les structures limbiques et diencéphaliques sous-jacentes (notamment l’hippocampe, l’amygdale et l’hypothalamus), que Cerletti soupçonne d’être les véritables médiateurs de la régulation psychique. D’autre part, en maintenant un axe horizontal et antérieur strict, ce montage minimise la diffusion passive du courant vers la fosse postérieure et le bulbe rachidien, protégeant ainsi directement les centres végétatifs cardiorespiratoires vitaux contre une sidération électrique directe.

Pour assurer une interface électrique parfaite et prévenir toute brûlure cutanée superficielle, Bini affine méticuleusement la préparation locale. Il préconise l’élimination des sécrétions sébacées par friction alcoolisée ou éthérée, suivie de l’interposition de disques de flanelle ou d’éponges épaisses imbibées d’une solution saturée de chlorure de sodium (à 20 ou 30 %), ou plus tard de pâtes conductrices électrolytiques. Bini esquisse déjà dans ses notes cliniques l’intérêt théorique de montages fronto-temporaux ou asymétriques pour tenter de moduler la trajectoire du champ électrique, bien que le montage bitemporal symétrique demeure le gold standard incontesté de l’époque.

4.3 La cinétique des ondes électriques utilisées

L’appareil conçu par Bini en 1938 utilise le courant alternatif civil standard à onde sinusoïdale, oscillant à une fréquence de 50 Hz en Europe (60 Hz dans d’autres régions). Ce choix initial était dicté par des contraintes pratiques d’approvisionnement en composants électrotechniques et par la facilité de transformation du réseau électrique de distribution urbaine. Dans cette configuration, le courant inverse sa polarité cent fois par seconde, décrivant une sinusoïde continue durant les fractions de seconde sélectionnées par la minuterie.

Toutefois, sur le plan biophysique, Lucio Bini perçoit très tôt les limites et l’inefficience relative du courant sinusoïdal classique. Il souligne dans ses traités que la majeure partie de l’énergie délivrée par une onde sinusoïdale est purement « gaspillée » sur le plan de la dépolarisation membranaire. En effet, seule la phase ascendante rapide de l’onde électrique provoque l’ouverture des canaux sodiques voltage-dépendants des neurones nécessaires pour franchir le seuil d’excitation cellulaire ; le sommet arrondi de la sinusoïde et sa phase descendante ne font qu’injecter des millicoulombs supplémentaires dans le parenchyme cérébral sans accroître l’efficacité épileptogène, contribuant principalement à la dispersion thermique et aux perturbations métaboliques post-critiques.

Bini engage alors des réflexions pionnières sur la cinétique des ondes, suggérant que l’utilisation d’impulsions brèves rectangulaires ou interrompues permettrait d’abaisser considérablement l’énergie totale requise pour induire la convulsion. Il commence à mesurer la quantité d’électricité délivrée non plus simplement en volts bruts, mais en charge électrique cumulée (quantifiée en millicoulombs, $Q = I \times t$) et en travail énergétique (en Joules). Ces travaux théoriques de l’école de Rome préfigurent avec plusieurs décennies d’avance la transition technologique majeure vers les générateurs d’ondes pulsées ultra-brèves qui redéfiniront la sécurité cognitive de l’ECT dans la seconde moitié du vingtième siècle.

5. L’évaluation de l’efficacité clinique dans la schizophrénie selon Cerletti et Bini

5.1 Les résultats documentés sur les formes aiguës et catatoniques

Conformément aux théories d’origine de von Meduna, Cerletti et Bini orientent initialement leurs investigations thérapeutiques vers le traitement de la schizophrénie. Dès la publication de leurs premières cohortes de patients suivis à Rome entre 1938 et 1942, un schéma clinique net et reproductible se dégage. L’électroconvulsivothérapie démontre une efficacité remarquable, rapide et spectaculaire dans les formes aiguës de la maladie, et plus particulièrement dans le sous-type catatonique.

Les patients enfermés dans une stupeur catatonique profonde — caractérisée par un mutisme absolu, un refus alimentaire obstiné imposant l’alimentation entérale par sonde, une catalepsie avec flexibilité cireuse et une immobilité motrice totale — répondent de façon quasi-immédiate au traitement. Souvent dès la deuxième ou troisième séance d’électrochoc, la stupeur se lève : les malades recommencent à s’alimenter spontanément, reprennent contact avec le personnel soignant et verbalisent leurs pensées. De même, les états d’agitation catatonique furieuse, marqués par des accès de violence motrice incoercible mettant en jeu le pronostic vital par épuisement cardiovasculaire, sont jugulés avec une promptitude qu’aucun traitement pharmacologique de l’époque ne pouvait espérer atteindre.

Dans les bouffées psychotiques aiguës et les délires paranoïdes de début récent (évoluant depuis moins de six à douze mois), l’équipe de Cerletti rapporte des taux de rémission clinique complète ou d’amélioration très significative oscillant entre 50 et 70 %. Les hallucinations auditives et les idées délirantes de persécution s’estompent à mesure que progresse la cure, les patients développant une prise de distance critique vis-à-vis de leurs productions psychotiques antérieures. Ces résultats dépassent largement les taux de rémission spontanée historiquement documentés dans les asiles psychiatriques européens pour des populations cliniques comparables.

5.2 Les limites thérapeutiques observées dans les formes chroniques et hébéphréniques

Avec une intégrité intellectuelle saluée par leurs contemporains, Ugo Cerletti et Lucio Bini ne tardent pas à documenter avec précision les échecs et les limites intrinsèques de leur propre méthode face aux formes insidieuses et prolongées de la pathologie schizophrénique. L’évaluation systématique des cohortes de malades hospitalisés depuis de nombreuses années au sein du grand complexe asilaire de Santa Maria della Pietà à Rome révèle un pronostic beaucoup plus sombre.

Chez les patients présentant une hébéphrénie chronique installée, marquée par une dissociation idéique profonde, un émoussement affectif irréversible, une bizarrerie comportementale invétérée et un retrait social autistique, l’électrochoc ne procure le plus souvent que des sédations symptomatiques éphémères. Si les décharges convulsives parviennent à réduire temporairement l’agressivité impulsive ou l’angoisse psychotique floride, elles s’avèrent impuissantes à restaurer les facultés cognitives résiduelles ou à inverser le cours du déficit de l’accordance affective.

De plus, Cerletti souligne le risque substantiel de rechute précoce chez les schizophrènes chroniques une fois la série de séances interrompue. En l’absence de traitement d’entretien — dont la logistique était alors embryonnaire —, nombre de ces patients régressent vers leur état de désorganisation initiale dans les trois à six mois suivant la cure. Ces constats amènent l’école de Rome à tempérer les espoirs initiaux d’une éradication universelle de la schizophrénie : l’électroconvulsivothérapie se révèle être une thérapeutique symptomatique de haute puissance sur les paroxysmes délirants et affectifs aigus, mais non un remède causal capable de régénérer le substrat neuropsychique des états déficitaires terminaux.

5.3 La méthodologie d’évaluation des rémissions dans les publications de Rome

L’analyse des monographies et des articles publiés par Ugo Cerletti et Lucio Bini entre 1938 et la fin des années 1940 met en lumière une méthodologie d’évaluation clinique qui, bien que précurseure pour l’époque, doit être comprise dans le contexte historique précédant l’introduction des essais contrôlés randomisés en double aveugle. L’équipe de Rome développe des échelles de gradation descriptive empirique reposant sur quatre niveaux fondamentaux :

  • Rémission complète (ou guérison sociale) : Disparition totale des symptômes délirants et hallucinatoires, retour à une pleine lucidité critique, reprise de l’activité socioprofessionnelle antérieure sans déficit perceptible.
  • Amélioration substantielle : Atténuation majeure du délire et normalisation du comportement, permettant une sortie d’asile et un retour dans le milieu familial sous supervision bienveillante.
  • Amélioration partielle ou symptomatique : Apaisement de l’angoisse motrice et de l’agressivité, facilitant les soins d’hygiène et la vie asilaire, sans levée réelle de la dissociation psychotique.
  • Échec thérapeutique complet : Persistance inchangée du tableau clinique psychiatrique après une cure complète de douze à quinze convulsions.

Les publications de l’institut de Rome s’appuient sur un suivi longitudinal de plusieurs centaines de dossiers cliniques minutieusement archivés. Les investigateurs s’attachent à consigner la cinétique de reprise de poids somatique, la normalisation des cycles veille-sommeil et la réactivité émotionnelle lors d’entretiens structurés réguliers. Il convient cependant de souligner, avec le recul de l’épistémologie contemporaine, les biais inhérents à cette première vague d’études : évaluation menée en ouvert par les cliniciens mêmes qui administraient le traitement, absence de groupe contrôle traité par placebo ou convulsion simulée, et absence d’échelles psychométriques standardisées indépendantes, ces instruments n’ayant vu le jour que des décennies plus tard.

6. L’efficacité de la méthode dans les troubles de l’humeur et la mélancolie

6.1 La découverte fortuite de la sensibilité extrême des dépressions sévères

Bien que l’électroconvulsivothérapie ait été conceptuellement conçue pour réfuter et guérir la schizophrénie en vertu du paradigme convulsivant hérité de Meduna, les observations cliniques conduites à Rome débouchent rapidement sur une découverte fortuite qui va réorienter pour toujours le champ d’application de la technique : la sensibilité extraordinaire, presque immédiate, des états dépressifs majeurs et des mélancolies stuporeuses à la convulsion électrique.

Cerletti et Bini appliquent l’électrochoc à des patients présentant des tableaux cliniques étiquetés alors de « psychose maniaco-dépressive » (au sens de Kraepelin) ou de « mélancolie d’involution » survenant à la cinquantaine. Dès les premières administrations, les praticiens constatent une différence spectaculaire de réactivité par rapport aux troubles schizophréniques. Les symptômes cardinaux de la dépression psychotique s’effondrent avec une célérité inattendue : l’inhibition psychomotrice douloureuse cède, l’angoisse existentielle dévastatrice se dissout, et les idées délirantes de ruine, d’indignité, de culpabilité incurable ou de négation corporelle (syndrome de Cotard) disparaissent complètement.

Plus fondamentalement encore, Cerletti met en évidence l’effet anti-suicidaire d’urgence absolu procuré par l’électroconvulsivothérapie. Des malades hantés de manière obsédante par des pulsions d’autolyse violentes, nécessitant une contention physique continue de chaque instant pour préserver leur vie, recouvrent dès la troisième ou quatrième décharge un attachement vital et un apaisement émotionnel complet. Cette observation amène rapidement l’école de Rome, imitée par l’ensemble des psychiatres européens, à redéfinir la mélancolie stuporeuse et délirante comme l’indication reine et prioritaire de l’électrochoc, devançant son application historique dans la schizophrénie.

6.2 L’analyse comparative des taux de réponse clinique

Les données quantitatives cumulées par Lucio Bini et ses collaborateurs au début des années 1940 objectivent une supériorité statistique écrasante du traitement dans les troubles de l’humeur par rapport à toutes les alternatives thérapeutiques alors existantes. Alors que dans la schizophrénie globale le taux d’amélioration substantielle tourne autour de 50 à 60 %, les cohortes traitées pour dépression mélancolique affichent de façon constante des taux de réponse clinique et de rémission complète excédant les 80, voire 85 %.

Ces résultats bouleversent l’économie interne et le fonctionnement démographique des hôpitaux psychiatriques de l’époque :

  • La durée moyenne d’hospitalisation pour les accès mélancoliques, qui s’étendait auparavant sur de longs mois voire plusieurs années d’alitement mortifère, est réduite à une période de trois à six semaines.
  • La mortalité globale par dénutrition, escarres de décubitus, infections intercurrentes et surtout par suicide abouti s’effondre de manière drastique au sein des services d’admission psychiatrique.
  • Les études comparatives menées face aux cures prolongées de sommeil barbiturique (méthode de Dauerschlaf de Klaesi) démontrent la suprématie de l’ECT, tant en termes d’efficacité curative que d’innocuité somatique, les comas barbituriques entraînant une mortalité iatrogène toxique non négligeable.

Par ailleurs, Cerletti et Bini relèvent une différence fondamentale dans la pérennité du résultat thérapeutique. Contrairement aux schizophrènes chroniques dont les rémissions demeurent fragiles et soumises aux rechutes, les patients mélancoliques ayant répondu à une cure d’ECT consolident leur rémission sur le long terme de façon remarquablement stable, recouvrant intégralement leur personnalité prémorbide dès la fin de l’épisode dépressif aigu.

6.3 Le traitement des états maniaques aigus

L’autre versant des troubles de l’humeur, à savoir la manie aiguë délirante ou la fureur maniaque, fait également l’objet d’évaluations rigoureuses par Lucio Bini. La manie grave représente à l’époque une urgence vitale redoutable : l’agitation psychomotrice incessante, l’insomnie totale sur plusieurs jours consécutifs, la logorrhée incoercible et la déshydratation aiguë mènent fréquemment les patients à un état d’épuisement cardiovasculaire terminal connu sous le nom d’accès maniaque mortel de Bell.

Bini développe des schémas d’administration rapprochés spécifiquement adaptés au contrôle de l’hyperactivité maniaque débridée. Contrairement au rythme standard de deux à trois séances hebdomadaires réservé aux dépressions, Bini préconise dans la manie aiguë l’application d’électrochocs quotidiens, voire de deux séances au cours de la même journée durant les quarante-huit premières heures. Ce protocole intensif, qualifié plus tard d’électrochoc de désescalade, permet d’induire un état de sédation post-ictale profonde et d’interrompre instantanément le cercle vicieux de l’excitation motrice et de la fuite des idées.

Les résultats rapportés documentent une stabilisation rapide de la logorrhée expansive, une reprise immédiate de la prise alimentaire et une restauration du sommeil physiologique dès les premières séances. Une fois la phase critique d’épuisement physique neutralisée, le rythme des séances est espacé selon le schéma habituel afin de consolider l’euthymie. L’équipe de Rome établit ainsi que l’électroconvulsivothérapie constitue un régulateur bipolaire universel d’une polyvalence inégalée, capable de réprimer simultanément les deux pôles extrêmes et opposés du spectre thymique dérégulé.

7. Théories mécanistiques et neurobiologiques formulées par Ugo Cerletti

7.1 La doctrine de l’acroagonine et de la réaction d’urgence biologique

Obsédé par le désir de comprendre pourquoi et comment le passage d’un courant électrique transcrânien est capable de dissiper la folie, Ugo Cerletti formule une théorie biologique originale qui dominera la seconde moitié de sa carrière scientifique : la doctrine des acroagonines. Rejetant les explications purement psychologiques ou psychanalytiques de l’époque qui voyaient dans l’électrochoc une punition corporelle culpabilisante ou une reviviscence symbolique de la mort et de la renaissance, Cerletti cherche une réponse strictement humorale et biochimique.

Cerletti fait l’hypothèse que la convulsion comitiale généralisée confronte temporairement le parenchyme cérébral à un état métabolique extrême, voisin des limites de la viabilité biologique (anoxie relative transitoire, consommation maximale d’adénosine triphosphate, dépolarisation neuronale globale). Selon sa vision, pour échapper à cette agonie cellulaire apparente, le cerveau réagit en synthétisant instantanément et massivement des substances endogènes de haute valeur vitale destinées à défendre l’intégrité du tissu nerveux contre l’anéantissement. Ces molécules de la lutte ultime sont baptisées acroagonines.

Pour démontrer expérimentalement cette théorie, Cerletti met en place des protocoles audacieux : il soumet des porcs à des séries d’électrochocs répétés, extrait immédiatement leurs cerveaux après la convulsion, prépare des suspensions et des émulsions broyées de ce tissu cérébral « électrochoqué », puis injecte ces extraits par voie parentérale à des patients psychiatriques n’ayant jamais reçu d’électricité directe. Cerletti rapporte des améliorations cliniques notables chez certains sujets ainsi traités, affirmant que les principes thérapeutiques curatifs de l’ECT sont des substances chimiques stables véhiculées par voie humorale. Bien que la nature biochimique exacte des acroagonines n’ait pu être isolée à son époque, cette conception visionnaire anticipe de façon saisissante la découverte moderne des facteurs de libération neurotrophiques et des neuropeptides de protection cérébrale induits par la crise épileptique.

7.2 Les modifications végétatives et neuroendocriniennes induites

Outre l’hypothèse des acroagonines, les travaux de l’école de Rome portent une attention soutenue aux remaniements végétatifs et endocriniens observables chez les patients soumis à l’électroconvulsivothérapie. Bini et Cerletti identifient que la décharge électrique ne se limite pas à un événement cortical périphérique, mais qu’elle recrute puissamment l’étage sous-cortical diencéphalique, et plus singulièrement les centres régulateurs hypothalamiques.

Durant et immédiatement après la crise comitiale, les auteurs décrivent une tempête autonome caractérisée par une décharge massive du système nerveux sympathique (tachycardie, poussée hypertensive transitoire, mydriase bilatérale, hyperglycémie de stress), immédiatement relayée par un rebond parasympathique marqué par une hypersécrétion salivaire, une bradycardie post-critique et une vasodilatation périphérique. Cette stimulation profonde des structures végétatives profondes entraîne une régulation progressive des fonctions physiologiques de base qui sont systématiquement déréglées dans la dépression mélancolique et la stupeur catatonique.

Cerletti corrèle particulièrement l’efficacité thérapeutique avec la restauration du fonctionnement neuroendocrinien hypothalamo-hypophysaire. Il documente avec une précision minutieuse la reprise de l’appétit, la réactivation des sécrétions digestives et surtout une prise de poids somatique rapide et constante chez les patients en phase de rémission. L’école italienne relève que l’apparition d’un gain pondéral stable de plusieurs kilogrammes au cours des deux premières semaines de traitement constitue le marqueur pronostique le plus fiable d’une sortie pérenne de l’épisode mélancolique, signifiant la reprogrammation biologique des centres diencéphaliques de l’homéostasie vitale.

7.3 Les remaniements de l’électrogénèse cérébrale

L’essor de l’électroencéphalographie clinique (EEG), développée par Hans Berger à la fin des années 1920, fournit à Cerletti et Bini un outil d’objectivation physique inestimable pour observer les traces neurophysiologiques laissées par l’électrochoc au sein de l’écorce cérébrale. L’équipe romaine est parmi les premières au monde à enregistrer des tracés EEG longitudinaux avant, pendant et après chaque séance de convulsion thérapeutique.

Ces enregistrements révèlent des altérations électrogénétiques séquentielles hautement stéréotypées :

  • Dans la phase post-critique immédiate, les tracés démontrent un aplatissement complet de l’activité électrique, suivi de l’émergence d’une activité lente continue de grande amplitude, constituée d’ondes delta (1 à 3 Hz) et thêta diffuses, symétriques sur les deux hémisphères.
  • À mesure que les séances se succèdent, ce ralentissement bioélectrique de base persiste au-delà des crises, formant un rythme lent résiduel continu sur l’ensemble du scalp.
  • Après l’arrêt complet de la cure, les ondes lentes régressent progressivement sur une période de quelques semaines pour céder la place à une réorganisation parfaite du rythme alpha physiologique de repos (8 à 12 Hz), souvent plus ample et mieux synchronisé que sur les tracés prémorbides désorganisés par l’anxiété ou le délire.

Cerletti et Bini interprètent ce ralentissement transitoire post-ictal non comme une lésion destructrice, mais comme un état fonctionnel de « repos cortical thérapeutique » imposé aux réseaux de neurones. Selon cette vision dynamique, la décharge épileptique massive brise les circuits de rétroaction pathologique et les foyers de réverbération synaptique entretenus par le délire ou l’angoisse obsessionnelle, permettant à l’électrogénèse cérébrale de se reconstruire sur un mode physiologique réinitialisé.

8. Analyse critique de la tolérance, des complications et des effets secondaires

8.1 Les perturbations cognitives et mnésiques immédiates et différées

Dès leurs premières séries de publications, Ugo Cerletti et Lucio Bini abordent avec transparence la question des altérations cognitives induites par l’électroconvulsivothérapie, effet secondaire cardinal qui alimentera les débats médicaux et éthiques tout au long de l’histoire de la technique. Les auteurs décrivent avec minutie la phase de confusion mentale post-critique immédiate, au cours de laquelle le patient présente une désorientation temporo-spatiale fluctuante, une hébétude attentionnelle et une lenteur idéique durant vingt à quarante minutes suivant le réveil comateux.

Plus complexe est la question des déficits mnésiques, que Bini catégorise avec une rigueur sémiologique exemplaire. Il individualise :

  • Une amnésie rétrograde variable, portant sur les événements survenus dans les heures ou les jours précédant immédiatement le choc électrique, englobant de façon constante l’oubli complet de la procédure elle-même, ce qui évite au sujet tout traumatisme psychologique lié à l’intervention ;
  • Une amnésie antérograde transitoire, se manifestant au fur et à mesure de l’accumulation des séances par une difficulté d’apprentissage de nouvelles informations et une labilité de la mémoire de fixation à court terme.

Un vif débat théorique émerge alors au sein de l’école de Rome. Certains cliniciens émettent l’hypothèse provocatrice que l’amnésie pourrait être le moteur même de la guérison psychiatrique, le patient « oubliant » son délire ou ses motifs de tristesse mélancolique. Cerletti s’oppose formellement à cette interprétation réductionniste, démontrant que les patients guéris de leur dépression récupèrent la totalité de leurs compétences mnésiques et intellectuelles quelques semaines après l’arrêt de la cure, sans que les idées délirantes ne réapparaissent pour autant. Des évaluations psychométriques rudimentaires menées à la clinique de Rome confirment le caractère strictement réversible de ces atteintes mnésiques chez l’immense majorité des sujets traités.

8.2 Les complications ostéoarticulaires de l’époque non modifiée

Le tribut physique le plus lourd payé par les patients au cours de la première décennie d’utilisation de l’électrochoc découle de son application dite « non modifiée », c’est-à-dire délivrée sur un sujet vigile, sans anesthésie générale préalable et sans relaxation pharmacologique des muscles squelettiques. Lors de la phase tonique initiale, la contraction tétanique simultanée et ultra-puissante de l’ensemble des groupes musculaires de l’organisme exerce des contraintes biomécaniques titanesques sur la charpente osseuse et articulaire.

La complication la plus redoutable et la plus fréquente de cette ère initiale réside dans les tassements et fractures vertébrales, localisés électivement au niveau du rachis dorsal moyen (entre les vertèbres D4 et D8). Les études radiologiques rétrospectives systématiques menées à la suite des travaux de Rome révèlent une incidence sous-estimée de micro-tassements trabéculaires du corps vertébral pouvant atteindre 10 à 30 % des patients traités de manière non protégée, bien que ces fractures demeurent le plus souvent bénignes sur le plan neurologique et asymptomatiques à long terme. Des luxations articulaires, principalement scapulo-humérales (épaules) et temporo-mandibulaires (mâchoires), ainsi que des fractures des cols fémoraux sont occasionnellement déplorées lors de mouvements cloniques non synchronisés.

Consciente de ce péril physique, l’équipe de Cerletti élabore des protocoles de contention manuelle rigoureux pour amortir l’impact de la décharge motrice. Les infirmiers sont formés à maintenir fermement les articulations des épaules et des hanches du patient sur un plan de couchage dur mais capitonné, la colonne vertébrale étant positionnée en hyper-extension modérée par un coussin placé sous la courbure dorsale pour prévenir l’écrasement des plateaux vertébraux antérieurs. Un bouchon buccal semi-rigide en caoutchouc est systématiquement introduit entre les arcades dentaires pour prévenir les morsures sévères de la langue et les fractures dentaires. Ces mesures palliatives atténuent les risques sans toutefois éliminer totalement l’aléa orthopédique intrinsèque à la convulsion non modifiée.

8.3 La sécurité cardiovasculaire et la mortalité globale

En dépit de la violence spectaculaire du paroxysme convulsif moteur, les données épidémiologiques et cliniques publiées par Ugo Cerletti et Lucio Bini établissent d’emblée la sécurité somatique globale impressionnante de l’électrochoc comparativement aux méthodes d’induction biologique concurrentes. L’analyse statistique des milliers de séances conduites sous l’égide de la clinique romaine entre 1938 et 1945 démontre un taux de mortalité opératoire direct inférieur à 1 pour 10 000 séances, un chiffre exceptionnellement bas pour la médecine des années 1930.

Sur le plan cardiovasculaire, Bini documente l’existence d’une asystolie ou d’un arrêt sinusal transitoire survenant immédiatement après la coupure du courant électrique, durant une fraction de seconde à quelques secondes, consécutif à l’hypertonie vagale centrale. Cet arrêt fugace est invariablement relayé par une reprise vigoureuse du rythme cardiaque sous forme d’une tachycardie sinusale réactionnelle puissante. Les complications rythmiques fatales demeurent rarissimes, survenant presque exclusivement chez des patients porteurs de cardiopathies coronariennes ischémiques méconnues ou d’anévrysmes de l’aorte thoracique vulnérables aux poussées hypertensives d’effort.

Cette marge de sécurité permet à Cerletti de dresser un parallèle saisissant avec les statistiques de l’époque concernant la cure de Sakel et le Cardiazol :

  • L’insulinothérapie de Sakel présentait une mortalité reconnue de 1 à 2 %, imputable à l’œdème cérébral irréversible et aux défaillances métaboliques systémiques.
  • Le Cardiazol de Meduna provoquait des collapsus vasculaires aigus, des états de mal convulsif incontrôlables et un épuisement vital bien supérieur.

L’école de Rome dégage de cette expérience les premières contre-indications absolues à l’administration de l’ECT : l’infarctus du myocarde récent, l’hypertension intracrânienne avec risque d’engagement cérébral et les anévrysmes vasculaires majeurs.

9. Diffusion internationale et réplication empirique des travaux de l’école de Rome

9.1 L’introduction précoce de la technique en France et en Europe occidentale

Dès la seconde moitié de l’année 1938 et tout au long de l’année 1939, la nouvelle de la découverte romaine se propage avec une rapidité fulgurante au sein de la communauté neuropsychiatrique internationale, en dépit du contexte géopolitique troublé à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Ugo Cerletti et Lucio Bini multiplient les démonstrations cliniques et les conférences à travers l’Europe pour diffuser les plans de leur appareil et exposer leur protocole méthodologique.

En France, l’accueil de la méthode est particulièrement précoce et enthousiaste. Des aliénistes et neurologues renommés, à l’instar de Paul Delmas-Marsalet à Bordeaux ou de Georges Daumézon et Jean Delay à Paris, adoptent la technique dès 1939-1940. Delmas-Marsalet conçoit rapidement son propre modèle d’électroconvulsivateur artisanal, tandis que Delay, au centre psychiatrique Sainte-Anne, valide rigoureusement les conclusions de Cerletti sur la mélancolie et commence à explorer les modifications électroencéphalographiques induites par la méthode. Les comptes rendus publiés dans les Annales Médico-Psychologiques confirment point par point l’efficacité spectaculaire sur les dépressions stuporeuses et la catatonie.

Simultanément, des cliniques en Suisse (notamment sous l’impulsion de Max Müller), en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas reproduisent les résultats de Rome avec une fidélité méthodologique absolue. L’industrie biomédicale naissante s’empare des plans techniques de Bini pour fabriquer à grande échelle les premiers appareils commerciaux standardisés, permettant une diffusion démocratique du traitement hors des cercles universitaires d’élite, au bénéfice immédiat de milliers de malades internés au fond des asiles provinciaux européens.

9.2 Lothar Kalinowsky et l’exportation du modèle aux États-Unis

L’exportation et l’expansion massive de l’électroconvulsivothérapie sur le continent américain sont indissociables de la trajectoire d’un collaborateur direct d’Ugo Cerletti : le neurologue et psychiatre d’origine allemande Lothar Kalinowsky. Ayant fui le régime nazi pour trouver refuge à la clinique de Rome, Kalinowsky assiste personnellement aux premières expériences précliniques et aux applications humaines de 1938 aux côtés de Cerletti et Bini.

Face à la montée des tensions en Italie fasciste et à l’adoption des lois raciales, Kalinowsky émigre en 1939 vers la Grande-Bretagne puis s’installe définitivement à New York en 1940. Attaché au New York State Psychiatric Institute et à l’Université Columbia, Kalinowsky introduit la méthode de Rome dans le monde anglo-saxon. En février 1940, il réalise la première démonstration officielle de l’électrochoc aux États-Unis, utilisant un appareil fidèlement répliqué d’après les instructions précises transmises par Lucio Bini.

L’impact de Kalinowsky sur la psychiatrie américaine est colossal. Il publie une série d’articles fondateurs documentant la remarquable efficacité du traitement sur de vastes cohortes institutionnelles dans les grands hôpitaux d’État new-yorkais (tels que Pilgrim State Hospital). Kalinowsky cosigne ultérieurement des traités de référence universels sur les thérapies de choc somatiques, servant de garant scientifique et de promoteur infatigable de la rigueur de l’école de Rome à travers tout le continent américain durant les décennies 1940 et 1950.

9.3 La comparaison des données d’efficacité entre centres internationaux

À partir du milieu des années 1940, l’accumulation de séries cliniques indépendantes issues d’institutions hospitalières réparties sur l’ensemble des continents permet d’établir les premières synthèses métrologiques globales de la psychiatrie biologique. Ces données d’efficacité font ressortir une constance et une reproductibilité statistique remarquables, transcendant les frontières géographiques et les particularismes nosographiques locaux.

Partout où l’électroconvulsivothérapie est administrée selon les paramètres électrophysiologiques formalisés par Bini, les taux de succès convergent :

  • Dans la mélancolie délirante et la psychose maniaco-dépressive, les taux de rémission complète ou substantielle s’établissent uniformément entre 80 et 90 % dans les séries américaines, britanniques, françaises et scandinaves.
  • Dans les formes aiguës et catatoniques de la schizophrénie, les taux d’interruption du paroxysme se stabilisent autour de 60 à 70 %.
  • Dans la manie aiguë, l’efficacité sédative et résolutive dépasse régulièrement 75 %.

Ces revues systématiques pionnières confirment de manière empirique incontestable que l’électrochoc surpasse en efficacité brute, en rapidité d’action et en sécurité opératoire l’intégralité des méthodes physiques et chimiques antérieures. L’Organisation mondiale de la Santé et les principales sociétés savantes de neuropsychiatrie consacrent formellement l’ECT comme le traitement de référence absolue des dépressions psychotiques sévères et des urgences catatoniques, parachevant le triomphe académique de l’intuition de Cerletti et Bini.

10. Évolution vers l’ECT modifiée et raffinements techniques post-Bini

10.1 L’adjonction de la curarisation et de l’anesthésie générale

En dépit de son efficacité clinique irréfutable, l’électrochoc de la première génération souffre d’un handicap majeur : la violence physique de la convulsion musculaire motrice et l’appréhension psychologique liée au souvenir des contractions par le patient avant la perte de connaissance. La métamorphose de la technique vers ce que l’on nomme l’« ECT modifiée » constitue l’avancée décisive qui élève la procédure au rang d’acte médico-chirurgical moderne hautement sécurisé.

Dès 1940, le médecin américain Abram Elting Bennett introduit l’utilisation pré-procédurale du curare naturel (l’extrait de d-tubocurarine) pour neutraliser le risque de fractures et de traumatismes osseux. Le curare agit en bloquant de façon réversible la transmission synaptique au niveau des récepteurs nicotiniques de la plaque motrice neuromusculaire : le cerveau subit la crise comitiale thérapeutique complète sans que celle-ci ne puisse se propager aux muscles périphériques squelettiques. Toutefois, le maniement délicat de la d-tubocurarine et le risque de paralysie respiratoire résiduelle prolongée freinent sa diffusion générale.

La révolution définitive intervient au début des années 1950 avec l’avènement simultané de deux innovations pharmacologiques d’anesthésiologie :

  • La découverte du suxaméthonium (succinylcholine), un myorelaxant dépolarisant à action ultra-courte, dont la dégradation enzymatique rapide assure une paralysie musculaire totale et parfaitement réversible en l’espace de trois à cinq minutes ;
  • L’utilisation de barbituriques d’anesthésie générale intraveineuse d’action ultra-courte (notamment le thiopental, puis ultérieurement le méthohexital ou le propofol).

Désormais, l’acte d’ECT modifiée s’effectue sous sédation générale complète, en présence continue d’un médecin anesthésiste-réanimateur, avec ventilation artificielle contrôlée au masque à oxygène pur à 100 %. La terreur psychologique préalable et le risque de complications ostéoarticulaires sont définitivement et intégralement éradiqués de la pratique contemporaine.

10.2 L’apport de la stimulation unilatérale non dominante

Si la curarisation résout intégralement l’aléa squelettique, l’attention des chercheurs se focalise dès lors sur la réduction des effets secondaires cognitifs résiduels, au premier rang desquels figurent l’amnésie rétrograde et la désorientation post-ictale inhérentes au montage bitemporal symétrique originellement conçu par Bini. Dans les années 1950 et 1960, les travaux de pionniers tels que Theseus Friedman et Derek Lancaster démontrent qu’il n’est pas impératif de stimuler symétriquement les deux hémisphères cérébraux pour déclencher une convulsion thérapeutique généralisée bilatérale.

Ils introduisent le montage dit « unilatéral non dominant » (le plus souvent unilatéral droit chez les sujets droitiers), où les deux électrodes de stimulation sont appliquées sur la même face latérale du crâne, généralement sur l’hémisphère droit. Cette géométrie d’application vectorielle permet de diriger l’essentiel de la densité du champ électrique à travers le cortex non dominant pour les fonctions linguistiques, épargnant ainsi de manière substantielle l’hémisphère gauche où siègent les structures majeures du langage et de la mémoire sémantique verbale (hippocampe gauche, lobe temporal dominant).

Les essais cliniques comparatifs ultérieurs confirment que le montage unilatéral droit, sous réserve d’utiliser une énergie supraliminaire adéquate (cinq à six fois le seuil convulsivant), procure une efficacité antidépressive rigoureusement superposable à celle du montage bitemporal de Cerletti, tout en réduisant de façon spectaculaire les plaintes mnésiques post-opératoires et en raccourcissant le délai de récupération de la lucidité après le réveil anesthésique.

10.3 La transition définitive vers le courant à impulsions ultra-brèves

Le raffinement ultime apporté à l’héritage électrotechnique de Lucio Bini réside dans l’abandon mondial progressif de l’onde sinusoïdale alternative de 50 Hz au profit de courants à impulsions rectangulaires brèves (brief pulse) et ultra-brèves (ultrabrief pulse). Cette évolution parachève la réflexion théorique initiée par Bini lui-même sur le gaspillage énergétique de l’onde continue.

Les générateurs informatisés contemporains (tels que les appareils Thymatron ou MECTA) ne délivrent plus une onde sinusoïdale fluide, mais un train d’ondes rectangulaires unidirectionnelles ou bidirectionnelles dont la largeur d’impulsion est calibrée entre 0,25 et 1 milliseconde (voire moins de 0,3 ms pour les impulsions ultra-brèves). Cette cinétique permet de cibler avec une exactitude physique parfaite la constante de temps de dépolarisation de la membrane des neurones cérébraux (chronaxie membranaire), induisant la crise épileptogène avec une dépense énergétique totale (en millicoulombs et en Joules) divisée par un facteur de trois à cinq par rapport aux appareils historiques de Rome.

Cette économie drastique d’énergie injectée dans le tissu cérébral minimise considérablement la dispersion thermique parenchymateuse et la désynchronisation métabolique globale. Il en résulte une préservation cognitive incomparablement supérieure : les perturbations mnésiques et les épisodes confusionnels post-procéduraux sont réduits à leur expression minimale, permettant à l’ECT moderne d’être administrée avec un niveau de tolérance et de sécurité cérébrale que les concepteurs de 1938 ne pouvaient qu’espérer théoriquement.

11. Controverses sociétales, antipsychiatrie et réévaluation pharmacologique

11.1 L’avènement de la psychopharmacologie dans les années 1950

Le milieu des années 1950 marque un tournant sismique dans l’histoire de la psychiatrie avec la découverte fortuite des premiers psychotropes de synthèse. En 1952, Jean Delay et Pierre Deniker mettent en évidence les propriétés neuroleptiques de la chlorpromazine (Largactil), suivie peu après par la découverte des premiers antidépresseurs modernes : l’iproniazide (inhibiteur de la monoamine oxydase) et l’imipramine (antidépresseur tricyclique découvert par Roland Kuhn en 1957). L’apparition de comprimés simples d’administration, peu onéreux et capables d’apaiser le délire ou de stimuler l’humeur sans nécessiter d’induction convulsive, modifie radicalement les pratiques institutionnelles.

Une euphorie pharmacologique s’empare de la psychiatrie : nombreux sont les cliniciens qui prophétisent alors la disparition pure et simple de l’électroconvulsivothérapie, reléguée au rang de curiosité historique d’une époque primitive. L’usage de l’ECT connaît de fait un déclin significatif dans les années 1960 et 1970, son indication étant massivement supplantée en première intention par les cocktails médicamenteux de la nouvelle industrie pharmaceutique.

Cependant, l’épreuve des décennies révèle rapidement les limites intrinsèques de la révolution pharmacologique. Une proportion substantielle de patients souffrant de dépressions sévères (environ 30 %) présente une résistance avérée à plusieurs lignes d’antidépresseurs bien conduits (dépressions pharmacorésistantes). De surcroît, le délai d’action des molécules orales (deux à quatre semaines au minimum) s’avère incompatible avec l’urgence vitale des états suicidaires immédiats ou des catatonies déshydratantes. Les essais comparatifs directs menés dès les années 1960 et confirmés par les grandes méta-analyses contemporaines démontrent que l’ECT conserve une supériorité d’efficacité brute et une rapidité de rémission qu’aucune molécule chimique n’est jamais parvenue à égaler, repositionnant la méthode comme la stratégie suprême de recours et d’urgence.

11.2 Les attaques du mouvement de l’antipsychiatrie et la perception publique

Parallèlement au déploiement de la pharmacologie, l’électroconvulsivothérapie devient, à partir de la fin des années 1960, la cible privilégiée du mouvement international de l’antipsychiatrie porté par des figures telles que Thomas Szasz, Ronald Laing, David Cooper et Franco Basaglia en Italie. Les contestataires n’attaquent pas seulement l’efficacité empirique du traitement, mais dénoncent la psychiatrie asilaire institutionnelle comme un instrument d’oppression sociopolitique et de contrôle social des déviances comportementales.

L’électrochoc est alors érigé en symbole par excellence de la violence psychiatrique coercitive. On lui reproche d’avoir été utilisé, dans certains asiles dégradés et surpeuplés, à des fins disciplinaires ou répressives pour soumettre des patients agités, au mépris des indications purement nosographiques et du cadre éthique rigoureux initialement fixés par Ugo Cerletti. Cette image punitive et déshumanisante est massivement amplifiée par la culture populaire, la littérature et le cinéma, dont l’incarnation la plus marquante demeure l’adaptation cinématographique du roman de Ken Kesey, Vol au-dessus d’un nid de coucou (Miloš Forman, 1975), qui immortalise une représentation terrifiante, déformée et non modifiée de la procédure, gravée de façon indélébile dans l’inconscient collectif.

La stigmatisation sociétale qui en découle entraîne de violentes réactions politiques et législatives. Dans plusieurs pays et juridictions (notamment en Italie avec la loi Basaglia de 1978 fermant les hôpitaux psychiatriques, ou dans certains États américains comme la Californie), la pratique de l’ECT est sévèrement restreinte, voire temporairement bannie, privant transitoirement de nombreux patients mélancoliques d’une thérapeutique salvatrice sous la pression d’un militantisme idéologique déconnecté des réalités cliniques.

11.3 La résilience de la méthode fondée sur les preuves empiriques

Face à cette tempête sociopolitique sans précédent, la communauté médicale réagit en appliquant à l’électroconvulsivothérapie les critères d’évaluation méthodologique les plus draconiens de la jeune médecine fondée sur les preuves (Evidence-Based Medicine). Entre la fin des années 1970 et les années 1990, plusieurs pays, au premier rang desquels la Grande-Bretagne avec les célèbres essais multicentriques du Medical Research Council (MRC), mettent en place des protocoles d’évaluation contrôlés contre électrochoc simulé (sham ECT).

Dans ces essais en double aveugle rigoureux, tous les patients sont anesthésiés et curarisés de façon identique, les électrodes sont positionnées sur le crâne, mais le courant électrique n’est envoyé que dans le groupe actif, le groupe contrôle ne recevant aucune décharge. Les résultats de ces études publiées dans The Lancet et le British Journal of Psychiatry apportent la démonstration scientifique irréfutable de la réalité de l’action biologique du traitement : le taux de rémission dans le groupe recevant la convulsion réelle dépasse les 70 à 80 %, alors qu’il s’effondre à moins de 25 à 30 % dans le groupe sham ECT (effet placebo anesthésique). La crise convulsive généralisée s’impose sans équivoque comme le médiateur causal obligatoire du bénéfice psychiatrique.

Ces preuves scientifiques indiscutables conduisent les agences sanitaires les plus strictes au monde — notamment l’American Psychiatric Association (APA) et le National Institute for Health and Care Excellence (NICE) britannique — à promulguer des lignes directrices claires réaffirmant l’ECT comme le traitement de choix des dépressions sévères avec caractéristiques psychotiques, des mélancolies résistantes et de la catatonie. La renaissance contemporaine de la technique repose sur des cadres réglementaires stricts, imposant un consentement éclairé formalisé et une traçabilité anesthésique exemplaire, réhabilitant pleinement l’héritage novateur d’Ugo Cerletti et Lucio Bini.

12. L’héritage scientifique d’Ugo Cerletti et Lucio Bini dans la psychiatrie contemporaine

12.1 La relecture moderne des mécanismes neurobiologiques de Cerletti

L’exploration des soubassements neurobiologiques de l’électroconvulsivothérapie à l’aune des technologies actuelles de neuro-imagerie fonctionnelle et de biologie moléculaire offre une résonance spectaculaire aux intuitions conceptuelles formulées par Ugo Cerletti au milieu du vingtième siècle. La doctrine romanesque mais visionnaire de l’« acroagonine » trouve aujourd’hui sa traduction scientifique exacte dans les cascades biochimiques de la neuroplasticité cérébrale.

Les recherches modernes ont démontré que la crise convulsive déclenche une libération massive et immédiate de facteurs neurotrophiques centraux, au tout premier rang desquels le facteur neurotrophique dérivé du cerveau ou BDNF (Brain-Derived Neurotrophic Factor), ainsi que du facteur de croissance de l’endothélium vasculaire (VEGF). L’ECT stimule puissamment la neurogenèse hippocampique au sein du gyrus denté et favorise la synaptogenèse arborescente, contrecarrant directement l’atrophie dendritique et la toxicité cellulaire induites par l’imprégnation prolongée d’hypercortisolémie liée au stress dépressif majeur.

Parallèlement, les études d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) démontrent que l’ECT opère une véritable réinitialisation de la connectivité fonctionnelle globale du système nerveux central. Le traitement normalise l’hyper-connectivité pathologique caractérisant le réseau du mode par défaut (Default Mode Network, DMN), réseau impliqué dans les ruminations intérieures dépressives et l’auto-dépréciation stérile du mélancolique. La convulsion de Cerletti se révèle être un inducteur physique maximal d’expression génique réparatrice et un modulateur fondamental des récepteurs sérotoninergiques, dopaminergiques et glutamatergiques du cerveau humain.

12.2 L’influence sur les nouvelles thérapeutiques de neurostimulation

L’audace pionnière de Lucio Bini dans la manipulation du champ électrique cérébral constitue la matrice originelle qui a inspiré l’ensemble des technologies de neuromodulation et de neurostimulation non invasives et invasives apparues au cours des trois dernières décennies. L’électroconvulsivothérapie a ouvert la voie à une nouvelle compréhension du cerveau pensé non plus seulement comme une soupe chimique complexe gouvernée par des neurotransmetteurs, mais comme un réseau bioélectrique plastique modulable par des stimuli physiques ciblés.

Cette filiation directe se manifeste à travers l’émergence d’une panoplie d’outils thérapeutiques innovants :

  • La stimulation magnétique transcrânienne répétitive (rTMS), qui utilise des champs magnétiques pulsés pour moduler l’excitabilité du cortex préfrontal dorsolatéral sans induire de convulsion comitiale, offrant une alternative non invasive ambulatoire pour les dépressions modérément résistantes ;
  • La magnétoconvulsivothérapie (MST), synthèse directe de la méthode de Cerletti et de la physique magnétique, utilisant des bobines magnétiques de très haute puissance pour induire une crise convulsive thérapeutique hautement focalisée sur le cortex préfrontal superficiel, en épargnant les structures temporales profondes pour éliminer tout effet indésirable mnésique ;
  • La stimulation du nerf vague (VNS) et la stimulation cérébrale profonde (DBS), approches neurochirurgicales implantables ciblant les circuits fronto-striataux de l’humeur dans les troubles réfractaires majeurs.

En dépit de cette floraison technologique sophistiquée, l’électroconvulsivothérapie demeure, en termes d’amplitude de réponse et d’efficacité brute immédiate, le « gold standard » absolu auquel toutes les nouvelles modalités de neurostimulation doivent continuellement se mesurer.

12.3 Bilan épistémologique de la découverte de 1938

Le recul historique confère à la découverte d’Ugo Cerletti et Lucio Bini une dimension épistémologique exemplaire dans l’histoire universelle de la médecine. Elle symbolise la transition décisive d’une psychiatrie asilaire purement nosologique, descriptive et passive, cantonnée à classifier le déclin psychique des aliénés, vers une médecine d’intervention biologique active et courageuse, capable de modifier organiquement le fonctionnement cérébral pour arracher les patients à l’anéantissement mental.

La trajectoire du binôme Cerletti-Bini offre une leçon méthodologique pérenne : l’union harmonieuse entre une curiosité clinique audacieuse affranchie des dogmes d’incurabilité de l’époque, une rigueur expérimentale préalable sans concession chez l’animal et une préoccupation constante de l’étalonnage physique et sécuritaire du dispositif d’ingénierie médicale. Cette rigueur initiale a permis à l’électroconvulsivothérapie de traverser les tempêtes idéologiques, les condamnations de l’antipsychiatrie et les vagues successives de la concurrence pharmacologique sans jamais être balayée.

Près d’un siècle après l’admission d’Enrico X dans la clinique romaine du Viale dell’Università, l’électroconvulsivothérapie continue quotidiennement, dans les centres hospitaliers universitaires du monde entier, de sauver des milliers de vies de l’issue fatale du suicide mélancolique et de l’enferment catatonique. L’œuvre commune du neurologue histopathologiste Ugo Cerletti et du clinicien électrophysiologiste Lucio Bini s’inscrit ainsi parmi les contributions biomédicales les plus salvatrices et les plus durables du vingtième siècle.

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Looti, M. (2026, septembre 16). L’efficacité des études sur l’électroconvulsivothérapie – Ugo Cerletti et Lucio Bini. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/experiments/efficacite-etudes-electroconvulsivotherapie-ugo-cerletti-lucio-bini/
Looti, Mohammed. “L’efficacité des études sur l’électroconvulsivothérapie – Ugo Cerletti et Lucio Bini.” Base de données de psychologie en français, 16 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/experiments/efficacite-etudes-electroconvulsivotherapie-ugo-cerletti-lucio-bini/.
Looti, Mohammed. “L’efficacité des études sur l’électroconvulsivothérapie – Ugo Cerletti et Lucio Bini.” Base de données de psychologie en français. septembre 16, 2026. https://fr.arabpsychology.com/experiments/efficacite-etudes-electroconvulsivotherapie-ugo-cerletti-lucio-bini/.